La frontière maroco-espagnole au niveau de l’exclave de Ceuta a connu, la semaine dernière, un incident migratoire d’une ampleur inédite avec des conséquences humaines relativement graves (plus de 70 morts). Passées les premières heures d’affolement, l’événement a été assez rapidement circonscrit, même si l’on peut regretter qu’une fois encore le traitement des personnes ait pu laisser à désirer des deux côtés de la frontière. Cependant, en s’appuyant sur des éléments de désinformation assez grossiers, l’extrême droite a suscité autour de ce drame une panique morale, prétendant y voir une grave crise migratoire (qui n’existe pas) née du laxisme du gouvernement de gauche espagnol. En réalité, cette affaire marque avant tout la vulnérabilité des Européens au chantage géopolitique de certains de leurs voisins, ouvertement hostiles ou non, à qui les gouvernements des États-membres, notamment les plus à droite, prétendent déléguer la gestion des flux migratoires. L’hypocrisie est flagrante quand la néofasciste Meloni entraîne ainsi 22 gouvernements de toute tendance à dénoncer l’Espagne (dont la brutalité à Ceuta et Melilla surpasse les alternances politiques), alors que c’est leur stratégie qui est en échec. On assiste ici à une tentative de déstabilisation de l’Espagne et des démocraties européennes au profit de l’extrême-droite vendue à Trump. Sur le sujet migratoire comme sur le reste, le combat contre ces « nationalistes » vendus aux nouveaux impérialismes est l’impératif du moment. Il est le devoir de la gauche.