L’Europe doit avant tout être l’outil des plus faibles, Entretien avec Annah Bikouloulou

L’Europe doit avant tout être l’outil des plus faibles, Entretien avec Annah Bikouloulou

A l’approche des élections européennes, nous avons interrogé des jeunes cadres de partis de gauche. Nous avons donné la parole à Annah Bikouloulou, Secrétaire nationale des Jeunes écologistes

Le Temps des Ruptures :  Qu’est-ce que l’Europe symbolise et signifie pour vous ? Quelles distinctions apportez-vous entre l’Europe comme concept historique, culturel ou politique, et l’Union européenne en tant qu’institution(s) ? Où s’arrête l’Europe géographiquement ?

En tant qu’écologistes nous sommes fédéralistes et la construction européenne occupe une place centrale dans la transformation politique que nous portons. Nous n’envisageons pas l’Europe comme une civilisation homogène, comme un espace culturel à défendre – cela relève de logiques identitaires voire suprémacistes que nous combattons. Au contraire, nous défendons un projet démocratique, écologique et social, ouvert sur le Monde et aux pays n’étant pas encore intégrés dans le projet européen.

De fait, l’Union européenne actuelle ne nous satisfait pas à bien des égards. C’est pour cela que nos eurodéputé·es se battent pour la transformer, et iels continueront à le faire après le 9 juin prochain.

 

LTR :  Quel regard portez-vous sur l’histoire de la construction européenne ? Est-ce véritablement une construction démocratique et sociale ?

La construction européenne s’est concrétisée dans le cadre d’un équilibre précaire avec les souverainetés étatiques européennes. Les avancées sont intervenues dans leur majorité dans des contextes inter-étatiques.

L’expérience du référendum établissant une Constitution pour l’Europe de 2005, dont la substance a été en grande partie reprise dans le traité de Lisbonne en 2007, témoigne du peu d’égard accordé à la voix des populations.

Cet exemple constitue pour nous une cicatrice qui nous oblige à envisager la poursuite d’une construction européenne seulement dans un cadre démocratique, associant citoyen·nes, société civile, associations pour la protection de l’environnement, élu·es locaux·ales, …

Par ailleurs, ces dernières décennies ont aussi été le théâtre du déploiement de politiques néolibérales, de dumping social et d’abus de tout ordre ont durablement écorné l’image que les citoyen·nes se font de l’Europe. Beaucoup ne l’envisage plus que sous le prisme de la corruption des lobbys ou d’un rouleau compresseur qui les broie et ne pense pas que c’est un échelon en mesure de leur redonner une voix. Nous Écologistes nous battons pour changer cette perception car il nous semble que l’Europe doit avant tout être l’outil des plus faibles. L’Europe doit être l’outil qui leur apporte un filet de sécurité minimal de droits – droits fondamentaux, comme droit à un salaire minimum ou à un temps de travail maximum – face à leurs Etats membres. Pour réussir à développer le plein potentiel de l’UE, et en faire le véritable outil de démocratie qu’il devrait être il nous faut élire une majorité écologiste et fédéraliste qui sera prête à renforcer le volet social de l’Europe et à entamer les transformations institutionnelles nécessaires.

 

LTR : A l’heure actuelle, quels sont les principaux dysfonctionnements que vous percevez dans l’Union européenne ? L’Europe peut-elle sortir de sa naïveté économique et géopolitique ?

Un vice originel affecte l’Union européenne : la volonté d’imposer sur le continent un modèle économique homogène. Les conséquences sont aujourd’hui palpables : le virage écologique nécessaire n’a pas été amorcé, des secteurs clés comme l’agriculture ou l’industrie sont mis en concurrence de façon insensée, l’absence d’une dimension sociale à la construction européenne aggrave les inégalités, …

Dans le même temps, les logiques nationales et souverainistes empêchent les membres de l’Union de parler d’une seule voix sur la scène mondiale. Pourtant, le moment nous oblige, la guerre est à nos portes en Ukraine et l’entreprise génocidaire du gouvernement Netanyahu à Gaza suppose une réaction collective forte et ambitieuse. De manière plus globale, l’emprise impérialiste des États-Unis reste forte dans nombre d’États-membres, des brèches dans ce collectif européen permettent à la Chine ou la Russie d’influencer de manière inquiétante certains de ses membres. Avec les Écologistes, nous portons l’idéal d’une diplomatie et d’une défense européenne commune, en renonçant au principe d’unanimité régissant la PESC au profit d’une majorité qualifiée renforcée.

 

LTR : Quelles sont les mesures à court-terme que proposent vos partis politiques pour réformer l’Europe ? Et quelles sont leurs visions à long terme pour celle-ci ? L’Europe est-elle réformable face aux blocages de certains Etats ?

À court terme, il y a tant à faire. Deux points semblent se démarquer. Face au mur climatique vers lequel nous nous dirigeons à une vitesse folle, une action résolue et coordonnée doit être mise en œuvre pour lutter contre le dérèglement climatique tant qu’il est encore temps, en réencastrant l’économie dans les limites planétaires et les besoins humains. Cette action est indissociable d’une politique sociale européenne à la hauteur, la question sociale étant intimement liée à la question écologique. De manière concrète, il est également nécessaire de mettre au pas l’agence Frontex et de sortir de la logique d’une Europe forteresse, laquelle transforme la Méditerranée et maintenant la Manche en cimetière à ciel ouvert. Il est fondamental de réunir les conditions d’un accueil digne et inconditionnel des personnes exilées ou migrantes en Europe.

À plus long terme, nous défendons depuis toujours une transformation de l’Union européenne, pour en faire une organisation fédérale et démocratique forte, permettant de choisir les ruptures nécessaires aux enjeux du XXIe siècle. Les défis sont nombreux sur le plan environnemental et écologique, pour la protection de la biodiversité, la lutte contre les dérèglements climatiques, la réappropriation des moyens de production par les travailleur·euses … Cela doit passer par des actes forts comme l’adoption d’un traité environnemental européen.

Le blocage de certains États n’est pas une fatalité mais affecte la crédibilité des institutions européennes. Il est plus que jamais nécessaire d’initier un processus constituant pour construire un cadre institutionnel capable d’encaisser les désaccords tout en laissant une voix au chapitre pour les citoyen·nes ou leurs représentant·es et en évitant une instrumentalisation des blocages par certains pays membres.

 

LTR : Est-ce que les politiques européennes sont à la hauteur des attentes et des besoins de la jeunesse ?

Notre génération est la première à avoir seulement connu l’Europe du traité de Lisbonne. La construction européenne est un acquis, une figure familière dans le paysage institutionnel. Pour autant, son action en direction des jeunes est limitée, se cantonnant au programme Erasmus et ses déclinaisons. Cet acquis important est malheureusement limité et s’adresse souvent à un segment déjà privilégié des jeunes européen·nes. Nous sommes également la génération Climat, descendue dans les rues de toute l’Europe en 2019. Nos exigences en matière environnementale sont plus élevées que jamais, pour autant, il est difficile de percevoir quelconque inflexion dans les politiques néo-libérales et productivistes portée par la majorité néolibérale au sein de l’Union.

Avec les Écologistes, nous portons une volonté d’approfondir largement les politiques publiques européennes à destination des jeunes, en les soutenant notamment à leur entrée dans l’âge adulte. Les jeunes sont particulièrement exposé·es à la précarité, notamment dans le sud de l’Europe, c’est pourquoi nous défendons la mise en place d’un revenu européen de formation pour les jeunes de 18 à 25 ans ou l’interdiction des stages non rémunérés.

Nous nous réjouissons de voir de nombreux jeunes figurer sur les différentes listes qui s’affronteront le 9 juin prochain. Toutefois, il ne faut pas se limiter à de l’affichage. Nous comptons sur tous les jeunes de gauche qui seront élu·es pour pousser de véritables politiques jeunesse.

 

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« L’Europe peut sortir de sa naïveté », Entretien avec Emma Rafowicz

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A l’approche des élections européennes, nous avons interrogé des jeunes cadres de partis de gauche. Emma Rafowicz , présidente des Jeunes socialistes et candidate sur la liste PS-Place publique porte ici un regard critique sur la construction européenne et défend une nécessaire réforme de son mode de fonctionnement.

Le Temps des Ruptures : Qu’est-ce que l’Europe symbolise et signifie pour vous ? Quelles distinctions apportez-vous entre l’Europe comme concept historique, culturel ou politique, et l’Union européenne en tant qu’institution(s) ? Où s’arrête l’Europe géographiquement ?

Emma Rafowicz  : L’Europe, c’est une grande partie de mon parcours et de mon histoire. Ma famille a souffert de ce que l’Europe pouvait produire de pire, l’antisémitisme et la guerre, mais je crois que c’est finalement l’espoir que représentent l’Europe et la construction européenne qui nous anime surtout toutes et tous.

Mon parcours étudiant et professionnel, c’est aussi un parcours européen. Mes études étaient tournées vers l’Allemagne et c’est grâce à mon parcours universitaire de germaniste que j’ai pu étudier à Hanovre et bâtir aussi une partie de mes expériences.

L’Europe, ce sont bien sûr des institutions. Celles qu’on connaît aujourd’hui. Celles qui ont permis de concrétiser une véritable union des peuples européens. Pour autant, l’Europe n’est pas née après 1945. C’est pour moi une culture plurimillénaire, une “civilisation pluraliste” pour citer Albert Camus qui s’est toujours nourri d’une multiplicité d’influences et pas simplement les plus structurantes que sont l’héritage gréco-romain, le christianisme et la philosophie des Lumières. Je crois que l’idée de “dialogue” résume très bien cette idée : le génie européen est le fruit d’un dialogue de pluralités. Des pluralités qui ont permis la naissance d’un espace civilisationnel dont les principes centraux sont la liberté, la démocratie et la dignité humaine.

Quant à l’Europe politique, la souveraineté nationale aurait pu lui être opposée. Je pense néanmoins que les deux sont compatibles et je crois à la “souveraineté partagée”… Cela ne veut pas dire que je sois une fédéraliste-béate. Je crois à la souveraineté nationale à condition de ne pas verser dans le souverainisme. Je crois à l’Europe politique à condition qu’elle demeure démocratique et préserve les marges de manœuvres des Etats-membres. Mais l’Europe politique est une nécessité à l’heure des transitions du siècle et en particulier face à la menace climatique.

 

LTR : Quel regard portez-vous sur l’histoire de la construction européenne ? Est-ce véritablement une construction démocratique et sociale ?

Il est toujours très facile de porter un regard critique sur le passé. Cela ne veut pas dire dans le même temps, qu’il ne faut pas porter un regard lucide sur des échecs passés. Mais à condition d’en tirer des leçons pour l’avenir et de conserver un optimisme de la volonté nourri du pessimisme de l’action.

Nous avons cru, nous socialistes, dans l’avènement d’une Europe sociale après celle du marché. Nous avons cru comme Léon Blum “qu’en rendant à l’Europe un peu de bien-être et un commencement de prospérité, nous travaillerons non pour le capitalisme, mais pour le socialisme”.

Nous avons cru, comme Guy Mollet, que nous pourrions faire aboutir “le marché commun général en Europe” et que “des mesures (soient) prises qui mettent les travailleurs à l’abri de tout risque qui résulterait de l’ouverture des frontières”.

Or ce pari d’une Europe sociale et protectrice des travailleurs après l’Europe du marché n’a pas véritablement fonctionné. Je ne partage pas entièrement le constat très dur qu’a formulé Michel Rocard en 2016 mais je pense qu’il y a du vrai quand il déclare que “nous n’avons pas su utiliser l’Europe pour lutter contre le chômage, la précarité ou le ralentissement de la croissance” et que l’Europe a davantage été synonyme de “maintien de l’austérité” ces dernières années.

Faut-il pour autant chercher une voie alternative en dehors de l’Union Européenne ? Je ne le crois pas. Car l’Europe a évolué, car la Commission européenne a progressivement compris que les dogmes néolibéraux nous amenaient dans le mur. Depuis la crise de la Covid-19 et la guerre en Ukraine, nous avons ouvert de nombreuses brèches qu’il faut désormais élargir !

Quant à la question démocratique, les peuples européens ont été consultés. Lors du référendum sur le traité de Maastricht en 1992. En 2005 à l’occasion de la ratification du traité constitutionnel européen. Faut-il pour autant considérer que cela était parfaitement démocratique ? Seuls 51% des Français ont voté en faveur du traité de Maastricht en 1992. Quant au traité constitutionnel européen, malgré le “non” de 2005, la plupart de ses dispositions seront ensuite intégrées au traité de Lisbonne sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Sans réelle démocratisation de l’Europe, nous fonçons dans le mur.

 

LTR : A l’heure actuelle, quels sont les principaux dysfonctionnements que vous percevez dans l’Union européenne ? L’Europe peut-elle sortir de sa naïveté économique et géopolitique ?

 

Ces dysfonctionnements sont de plusieurs ordres et en particulier institutionnels. Le maintien par exemple de l’unanimité sur les questions fiscales perpétue des situations de dumping et de concurrence déloyale au sein même de l’Europe. Ces dysfonctionnements sont aussi liés aux politiques de l’Union.

L’Europe a fait le choix de demeurer un nain géopolitique, convaincu que le doux commerce était le meilleur moyen de pacifier les relations internationales. Le réveil a été brutal.   L’élection de Donald Trump nous a rappelé que les Etats-Unis pouvaient du jour au lendemain balancer par-dessus bord l’architecture de sécurité conçue après 1945.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a balayé les derniers espoirs des tenants d’une approche conciliatrice.  Il faut que l’Union mette fin à son impuissance.

Le retour du protectionnisme en particulier en Chine et aux Etats-Unis a également détruit les dernières illusions d’une prétendue mondialisation heureuse au cœur du logiciel européen. Car oui, l’Europe a péché par naïveté. Elle a longtemps été l’idiot utile du village global. En s’imposant des règles qu’aucun de ses concurrents ne respectait et considérant dans un même temps le protectionnisme comme un blasphème alors qu’il était allègrement utilisé ailleurs.

Mais l’Europe peut sortir de sa naïveté. Les sanctions tombent contre le dumping chinois et les enquêtes antidumping de la Commission se multiplient : deux nouvelles ont été lancées le 16 mai dernier. C’est la preuve que l’Europe déconstruit progressivement le mythe de la mondialisation heureuse.

 

LTR :  Quelles sont les mesures à court-terme que proposent vos partis politiques pour réformer l’Europe ? Et quelles sont leurs visions à long terme pour celle-ci ? L’Europe est-elle réformable face aux blocages de certains Etats ?

D’un point de vue institutionnel, réformer l’Europe prendra du temps et passer par exemple de l’unanimité en matière fiscale à la majorité qualifiée demande une action de moyen terme. De même pour la politique agricole commune qui devra nécessairement être réformée pour rompre avec sa logique productiviste et transitionner vers un modèle fondé sur l’emploi et l’utilité écologique. Bien sûr qu’il y aura des blocages. Mais l’Europe a cette particularité, contrairement au fait majoritaire français, de laisser la possibilité à des coalitions de se constituer et de faire naître des compromis. De même, il faudra relancer le couple franco-allemand qui a réussi par exemple à donner l’impulsion nécessaire pour faire adopter un plan de relance fondé sur un endettement commun alors même qu’on disait la chose impossible du fait des blocages des pays frugaux.

Cela étant, si la réforme de l’Europe s’étend dans un sens large, plusieurs priorités de court terme sont au cœur des propositions de la liste du Parti Socialiste et de Place Publique.

En premier lieu, pour rompre avec notre impuissance géopolitique, il faut d’urgence accélérer les livraisons d’armes à l’Ukraine, saisir les 206 milliards d’avoir russes gelées dans nos banques pour les affecter à l’aide militaire que nous devons à la résistance ukrainienne et mettre fin aux exemptions dans nos sanctions à l’égard de la Russie.

A court-terme, se pose aussi la question de l’avenir du Pacte vert qui ne peut pas être simplement un ensemble d’engagements normatifs. Il faut engager la conclusion d’un deuxième pacte qui puisse à la fois accompagner les ménages modestes qui seront les plus touchés par la transition écologique mais aussi investir massivement dans les technologies et l’industrie verte.

Enfin à long-terme, il nous faut réfléchir au récit de l’Union européenne vis-à-vis des Européens et du reste du monde. Nous avons longtemps cru que le modèle démocratique des sociétés ouvertes européennes et leurs valeurs ne seraient jamais remis en cause et étaient naturellement vouées à inspirer le reste du monde. Or, les narratifs autoritaires qu’ils soient chinois ou russe gagnent du terrain. De même, les peuples européens sont de plus en plus tentés par des partis d’extrême-droite qui ont réussi à imposer le récit raciste d’une civilisation européenne blanche qui serait l’ultime rempart face à une immigration incontrôlée. Dans cette bataille culturelle, je pense que la culture peut jouer un rôle. Il faut construire une véritable puissance culturelle européenne tout en investissant massivement dans l’éducation critique aux médias et dans l’éducation de manière générale.

 

LTR : Est-ce que les politiques européennes sont à la hauteur des attentes et des besoins de la jeunesse ?

D’abord, il faut le reconnaître. Contrairement aux idées reçues, les jeunesses françaises sont certes attachées à l’Europe mais elles ne sont pas totalement convaincues par la construction européenne. 40% des jeunes français ne se considèrent pas comme citoyens européens selon l’INJEP. Dans le même temps, 67% environ des jeunes français considèrent que l’Europe peut améliorer leur vie quotidienne, c’est donc qu’ils ne demandent qu’à être convaincus et à constater les effets positifs du levier européen.

Si l’on creuse, l’attachement ou non à l’Europe traduit des clivages économiques et sociaux très forts au sein des jeunesses françaises. Les jeunes satisfaits de leur vie, confiants dans leur avenir, aisés, titulaires d’un bac ou d’un diplôme du supérieur ou étudiants ont plus souvent une image positive de l’Union. À l’inverse, les perceptions négatives sont particulièrement présentes chez les jeunes peu ou pas diplômés. Et je pense que derrière cette perception négative, il y a bien sûr un sentiment d’éloignement mais aussi la perception que l’Europe a davantage promu l’austérité libérale plutôt que les droits sociaux ces dernières décennies, ce qui est une réalité !

Cela étant dit, l’Europe a permis des avancées considérables pour les jeunesses. Je pense en particulier à Erasmus qui a permis à des millions d’Européens de venir étudier, se former ou faire un stage dans un pays européen.

Pour autant, les limites d’Erasmus symbolisent la difficulté pour l’Europe d’être aux côtés des jeunesses les plus modestes. En réalité, seule une minorité d’étudiants bénéficient d’Erasmus à cause d’obstacles économiques mais aussi psychologiques.

De manière générale, la construction européenne n’a pas permis d’enrayer la montée de la précarité et de l’exclusion sociale chez les jeunes. C’est pourquoi, nous plaidons pour une Allocation d’autonomie pour tous les jeunes Européens de 15 à 25 ans, ni en emploi, ni en études ainsi qu’un accompagnement personnalisé et une formation afin d’améliorer leur insertion professionnelle, par l’extension du contrat d’engagement jeune.

Pour ce qui est des attentes des jeunes générations, les millenials, nés après 1980 ou la génération Z, née après 1995 sont très exigeants vis-à-vis de l’Europe sur les enjeux climatiques. Et l’Union européenne doit être à la hauteur de leurs attentes et répondre en particulier au scepticisme des jeunesses européenne et française. Rappelons tout de même que deux-tiers des jeunes européens considèrent que l’Union n’en fait pas assez dans la lutte contre le changement climatique et la protection de l’environnement et que les jeunes français ne placent l’engagement de l’UE dans la lutte contre le changement climatique qu’en dernière position de la liste des atouts proposés de l’Union.

De manière concrète, nous proposons la création d’un ticket climat ferroviaire européen pour les jeunes qui permettrait de combiner émancipation et lutte contre le changement climatique.

Nous voulons enfin permettre aux jeunes de faire irruption dans la politique européenne. Pour cela, nous voulons accorder aux jeunes européens la possibilité dès 16 ans de participer aux « Initiatives citoyennes européennes » pour leur permettre de participer dès leur plus jeune âge à la démocratie européenne.

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Les écueils du Nouveau Pacte sur la migration et l’asile

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Le 10 avril 2024, le Parlement européen adoptait le pacte sur la migration et l’asile. Sans résoudre les défaillances structurelles du système actuel, il perpétue une vision sécuritaire des frontières européennes, inefficace et aveugle sur les défis à venir.

© European Union 2024/Oliver Bunic

Après plusieurs années d’âpres négociations, le nouveau pacte sur la migration et l’asile a été adopté au Parlement européen le 10 avril dernier et devrait entrer en vigueur autour du mois de juillet 2026. Ce paquet législatif avait été annoncé le 16 septembre 2020 par Ursula Von der Leyen lors de son discours sur l’état de l’Union. La présidente de la Commission européenne affirmait alors son souhait d’abolir le controversé système Dublin. Ce règlement est l’une des sources majeures du droit de l’asile européen. Il avait deux objectifs : déterminer l’État responsable de la demande d’asile d’une personne arrivant sur le territoire européen et lutter contre les mouvements secondaires, c’est-à-dire l’enregistrement de la demande d’asile d’une même personne dans plusieurs États. Le premier objectif est le principal point d’achoppement de ce texte. En effet, pour déterminer l’autorité responsable du traitement d’une demande d’asile, le critère dominant encore aujourd’hui rend seul responsable l’État par lequel est entré en premier le demandeur d’asile. Le deuxième objectif, la lutte contre les mouvements secondaires, est loin d’être atteint. Si l’on compare les années 2014 et 2021 qui ont vu un nombre similaire de demandes d’asile (respectivement 510 696 et 505 221), on comptait, en 2014, 137 220 cas pour lesquels une demande préalable avait été faite dans un autre État membre. En 2021, ce chiffre s’élevait à 213 310 cas. L’endiguement des déplacements secondaires n’a donc pas été efficace. La combinaison de ces deux facteurs a engendré d’importants déséquilibres faisant peser davantage sur les pays du Sud et de l’Est, aux portes de l’Europe, la charge du traitement des demandes au point de causer la faillite du système d’asile de certains pays comme la Grèce.

Malheureusement, le nouveau pacte tel que façonné par les colégislateurs ne résout pas ces défaillances structurelles. Le critère faisant de l’État de première entrée l’autorité responsable demeure. Pour pallier cela, un « mécanisme de solidarité » a été introduit par l’un des règlements du pacte. Ainsi, les États membres doivent prendre en charge au moins 30 000 demandeurs par an ou payer une compensation financière de 20 000 euros par demandeur non relocalisé. En parallèle, les États membres pourront contribuer à un « panier commun » dans lequel puiseront les pays subissant une forte pression migratoire. Ces contributions seront calculées sur la base du PIB et de la taille du pays. Au vu de la réticence de nombreux pays européens à accueillir des migrants sur leur sol, il y a fort à parier que la relocalisation de demandeurs soit très peu pratiquée par les États membres.

Le problème du système d’asile européen, c’est qu’il est encore tourné vers une vision sécuritaire des frontières européennes sans prendre en compte les défis à venir. On observe, depuis déjà quelques années, une montée des populismes de droite et d’extrême droite en Europe. En septembre 2022, les Démocrates de Suède, parti conservateur, très à droite et anti-immigration a obtenu des scores sans précédent aux élections législatives avec 20,5 %, se plaçant second devant les Modérés. Le même mois, l’extrême droite italienne incarnée par le parti Fratelli d’Italia et sa figure de proue Giorgia Meloni, progresse de 21,6 points de pourcentage et totalise 26 % des voix à la Chambre des députés. En France, le Rassemblement National, parti de Marine Le Pen est parvenu à placer 89 députés à l’Assemblée nationale contre 7 aux précédentes élections. Si cette dynamique indéniable peut paraitre alarmante, elle montre surtout une chose : il existe un électorat de citoyens européens séduit par ces programmes politiques. Les gouvernements en place sont donc à la fois tenus de partager les institutions avec les élus de ces partis d’extrême droite, mais aussi tentés de capter une part de cet électorat. Une partie d’entre eux est donc plus encline à tenir des positions conservatrices et hostiles vis-à-vis de sujets comme l’asile et la migration. On se retrouve donc avec un système de gestion de l’asile profondément contradictoire où coexistent deux logiques opposées : les aspirations européennes pour la protection et la promotion des droits fondamentaux d’un côté et les volontés sécuritaires des États de l’autre. Il n’y a donc rien d’étonnant au fait que ce système ne soit pas conçu pour résister aux crises migratoires de ce siècle. Ceci devient particulièrement inquiétant lorsqu’on se penche sur les prévisions des déplacés climatiques. Un rapport produit par la Banque Mondiale en 2021 estime que d’ici 2050, 216 millions de personnes seront forcées de quitter leur habitat. Bien sûr, ce chiffre est à relativiser puisqu’une large partie des déplacements se feront à l’intérieur des pays où vers les pays voisins. Néanmoins, nombre des pays les plus touchés sont déjà dans une situation économique, sociale et politique précaire et les déplacements massifs de population seront un grand facteur d’instabilité. L’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) explique dans un rapport de 2022 sur les mobilités liées au changement climatique, qu’en 2030, environ 50 % de la population mondiale vivra sur des zones côtières de plus en plus exposées aux inondations, aux tempêtes et aux tsunamis. De plus, si l’on prend comme référence le scénario +2 °C, ce qui est aujourd’hui très optimiste, 350 millions de personnes seront exposées à des températures invivables. On pourrait continuer longtemps à énumérer des chiffres tout aussi catastrophistes montrant que les crises migratoires que nous avons connues jusqu’à maintenant seront certainement dérisoires en comparaison de celles qui nous attendent. Il faudra alors choisir : s’enfoncer dans un isolationnisme meurtrier et essayer vainement d’empêcher l’accès à notre territoire ou bien changer radicalement notre perspective et concevoir un système capable d’accueillir au mieux les migrants et les demandeurs d’asile.

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Le sublime film féministe C’è ancora domani, « il reste encore demain » en français, qui a fait 5 millions d’entrée en Italie, et qui est resté de nombreuses semaines à l’affiche en France, met en scène le début du vote national des femmes en Italie. Le 2 juin 1946, les Italien.nes ont choisi par voie de referendum la République, abolissant la monarchie ; c’est également à cette date que les Italiennes ont voté pour la première fois. A 7 jours d’écart, 78 ans plus tard, nous sommes appelé.es aux urnes pour élire nos représentant.es européens. En France comme en Italie, l’enjeu de lutte contre le populisme et l’extrême droite est de taille. Chronique de lutte féministe transalpine contre l’extrême droite.

Photo : Marisa (Emanuela Fanelli) et Delia (Paola Cortellesi) dans « Il reste encore demain », de Paola Cortellesi. 

 

Retour sur l’histoire du féminisme italien et ses liens avec les partis politiques

Les mouvements féministes italiens post-Seconde Guerre mondiale se sont construits avec les partis politiques. Le Parti Communiste italien (PCI), alors à la tête de l’Italie, abritait en son sein l’Unione delle donne italiane, premier mouvement féministe de masse. Ce mouvement réussit à déplacer des foules et à mobiliser les femmes dans les années 1950, qui prennent conscience des inégalités et revendiquent leur droit : Rome et Naples voient des millions de femmes défiler dans leurs rues. Alors que l’Union delle donne Italiane et le PCI se fracturent sur la question du divorce, le Parti radical lance un autre mouvement féministe de masse : il Movimento di liberazione della donna, et prend la tête des cortèges. Autre grande conquête, la liberté d’avoir une contraception et d’avorter : en 1972 la France est en plein débat sur l’avortement, incarné dans le procès de Bobigny et Gisèle Halimi, la même situation anime l’Italie avec le procès de Gigliola Pierobon, à Padoue. L’avortement est finalement légalisé en 1978 en Italie, alors que Gisèle Halimi effectue une tournée italienne nationale pour parler du débat français et de l’association Choisir.

Les liens entre féministes italiens et français se sont accélérés dans les années 70’ avec la création de différents courants de pensée. D’un côté, Elvira Banotti, Carla Accardi et Carla Lonzi forment le mouvement Rivolta Femminile et écrivent le manifeste de la pensée différentialiste, refusant les prises de position féministes des partis politiques : « La femme ne doit pas être définie par rapport à l’homme. C’est sur cette prise de conscience que reposent notre lutte et notre liberté. L’homme n’est pas le modèle dont la femme doit s’inspirer dans son processus de découverte de soi », elles fustigent la dialectique du maître et de l’esclave d’Hegel et dénonce la trahison du Parti communiste au sujet de l’abolition du patriarcat : « Le prolétariat est révolutionnaire par rapport au capitalisme, mais réformiste par rapport au système patriarcal. ». Ce courant italien connaît de forts échos par le mouvement français PsychéPo animé par Antoinette Fouque, à l’intérieur du Mouvement de Libération des Femmes (MLF). PsychéPo plébiscite la technique de militantisme politique de l’auto-conscience : « partire da sé », un mantra toujours respecté dans les luttes féministes italiennes actuelles : partir de soi pour ensuite mener le combat. De l’autre côté, opposé au courant différentialiste, le féminisme français est davantage universaliste et matérialiste. Au sein du MLF, Monique Wittig s’oppose à Antoinette Fouque. La première dénonce ainsi le mythe de « la femme », qui, pour elle, n’a de sens que dans un système de pensée patriarcal. Elle soutient une position universaliste forte, en militant pour l’avènement du sujet individuel, la libération du désir, l’abolition des catégories de sexe. Les deux pays se sont fortement influencés, tout en gardant des lignes majoritaires différentes : quand la France préfère l’universalisme, l’Italie revendique les différences.

 

Les débats féministes en recul

Alors que l’Italie a connu un mouvement de mobilisation de masse féministe des années 1950 aux années 1980, les générations suivantes ont vécu des avancées paradoxales : les droits ont été acquis en théorie, mais peinent à être appliqués en réalité. Pour Laura Pisano, universitaire italienne et militante féministe, la transmission de la lutte n’a pas eu lieu : « Il n’y a plus de revendications aussi fortes que dans les années 1970. » Les luttes féministes ne sont plus prioritaires, l’auto-conscience n’est plus pratiquée.

Le passage féministe d’une génération à l’autre est difficile, les jeunes filles grandissent avec le sentiment que tout est acquis, qu’il n’y a plus besoin de se battre. Les effets de la télévision misogyne berlusconienne qui se met en place à ce moment-là continuent du reste de retentir aujourd’hui. La banalisation et la vulgarisation du corps des femmes ont été fortes. Silvio Berlusconi n’a pas inventé ces codes sexistes, il a repris des stéréotypes déjà présents dans la société italienne et les a adaptés au néolibéralisme. On peut encore en voir les effets en regardant la télévision italienne, les présentatrices reprennent des codes de féminité extrêmement poussés. Alors même que le mouvement #MeToo débute dans le monde entier notamment grâce à l’actrice italienne Asia Argento, l’Italie ne connaîtra la vague de libération de la parole qu’au début de l’année 2023.

De même, la question des violences faites aux femmes, situation que dénoncent les associations depuis des années, retentit seulement réellement depuis le meurtre de l’étudiante Giulia Cecchettin, en novembre 2023. Sa famille est parvenue à ouvrir un débat sur les causes systémiques des féminicides. Pour la première fois dans la société italienne, il est reconnu que ce meurtre n’est pas un cas isolé, qu’il aurait pu être empêché et qu’il procède d’un système de domination. La sœur de Giulia a ainsi écrit dans une tribune nationale « que le tueur n’est pas malade, mais est un fils sain du patriarcat »[1]. Les militantes sentent un véritable air de changement, alors que le film C’è ancora domani a été un succès aux millions d’entrées, reconnectant les générations actuelles avec les luttes féministes.

Enfin, autre problème de taille, le taux d’emploi des femmes est encore faible et disparate selon les régions. Il est de 49% en moyenne en Italie, contre une moyenne européenne de 63%. En Sicile, ce taux s’élève à 29%. C’est un enjeu à la fois féministe, politique et économique pour l’Italie.

 

 

Jusqu’au leurre féministe : Giorgia Meloni

La désertion de la gauche italienne de l’avant-garde des débats féministes et le manque de reconnaissance des jeunes et des femmes dans les partis politiques actuels ont fait exploser le taux d’abstention. Alors, la riposte face à l’accession du pouvoir par l’extrême-droite s’organise autrement. A la suite de la victoire de la présidente du Conseil des ministres, Giorgia Meloni (en septembre 2022), des rassemblements se sont tenus partout dans le pays. Les manifestants se sont réunis aux cris de « siamo furiosa » et étaient organisés par l’association très populaire Non Una di Meno. Pour les militantes féministes, ces rassemblements constituent des espaces « indispensables de participation politique de masse à travers lesquels peut s’exprimer une critique radicale de l’existant »[2].

L’accession d’une femme à la tête du Conseil des ministres constituent une première en Italie. Alors que Giorgia Meloni a réussi à fracturer le plafond de verre, mais cette victoire est loin d’être féministe. Sur vingt-quatre ministres, seuls six sont des femmes, tandis que sa coalition a moins de femmes parlementaires que n’importe quel autre groupe. De même, dans son programme politique, les femmes n’existent qu’en relation avec la famille ou la reproduction. Pour Giorgia Meloni, la femme ne cherche pas la maternité par choix personnel mais pour la nation ou la patrie, pour assurer la reproduction d’un peuple. Être mère devient un devoir, et non plus un choix. En effet, elle adopte une rhétorique dans lequel le vieillissement démographique auquel est confronté l’Italie depuis de nombreuses années est présenté comme une urgence identitaire, comme « le plus grand problème que l’Occident doit affronter ».

La famille dite « traditionnelle » est le modèle prôné, et vu comme l’un des piliers de la société italienne, aux côtés de Dieu et de la patrie. Ainsi, la coalition d’extrême droite (Fratelli d’Italia, Lega, Forza Italia) s’est opposée à une loi proposant de dispenser des cours d’éducation sexuelle à l’école, et a ordonné aux municipalités de retirer de l’acte de naissance le nom de la mère dite « intentionnelle » dans un couple lesbien, diabolisant un « lobby LGBT » qui viendrait bouleverser l’identité de la société italienne. Giorgia Meloni valorise ainsi de façon symbolique les femmes, en les enfermant dans des rôles de mère, qui reproduisent la nation.

 

Comment la riposte féministe s’organise

En écoutant les mouvements féministes actuels, on comprend que ce qui est peut-être le plus effrayant est le consensus et l’absence de débat politique face aux propositions rétrogrades pour les droits des femmes et des personnes LGBTQ+. La déception des militantes face à l’absence de la gauche italienne et de grandes figures politiques est palpable. Le Partito Democratico fait entendre de faibles voix, à l’instar de la sénatrice Monica Cirinna qui rappelle que « dans les vingt dernières années, le parti de Meloni et ses alliés se sont constamment élevés contre toutes les lois qui concernent les droits des femmes, comme celles sur l’égalité salariale ou le congé parental ». Pourtant, on peut penser à une grande femme politique italienne comme Laura Boldrini, issue de la gauche et maintenant au Partito Democratico, première femme Présidente de la Chambre des députés – que l’on pourrait comparer à Laurence Rossignol en France par sa stature. En 2013, alors nouvelle à son poste, elle manifeste à la Gay Pride de Palerme, et subit une campagne de cyber-harcèlement, orchestrée par des hommes politiques de droite et d’extrême droite.            

Face à la menace sur les libertés et les droits des femmes, la riposte associative s’organise mieux que celle politique. La liberté d’avorter est remise en cause par des propositions de loi régulières sur l’enterrement de force des fœtus contre l’avis de leurs géniteurs, ou l’écoute du cœur avant l’avortement. Plus encore, la Lega, qui gouverne la région de la Lombardie, finance des planning familiaux privés catholiques. Et installe des « salles d’écoute » pour « aider les femmes à surmonter les raisons qui pourraient les pousser à avorter ». Au niveau national, Giorgia Meloni aimerait créer « un fonds pour supprimer les causes économiques et sociales qui peuvent pousser les femmes à ne pas terminer leur grossesse ». Pour contrer ces graves reculs, le réseau Più di 194 voci, rassemblant 52 associations et mouvements féministes et LGBTQI+, ainsi que des associations culturelles de la ville, garde un œil attentif sur les mesures prises et se mobilise pour contacter les journalistes, organiser des manifestations et attirer l’attention de la population sur les conséquences de ces actions conservatrices.

Enfin, des lieux emblématiques comme La Casa Internazionale delle donne à Rome, ou encore le lieu associatif contre les violences faites aux femmes Lucia y Siesta, ou encore La libreria delle donne de Milan, lieu hautement emblématique du féminisme italien, s’organisent et constituent des lieux de résistance qu’il faut préserver, et desquels la gauche italienne doit s’inspirer.

****

Face à la montée de l’extrême-droite et des puissances conservatrices et fascistes en Europe, les milieux féministes italiens comme français nous montrent le recul de nos droits et de nos libertés. Cet article avait pour but d’éclairer un thème parfois oublié des politiques, et grande absente de nos débats européens, en France comme en Italie. A quelques jours du vote, renouons avec ces débats, dénonçons les gouvernements conservateurs.

 

Références

[1] Giulia Cecchettin, le féminicide qui dessille l’Italie (lemonde.fr)

[2] L’Actu des Oublié.e.s : en Italie, les féministes fers de lance de la résistance à Meloni – Rapports de Force

 

 

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Un débat agite fréquemment les milieux culturels et politiques : l’art doit-il être, ou est-il même intrinsèquement, politique ? L’adage « tout est politique » répond de façon radicale à cette question en intégrant chaque sphère de la création dans un espace social imprégné de forces qui nous agissent. C’est ainsi que s’est déconstruit, en sociologie, le mythe du « créateur incréé » . Milan Kundera prend quant à lui le contrepied de cette approche en forgeant le concept de « misomusie » dans son essai L’art du roman.

(image : L’Enlèvement d’Europe Rubens, 1628-1629)

Voici ce qu’il en dit : « Ne pas avoir de sens pour l’art, ce n’est pas grave. On peut ne pas lire Proust, ne pas écouter Schubert, et vivre en paix. Mais le misomuse ne vit pas en paix. Il se sent humilié par l’existence d’une chose qui le dépasse et il la hait. Il existe une misomusie populaire comme il y a un antisémitisme populaire. Les régimes fascistes et communistes savaient en profiter quand ils donnaient la chasse à l’art moderne. Mais il y a la misomusie intellectuelle, sophistiquée : elle se venge sur l’art en l’assujettissant à un but situé au-delà de l’esthétique. La doctrine de l’art engagé : l’art comme moyen d’une politique. Les théoriciens pour qui une œuvre d’art n’est qu’un prétexte pour l’exercice d’une méthode (psychanalytique, sémiologique, sociologique, etc.). La misomusie démocratique : le marché en tant que juge suprême de la valeur esthétique ».

Milan Kundera ira jusqu’au bout de la « dépolitisation » de son œuvre littéraire en expurgeant ses volumes en pléiade de toute préface ou notice biographique. A ses yeux son Œuvre[1] se suffit à elle-même, sans fioriture politique, hagiographique ou sociologique. L’écrivain tchèque espère donc que sa personne, et donc in fine ses engagements personnels, s’effacent derrière les œuvres romanesques qu’il a pu écrire.

Pourtant, après le déclenchement de la guerre en Ukraine par la Russie de Poutine, c’est un tout autre Kundera qui s’est montré à nous. La réédition en 2022 dans la collection Le Débat (Gallimard) d’un texte initialement publié en 1983, Un occident kidnappé ou la tragédie de l’Europe centrale a beaucoup fait parler. De sorte qu’à l’annonce de sa mort, le 11 juillet 2023, une myriade d’articles de presse et de revues littéraires et politiques se sont concentrés sur cet ouvrage et ont quelque peu laissé de côté le Kundera romancier. Car ce dont il s’agit dans Un occident kidnappé, c’est certes de culture, mais aussi d’une sorte de politisation de la culture, du moins d’un essai comme on n’a pas l’habitude d’en voir dans la bibliographie de l’écrivain.

Il n’existe pas de définition consensuelle de l’Europe. Certains la trouvent dans la géographie, la religion ou l’histoire. Pour donner un sens à l’Europe, des frontières sont nécessaires. « Partout où un nous s’installe sur cette terre, on trouvera à la fois une frontière et des cérémonies, une ligne de démarcation et des objets de superstition, une identité en aval et une sacralité en amont. C’est un invariant. Qui ne se délimite pas ne se transcendera pas. Pas d’ici-bas tant soit peu consistant sans, pour boucler l’affaire, un au-delà ou un par-delà » précise Régis Debray[2].

Quelle que soit celle que l’on choisit, il faut avoir l’humilité de comprendre que sa propre vision est socialement et historiquement située. Dans Europe, la voie romaine, Rémi Brague énumère les divisions qui ont dans l’histoire séparé l’Europe d’un « autre ». La démonstration du paragraphe suivant sert principalement à montrer que l’Europe de notre horizon (disons qu’aujourd’hui les deux conceptions qui ressortent le plus souvent sont soit les pays de l’Union européenne, soit les pays allant de l’Atlantique à l’Oural Russie exceptée).

Le philosophe montre qu’il y eut avant tout une division entre pays romanisés et pays qui ne le furent pas (l’Algérie est-elle davantage européenne que la Pologne ?) ; puis une division ouest/est entre l’Empire romain d’Occident et l’Empire romain d’Orient ; puis une division nord/sud avec la conquête musulmane qui « expulsa » le monde musulman hors de l’Europe (mais si la définition est religieuse, quid de l’Albanie ou de la Bosnie aujourd’hui ?) ; puis une division entre latins et byzantins aux XI-XIIème siècles avec le schisme religieux puis le sac de Constantinople en 1204 (les Grecs ne seraient-ils alors pas européens ?) ; enfin une nouvelle division nord/sud avec l’émergence du protestantisme. Pour comprendre à quel point l’Europe est un concept flou et historiquement situé, Rémi Brague raconte que jusqu’aux années 1980, les Grecs qui partaient en vacances en Europe occidentale disaient qu’ils « allaient en Europe ». Cette affirmation du philosophe n’est en rien « scientifique », puisqu’elle se fonde sur des anecdotes pas forcément représentatives, mais elle illustre tout de même l’idée que pour bon nombre de Grecs, alors même qu’on considère aujourd’hui la Grèce comme le berceau de la civilisation européenne, leur pays ne faisait pas réellement partie de l’Europe !

A ces divisions il faut évidemment en ajouter une autre qui fonde la réflexion de Milan Kundera : celle entre l’Ouest capitaliste et l’Est communiste issue de la guerre froide. Mais cette dichotomie ouest/est nous fait oublier qu’il existe un milieu, une Mitteleuropa bien plus centrale qu’orientale. Si l’on regarde un planisphère, au regard de l’Europe géographique, c’est la France qui est une périphérie, alors que la Hongrie, Pologne et la Tchécoslovaquie (aujourd’hui Tchéquie et Slovaquie) sont au centre ! Au moment de la Guerre froide, cette Europe centrale a été rejetée dans l’Europe byzantine et orthodoxe, dans l’Europe de l’Est. Cette Europe centrale est pour Kundera « culturellement à l’ouest et politiquement à l’est ». Sa tragédie tient dans ce kidnapping d’un bout d’Europe par une autre, en témoigne d’ailleurs le fait que les grandes révoltes des pays du bloc communiste se déroulèrent dans ces patries (Budapest 1956, Prague 1968, Solidarnosc 1980).

Kundera les considère alors comme des « petites nations », concept qu’il forge à ce moment-là et fera par la suite florès. Cette qualification ne tient pas à leur taille ou à leur population, mais est existentielle : ce sont des nations « dont l’existence peut être à n’importe quel moment remise en question, qui peut disparaître et qui le sait ». En tant que Français, nous n’avons jamais eu dans l’histoire des siècles récents la crainte de voir notre pays englouti. Même dans les pires tempêtes (le traumatisme du 17 juin 1940), nous savions qu’en miettes, le navire resterait à flot – les nazis n’ont à ce titre jamais eu de quelconques velléités de faire disparaître la France à terme. De la même manière, un Russe ou un Anglais ne se pose jamais la question de la survie de sa patrie, nos « hymnes ne parlent que de grandeur et d’éternité. Or, l’hymne polonais commence par le vers : « La Pologne n’a pas encore péri… » ». Alors que pour les Tchèques, Estoniens, Polonais ou Ukrainiens (ce qui explique au demeurant le succès immense de la republication de l’essai de Kundera en 2022), leurs nations « ne connaissent pas la sensation heureuse d’être là depuis toujours et à jamais ; elles sont toutes passées, à tel ou tel moment de leur histoire, par l’antichambre de la mort ; toujours confrontées à l’arrogante ignorance des grands, elles voient leur existence perpétuellement menacée ou mise en question »[3].

Or pour l’écrivain tchèque, l’existence même des petites nations se fonde sur leur particularité culturelle. Une existence mal assurée nécessite un foyer singulier, et n’est-ce pas le rôle de la culture que d’assurer une pérennité à travers les âges ? En témoigne la résistance du monde juif malgré les persécutions millénaires. Pendant la Guerre froide, la culture est dans ces pays essentielle puisqu’elle permet de conserver et de nourrir l’identité nationale happée politiquement par la Grande Russie. Ces nations ne se définissent ni par un régime politique, ni par des frontières stables, mais par une « même mémoire, la même expérience, la même communauté de tradition » perpétuées par une culture, sinon commune du moins partagée par beaucoup. Dans ce cadre, les langues jouent un relai primordial : le tchèque a failli disparaître au XIXème siècle au profit de l’allemand, ou le polonais au profit du russe. Les petits peuples sans langue ne résistent pas longtemps à l’assimilation de la grande nation.

Ces petites nations voulaient plus que tout être rattachées à l’Europe, à une Europe qu’elles savaient dénuée de désir impérialiste, du moins vers l’est. Elles voulaient « en être ». Car si aujourd’hui la démocratie et la prospérité apparaissent comme les deux attraits principaux de l’Union européenne pour les petites nations, la culture a joué et joue un rôle tout aussi déterminant. En 1956, alors que les chars russes déboulaient sur Budapest, le directeur de l’agence de presse de Hongrie envoyait une dépêche avant de voir son bureau détruit par les soviétiques. Voilà comment elle finissait : « Nous mourrons pour la Hongrie, et pour l’Europe ». Si l’Union européenne est incontestablement un foyer de droits de l’Homme et de croissance économique pour les pays européens « en développement » (en comparaison avec les grandes nations européennes occidentales), la limiter à ce versant très contemporain et contingent serait une grande erreur.

Peut-être est venu le temps de suivre la vision kundérienne d’une Europe culturelle qui, loin d’être figée dans le marbre des siècles passés, s’en inspirerait. Aux réactionnaires nostalgiques d’une civilisation uni(qu)e qui n’a jamais existé, opposons le foisonnement des divers foyers culturels de notre continent. Comme l’annonçait Jaurès, « c’est nous qui sommes les vrais héritiers du foyer des aïeux ; nous en avons pris la flamme, vous n’en avez gardé que la cendre ».

Références

[1] Remarquons du reste que son « Œuvre » publié aux pléiades est la seule à s’écrire au singulier, là où celle des autres est indiquée « Œuvres » au pluriel.

[2] Debray Régis, L’exil à domicile, Gallimard, 2022.

[3] Milan Kundera, Les testaments trahis, Gallimard, 1993.

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Une certaine idée de l’Europe

Une certaine idée de l’Europe

Si la construction européenne ne « démarre » véritablement qu’après la Seconde Guerre Mondiale il faut pourtant revenir à ce qui se joue sur le Continent dans les années 1920-1930. C’est à ce moment précis que l’ensemble de la problématique européenne est exposé et qu’émerge un courant de pensée à l’influence grandissante tout au long du XXe siècle : l’européisme. A bien des égards, l’histoire de la construction européenne, loin de résumer le projet européen, est avant tout l’histoire de la victoire implacable de cette certaine idée de l’Europe.

Lorsqu’il m’a été demandé d’écrire un article sur la construction européenne, j’ai d’abord pensé à son histoire la plus immédiate, c’est-à-dire l’histoire de sa construction juridique et institutionnelle, faites de traités en directives. Mais procéder de la sorte n’aurait aucunement permis de prendre la mesure de ce qu’est véritablement l’Union européenne.

Si sa construction ne « démarre » véritablement qu’après la Seconde Guerre Mondiale il faut pourtant revenir à ce qui se joue sur le Continent dans les années 1920-1930. C’est à ce moment précis que l’ensemble de la problématique européenne est exposé, que les grandes idées se dessinent et que les positions s’arrêtent. Pour paraphraser un géant du cinéma français (Jean Gabin dans le film d’Henri Verneuil le Président), dès les Années Folles tout le monde parle de l’Europe, mais c’est dans la manière de la faire que l’on ne s’entend plus.

Le traumatisme provoqué par la Premier conflit mondial sert alors de terreau à la naissance d’un nouveau mouvement composé tout autant d’élites intellectuelles que de patrons d’industries. Ce mouvement, qui prend peu à peu le nom « d’européisme » rassemble alors écrivains, philosophes et financiers autour d’une idée bien précise : faire l’Europe passe par la dissolution progressive des Etats-nations dans un grand ensemble fédéral, couvrant l’ensemble du continent, à même de rivaliser avec la puissante Amérique et l’inquiétante Union soviétique.

D’abord minoritaire dans l’entre-deux guerres, l’idée fait son chemin dès la Seconde Guerre Mondiale, jusqu’à ce que, ayant suffisamment imprégnée les cercles de pouvoir des capitales ouest-européennes, elle trouve des hommes d’influence et des hauts-fonctionnaires prêts à pousser l’Europe sur cette voie étroite.

A bien des égards, l’histoire de la construction européenne, loin de résumer le projet européen, est avant tout l’histoire de la victoire implacable de cette certaine idée de l’Europe[1].   

Les années folles : le cheminement intellectuel de l’européisme

L’européisme figure pour la première fois sous la plume de l’écrivain Jules Romains en 1915. La conscience soudainement prise de la fragilité de la civilisation européenne et l’émergence sur la scène internationale de nouvelles grandes puissances poussent alors une partie des élites européennes à imaginer le dépassement des souverainetés nationales dans une union économique et politique. S’Unir ou mourir est d’ailleurs le titre de l’ouvrage publié par Gaston Riou, figure intellectuelle de l’européisme, en 1929.

Loin d’être structuré, ce « premier âge d’or de l’engagement européen » se caractérise par une profusion de textes, d’initiatives et d’organisations aux ambitions diverses. Si, à l’instar du député radical Emile Borel et de son Comité français de coopération européenne, certains imaginent « faire l’Europe » par une simple coopération économique entre Etats, d’autres voient plus grand. C’est le cas du comte autrichien Richard Coudenhove-Kalergi et du mouvement qu’il fonde en 1923 : Paneuropa. Coudenhove défend l’idée d’une Europe politique et économique rassemblant tous les pays du continent, à l’exclusion de la Grande-Bretagne et devant faire face au péril communiste[2].

Si nombre d’écrivains et de philosophes font profession « d’avant-gardisme » sur le sujet dans l’entre-deux guerre, ce sont bien les industriels qui sont à l’origine des programmes les plus aboutis d’union entre Etats européens. Il en va ainsi de Louis Loucheur (plusieurs fois ministres sous la IIIe République et industriel de l’armement) et du sidérurgiste luxembourgeois Emile Mayrisch, partisans d’accords de cartels et d’unification des marchés européens sur de nombreux secteurs. C’est sous leur impulsion que voit le jour en 1926 l’Entente internationale de l’acier qui fixe des quotas de production pour les sidérurgies allemande, française, belge, luxembourgeoise et sarroise. Se trouve ainsi préfigurée la future Communautés européennes du Charbon et de l’Acier (CECA) dès les années vingt.

Bien sûr quelques grands noms font figure de chefs de file de ce tout jeune courant de pensée, à l’image d’Aristide Briand, l’un des monstres sacrés de la IIIe République[3]. Celui qui fut chef du gouvernement de 1915 à 1917 se fait le porte-parole de la cause européiste à la tribune de la Société des nations (SDN) d’où il prononce, le 5 septembre 1929, l’un des grands discours du fédéralisme européen. Il y plaide alors en faveur de l’union des « peuples qui sont géographiquement groupés, comme les peuples d’Europe »[4]. Mais c’est l’éclectisme des partisans de l’européisme qui frappe au premier abord : se trouvent mélangés pêle-mêle des anarchistes, des socialistes, des conservateurs, des libéraux, des monarchistes, des chrétiens radicaux. « L’européisme a vocation à accueillir en son sein tous les « hommes de bonne volonté », dès qu’ils se montrent capables de dépasser leurs partis pris et de comprendre la justesse de cette cause supérieure »[5].

Malgré cette situation pour le moins éclectique sur le plan intellectuel, quelques traits communs se dessinent. D’ordre idéologique d’abord : une fascination pour le modèle d’organisation des Etats-Unis, une commune détestation du parlementarisme (jugé tour à tour trop faible ou trop corrompu). Une apologie de la technique et des techniciens, censés remplacer des politiques impotents. La peur du communisme. La volonté de dissoudre les Etats-nations, entités selon eux passéistes, dans un ensemble fédéral. L’intime conviction que l’économie (et notamment la création d’un marché unique européen reposant sur une union douanière et monétaire du continent) est amenée à jouer un rôle important dans la construction européenne et, enfin, la défense du pacifisme.

D’ordre social ensuite : l’européisme est avant tout une affaire d’élites intellectuelles, industrielles et financières qui se reconnaissent comme telles et qui n’ont que peu de relais parmi les classes populaires et moyennes des sociétés européennes.

Fils de leur époque, les partisans de l’européisme croient, comme les marxistes les plus orthodoxes et les libéraux, que le vent de l’Histoire souffle dans leurs dos. La naissance d’un grand Etat fédéral rassemblant les peuples européens constitue selon eux une loi naturelle, si ce n’est divine, de l’évolution des sociétés. Et le projet politique se transforme en mystique. Il en va ainsi de la profession de foi de Julien Benda. Dans son Discours à la nation européenne publié en 1933, il annonce, tel un messie, que « l’Europe sera éminemment un acte moral […] une idée religieuse : celle de la certitude d’un lendemain meilleur, d’une nouvelle parousie […] l’Europe est une idée. Elle se fera par des dévots de l’Idée, non par des hommes qui ont un foyer. Les hommes qui ont fait l’Eglise n’avaient pas d’oreiller pour reposer leur tête.[6] »

Mais survient une chose à laquelle les européistes ne s’attendaient pas : la crise de 1929 et l’échec de la Société des Nations. Sur fond de désastre économique et de déboires diplomatiques, les idéologies concurrentes, trop tôt enterrées par les européistes, refont surface : le fascisme en Italie, le communisme à l’Est, puis le nazisme en 1933, fatal coup d’arrêt à une Destinée pourtant annoncée avec ferveur et empressement.

Vient alors une période trouble pour l’européisme : l’obsession du dépassement des souverainetés nationales conduit nombre de ses partisans à faire volte-face. Aveuglés par leur mystique, ces derniers entrevoient la guerre qui menace l’Europe comme un moyen, certes non conventionnel, de faire advenir l’union fédérale tant attendue. L’ambiguïté traverse d’abord les « non-conformistes », ces intellectuels rassemblés autour d’Emmanuel Mounier et des revues Esprits et Ordre nouveau en France. Parmi ses membres se trouvent quelques militants résolument antifascistes, mais une complaisance si ce n’est une fascination pour les dictateurs italien et allemand commencent à poindre chez beaucoup d’entre eux.

La « drôle de guerre » qui se déroule de septembre 1939 à juin 1940 est alors le théâtre d’une campagne politique et intellectuelle d’une rare intensité en faveur de l’avènement d’une fédération européenne. Pire, le nazisme est considéré par quelques-uns de ces intellectuels comme une nécessité historique permettant, comme l’indique le titre de l’ouvrage de Bertrand de Jouvenel, le « réveil de l’Europe »[7].

Lorsque la défaite française est consumée et que l’Allemagne nazie triomphe, nombre de ces intellectuels  « crurent discerner dans l’entreprise hitlérienne l’accomplissement de leur ambition « Europe nouvelle […] Et cela d’autant que la propagande nazie usa et abusa de ce thème auprès de certaines élites des pays occupés qui, aveuglés par leur engagement en faveur du fédéralisme, finirent par voir dans le nazisme « l’accoucheur brutal mais salutaire d’une nouvelle étape de l’histoire du continent. L’idée que Hitler remplit un rôle « progressiste » en réalisant par les armes un espace plus large que l’Etat-nation traditionnel, a joué à fond chez des hommes portés par un espoir pan-européen. [8]»

Bien que régulièrement passé sous silence, l’activisme du régime de Vichy en faveur du fédéralisme européen est pourtant une réalité. L’idée de « Communauté européenne » est en partie le fruit des réflexions menées par des intellectuels pétainistes lors des journées d’études communautaires, du 10 au 14 avril 1943 : « L’Europe est un ensemble de nations qui pourraient réaliser une communauté. Nous voulons lui donner ses institutions et ses moyens d’existence […]. Aussi, les institutions dont il s’agit ne sont-elles viables que si les Etats constituant la communauté délèguent volontairement une part de leur souveraineté – non pas à un Etat qui exercerait une hégémonie – mais au profit d’un ordre communautaire concrétisé par des institutions fédérales »[9].

C’est cette même idée de « communauté européenne » que l’on retrouve, quelques années plus tard en 1948, lors du rassemblement des fédéralistes européens au congrès de la Haye et qui se retrouvera jusque dans la dénomination des premières institutions européennes (Communauté européenne du charbon et de l’acier, Communauté européenne de défense, Communauté économique européenne, etc…).

Loin de pouvoir uniquement se résumer à une défense effrénée de la paix comme ses partisans voudraient nous le faire croire, l’idéologie européiste est traversée, dans l’entre-deux guerres, d’ambiguïtés nombreuses si ce n’est d’erreurs manifestes et de collaborations avérées. Elle est avant tout une réponse à une question lancinante : quelle place peut désormais occuper la vieille et fragile Europe, face aux géants américain et soviétique, dans une mondialisation qui ne lui appartient plus ? Et la réponse trouvée par les européistes dans ces années 1920-1930 est toujours la même aujourd’hui : les Etats-nations doivent s’effacer au profit d’une entité fédérale (aux contours bien vagues), seule à même de rivaliser avec le puissant allié américain et l’inquiétante Russie. Qu’importe si les nations résistent, qu’importe si les peuples n’adhèrent pas aux desseins de ces élites intellectuelles et financières. Qu’importe même si ces élites se trompent et se compromettent avec l’un des pires criminels de l’histoire du XXe siècle. Il faut que l’Europe fédérale advienne, irréversiblement.          

 

Rome 1957 : la consécration d’une méthode au service du projet européiste

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale il n’est plus temps pour l’européisme de penser l’Europe fédérale, il s’agit de la faire. Par l’économie et par le droit plutôt que par la culture. Le marchand et le juriste prennent le pas sur l’intellectuel. Un homme incarne tout particulièrement l’esprit européiste après 1945 : Jean Monnet. Ce fédéraliste convaincu a d’ailleurs une stratégie redoutable pour dissoudre peu à peu les souverainetés nationales dans le projet européiste : la stratégie de l’engrenage.

Face à l’échec de la Communauté européenne de défense (CED) et de la Communauté politique européenne en 1954, Jean Monnet comprend qu’on ne peut venir à bout des nations et des Etats aussi facilement. Il faut donc les contourner, créer des « solidarités de faits » comme l’invite l’esprit de la déclaration Schuman de 1950 ; les rendre dépendantes économiquement et finalement déguiser les grandes orientations politiques en de banales décisions techniques. La Communauté européenne du charbon et de l’Acier (CECA) et Euratom en sont les fruits.

C’est cette même méthode « Monnet » qui est utilisée pour qu’advienne la ratification, le 25 mars 1957, du traité de Rome instituant une Communauté économique européenne (CEE) entre la République fédérale d’Allemagne (RFA), la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie et le Luxembourg. L’article 2 dudit traité indique qu’il s’agit « par l’établissement d’un marché commun et par le rapprochement progressif des politiques économiques des Etats-membres, de promouvoir un développement harmonieux des activités économiques dans l’ensemble de la Communauté… ». La mise en commun concerne également la politique agricole (la fameuse PAC), la politique des transports, la politique commerciale et les tarifs douaniers.

Au-delà des fins poursuivis, le traité de Rome est considéré comme « fondateur » car il fait naître les institutions qui, encore de nos jours, ont la responsabilité de la mise en œuvre des politiques européennes : un Parlement représentant les peuples à travers leurs élus, un Conseil composé des exécutifs des Etats-membres, une Commission « d’experts » censée représenter les intérêts communs de la CEE et une Cour de justice des communautés européennes (CJCE).

La principale originalité de ce traité est d’ailleurs de concentrer l’initiative législative dans les mains d’une Commission européenne qui ne tire sa légitimité d’aucune élection démocratique. Pourtant c’est bien elle qui élabore de son propre chef des directives (que le Conseil doit adopter et que les Etats doivent retranscrire dans leur droit national) et des règlements (qui s’appliquent directement dans le droit des Etats-membres).

Mais dès la fin des années 1950 le tournant pris par cette construction européenne est loin de faire l’unanimité. Sur la scène politique française deux figures politiques de premier plan s’opposent très tôt à cet européisme qui avance masqué : Pierre Mendès France et le général de Gaulle.

Lors des débats parlementaires sur le traité de Rome, Mendès-France prononce un discours prophétique à l’Assemblée nationale sur les dangers que recèle le projet de marché commun. « Mes chers collègues, il m’est arrivé souvent de recommander plus de rigueur dans notre gestion économique. Mais je ne suis pas résigné, je vous l’avoue, à en faire juge un aréopage européen dans lequel règne un esprit qui est loin d’être le nôtre. Sur ce point, je mets le gouvernement en garde : nous ne pouvons pas nous laisser dépouiller de notre liberté de décision dans des matières qui touchent d’aussi près notre conception même du progrès et de la justice sociale ; les suites peuvent en être trop graves du point de vue social comme du point de vue politique. Prenons-y bien garde aussi : le mécanisme une fois mis en marche, nous ne pourrons plus l’arrêter […] L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique »[10].

Deux ans plus tard, en 1959, le général de Gaulle, revenu à la tête de l’Etat, s’oppose aux velléités de transfert de pans entiers de souveraineté vers la Communauté économique européenne. A l’été 1960, il s’entretient avec ses homologues européens et obtient la création en 1961 d’une commission (la commission Fouchet, du nom du gaulliste qui la préside, Christian Fouchet) en charge de renforcer l’union politique des six états signataires du traité de Rome. Mais les divergences entre les Etats-membres sont trop nombreuses et les négociations se soldent par un échec.

A la tête de la Commission européenne, le chrétien-démocrate allemand Walter Hallstein est contraint d’imaginer de nouvelles voies pour l’idéal européiste. Puisque les Etats-nations résistent et que l’union politique ne se fera pas de sitôt c’est désormais par l’union juridique que le fédéralisme passera. Porté à la tête de la Commission par le chancelier Conrad Adenauer et son conseiller économique Wilhem Röpke, Walter Hallstein est un juriste de formation, radicalement anti-communiste et fondamentalement convaincu que l’ordre juridique européen doit avoir la primauté sur les ordres nationaux. En d’autres termes que la loi, pourtant reconnue en France par l’article 6 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC) de 1789 comme l’expression de la volonté générale doit désormais se soumettre aux pouvoirs des juges européen[11].  

Afin de défendre cette idée pour le moins discutable du point de vue de la démocratie, la Commission européenne s’active dès octobre 1961 afin de soutenir financièrement la naissance de la Fédération internationale pour le droit européen (FIDE). Cette fédération a vocation à réunir les juristes les plus influents des différents Etats-membres afin de faire la promotion du fédéralisme juridique défendu par Walter Hallstein. « Au sein de la FIDE, une position de principe se construit rapidement et se diffuse de réunion en colloque : non seulement le droit communautaire doit primer, mais n’importe quel citoyen, association ou entreprise doit pouvoir saisir la Cour compétente pour faire appliquer cette primauté »[12].

Loin d’être un vœu pieux, la possibilité pour tout ressortissant de la CEE de saisir la Cour de justice des communauté européennes (future CJUE) pour statuer sur l’application de disposition du Traité de Rome devient réalité dès 1963. Dans son arrêt Van Gend Loos, la CJCE estime effectivement que « la Communauté constitue un nouvel ordre juridique de droit international, au profit duquel les Etats ont limité, bien que dans des domaines restreints, leurs droits souverains »[13]. Au-delà de la possibilité de saisine par les ressortissants, l’arrêt reconnaît officiellement que le libre-échange inscrit à l’article 12 du traité de Rome s’impose à chaque Etat-membre.

Si la décision de la Cour concerne uniquement cet article, la FIDE et la Commission européenne exagèrent à dessein la portée de l’arrêt Van Gend Loos et communiquent massivement autour de l’idée que désormais le droit européen prime sur le droit national.

A peine un an plus tard, la CJCE est de nouveau saisie. Cette fois-ci l’affaire concerne un citoyen italien, actionnaire d’une compagnie privée d’électricité, qui conteste le projet de nationalisation du secteur. Si la CJCE ne se prononce pas quant au bienfondé de la politique énergétique menée par le gouvernement italien elle précise en revanche  qu’« à la différence des traités internationaux ordinaires, le traité de la CEE a institué un ordre juridique propre intégré au système juridique des Etats-membres » et que « le droit du traité ne pourrait donc, en raison de sa nature spécifique originale, se voir judiciairement opposer un texte interne quel qu’il soit sans perdre son caractère communautaire ». L’arrêt Costa contre Enel marque un tournant, celui de la limitation définitive, aux yeux des juges européens, des droits souverains des Etats-membres qui, désormais, ne peuvent plus se prévaloir d’un acte unilatéral postérieur pour y déroger.   

Rassérénés par leurs succès juridiques, les européiste tentent une nouvelle fois de forcer la main aux Etats-membres et d’orienter définitivement la construction européenne dans un sens fédéraliste. Est proposée l’extension de la PAC et, surtout, la fin du vote à l’unanimité au sein du Conseil européen au profit d’un vote à la majorité. En total désaccord avec ces deux mesures, le général de Gaulle pratique dès juin 1965 la politique de la « chaise vide ». Politique dont l’efficacité s’avère redoutable : pendant plusieurs mois le fonctionnement de la communauté européenne est bloqué. Une issue à la crise est trouvée en janvier 1966 avec le « compromis de Luxembourg ». Le processus de décision à l’unanimité des Etats-membres est maintenu pour « les votes importants » ; renvoyant du même coup les européistes à leurs chimères.

Reste que la mise en garde de Pierre-Mendès France n’a pas été écoutée. La délégation des pouvoirs démocratiques « à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique » devient peu à peu une réalité. Le projet européiste se fond quant à lui dans le moule de la mondialisation financière.

Acte unique, Maastricht, TCE : le projet européiste au service de la mondialisation financière

              Vingt ans plus tard, la stratégie de l’engrenage revient, trouvant en la personne de Jacques Delors une incarnation plus que parfaite. Héritier revendiqué de Jean Monnet, ce « socialiste », séduit par le libéralisme économique anglo-saxon, et proche de François Mitterrand, prépare dès 1985 la signature (qui se fera un an plus tard) de l’Acte unique.

Unique, cet acte l’est autant par la symbolique qu’il revêt que par les conséquences qui seront les siennes. Loin de représenter une victoire politique pour la gauche désormais au pouvoir il incarne le renoncement de ceux qui souhaitaient, cinq ans auparavant, changer la vie. Dans ce « nouveau traité fondateur », la règle de l’unanimité au Conseil européen est abolie au profit du vote à la majorité qualifiée et le néolibéralisme est inscrit dans la chaire de la construction européenne : 300 directives sont prises afin de libéraliser les économies européennes ; la liberté de circulation des biens, des services, des personnes et, surtout, des capitaux est sanctuarisée pour que s’épanouisse enfin le grand marché européen[14].  

Entre la construction d’une société socialiste et la conversion au néolibéralisme au nom de l’idéal européiste, François Mitterrand a choisi. Loin d’avoir été contraint, comme une certaine mythologie voudrait nous le faire croire, le « paris pascalien » du Sphinx est un choix souverain.  L’expérience socialiste de 1981-1983, stoppée nette, est tout de suite remplacée par la mise en œuvre de la « voie française » de la mondialisation financière.

Car si les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne ou encore le Japon ont commencé à libéraliser leurs marchés de capitaux dès le début des années 1980, la mondialisation financière doit, selon eux, se réaliser au « coup par coup ». Une conception que les Français Jacques Delors (à la tête de la Commission européenne dès janvier 1985), Henri Chavranski (président du comité de l’OCDE chargé de surveiller l’application du Code de libéralisation des mouvements de capitaux de 1982 à 1994) et Michel Camdessus (directeur général du FMI de 1987 à 2000) ne partagent pas. Si mondialisation financière il y a, celle-ci doit prendre la forme d’un « grand saut libéral ».

Tous s’appliquent alors dans leurs institutions respectives à réécrire les textes qui permettaient autrefois aux Etats de contrôler les capitaux. Et si la proposition d’amendement des Statuts du FMI échoue au milieu des années 1990, la libéralisation au sein de la Communauté européenne et l’OCDE (70% à 80% des transactions de capitaux concernent à l’époque les pays membres de ces deux institutions) est si importante que la mondialisation financière peut se poursuivre sans heurt[15].

La parfaite mobilité des capitaux à l’intérieur et à l’extérieur du marché européen est en effet l’une des conditions posées par le chancelier Helmut Kohl pour qu’advienne l’union monétaire tant voulue par François Mitterrand. Un marchandage qu’Aquilino Morelle résume par une formule limpide « le libéralisme financier contre l’euro ». De sorte que ce n’est pas un prétendu consensus de Washington qui est à l’origine de la mondialisation financière telle qu’on la connaît actuellement mais bien le « consensus de Paris ». Et ce ne sont pas l’Américain Ronald Reagan et la Britannique Margareth Tatcher qui en sont les principaux acteurs, mais bien les Français Jacques Delors, Henri Chavranski et Michel Camdessus. François Mitterrand jouant le rôle de metteur en scène génial.

Il reste néanmoins au président de la République française un dernier acte à mettre en scène pour que la pièce soit parfaite et que la France n’ait plus la possibilité de retenter l’expérience socialiste : soumettre définitive-ment l’ordre juridique national à l’ordre communautaire. Au piège économique s’ajoute donc le piège du droit. Et c’est le traité de Maastricht qui en sera l’instrument.

Il faut néanmoins avouer que les juges français ont grandement facilité la tâche à François Mitterrand. En 1989, une « révolution juridique » a lieu au conseil d’Etat. D’abord en février, avec la décision Alitalia, puis en octobre avec la décision Nicolo. Lors du premier jugement, le Conseil d’Etat estime qu’il revient à l’administration de « ne pas appliquer et d’abroger les actes réglementaires contraires aux objectifs d’une directive ». Lors du second, le juge administratif s’octroie la possibilité de contrôler la compatibilité d’une loi nationale avec les traités européens, y compris quand la loi leur est postérieure. Il reconnaît dès lors, à l’instar du juge européen, la primauté du droit communautaire sur le droit national – en d’autres termes, sa soumission.[16]. Le rêve de l’ancien commissaire allemand Walter Hallstein devient réalité.

Le caractère éminemment politique de la décision du conseil d’Etat en octobre 1989 n’échappe d’ailleurs à personne. Marceau Long vice-Président de l’institution, dont les idéaux européistes sont connus, reçoit une lettre du Premier ministre de l’époque, Michel Rocard, reconnaissant « l’importance pour l’Europe de votre décision historique, symbole le plus tangible de l’engagement de la France dans la construction de l’Europe, sentiments amicalement dévoués »[17].

François Mitterrand dispose alors de toute latitude pour entériner la soumission à l’ordre juridique communautaire dans le texte suprême du droit national. Le traité de Maastricht est signé le 7 février 1992. Le 25 juin de la même année, la loi constitutionnelle n° 92-554 ajoute à la Constitution de la Ve République un nouveau titre « Des communautés européennes et de l’Union européenne »[18]. Désormais, les choix démocratiques, notamment en matière économiques, ne sont valables que dans la mesure où ils respectent le cadre fixé par les commissaires et les juges européens.

Comme en 1957 quelques voix s’élèvent pour dénoncer le rapt de la souveraineté nationale et populaire. A gauche Jean-Pierre Chevènement affirme que « désormais ce n’est plus tout à fait le système républicain » qui prévaut en France. Mais c’est de la droite que viendra la manifestation la plus éclatante du caractère fondamentalement anti-démocratique et anti-populaire du Traité de Maastricht. 

Dans la nuit du 5 mai 1992, au moment du vote sur la révision constitutionnelle nécessaire à la mise en œuvre du traité, le député RPR des Vosges, et ancien ministre des Affaires sociales et de l’emploi, Philippe Seguin prononce un discours qui fera date. Dans la droite ligne de Pierre Mendès-France et du général de Gaulle, le tribun s’oppose à la volonté gouvernementale non seulement sur le fond mais également sur la forme : une révision constitutionnelle aux conséquences aussi importantes ne peut pas avoir lieu sans consultation du peuple. Un référendum est nécessaire. L’idéal européiste qui sous-tend par ailleurs le traité, et qui remet entre les mains des experts et des juges l’ensemble des instruments de la politique économique du pays, est contraire à l’histoire républicaine de la France, est contraire à la conception de la nation qui prévaut depuis 1789.

« Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d’experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise les conséquences. […] que l’on ne s’y trompe pas la logique du processus de l’engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d’un fédéralisme au rabais fondamentalement anti-démocratique, faussement libéral et résolument technocratique, L’Europe qu’on nous propose n’est ni libre, ni juste, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution : 1992 est littéralement l’anti-1789. […] Quand, du fait de l’application des accords de Maastricht, notamment en ce qui concerne la monnaie unique, le coût de la dénonciation sera devenu exorbitant, le piège sera refermé et, demain, aucune majorité parlementaire, quelles que soient les circonstances, ne pourra raisonnablement revenir sur ce qui aura été fait.[19] »

Dans son vibrant plaidoyer, le député RPR souligne à juste titre tout ce que le traité de Maastricht implique en matière de choix économique. Est sanctuarisée dans le texte une approche résolument « monétariste » des économies européennes, synonyme de « taux d’intérêts réels élevés, donc de frein à l’investissement et à l’emploi et d’austérité salariale ».

Après un discours magistral de plus de deux heures, Philippe Seguin apparaît dans la salle des Quatre-Colonnes du Palais-Bourbon, triomphant : 101 députés ont voté l’exception d’irrecevabilité. Parmi eux la moitié du groupe RPR, l’ensemble des communistes trois UDF et cinq socialistes dont Jean-Pierre Chevènement. Il faudra alors tout le poids politique de François Mitterrand pour que le peuple français ratifie le traité de justesse (51,04% des voix), le 20 septembre 1992.  

A la suite de Maastricht, l’européisme et ses partisans bénéficient encore d’une vingtaine d’années de conquêtes politiques et économiques. Obsédés par l’idée de couvrir l’ensemble du continent, ils militent activement pour l’intégration des pays d’Europe de l’Est. En 2004, l’Union européenne s’élargit encore et compte 25 membres.

Un an plus tard, « le grand saut fédéral » est tenté : la constitutionnalisation de l’Union à travers le Traité constitutionnel européen (TCE). Essayant tant bien que mal de cacher les conséquences politiques du traité sous des considérations techniques, les partisans du « Oui » au référendum répètent à longueur de journaux télévisés qu’il s’agit uniquement de « simplifier » le fonctionnement administratif et politique de l’Union européenne. Les enjeux sont bien évidemment beaucoup plus importants. Sont inscrits dans le texte : l’interdiction de toute restriction de mouvements de capitaux, l’indépendance de la Banque centrale, le refus de l’harmonisation sociale. « Inédite hiérarchie des normes, en effet, que celle d’un texte qui place la concurrence, l’économie et la finance au poste de commandement, alors que la Constitution française, dans son article premier, dispose que la République « est indivisible, laïque, démocratique et sociale »[20].

L’intense campagne menée par les opposants au traité s’avère néanmoins payante : le TCE est rejeté par les Français le 29 mai 2005 à 54,67%. Deux jours plus tard, ce sont les Néerlandais qui le rejettent également par référendum (62%). Pourtant, le 8 mars 2008, le président de la République française nouvellement élu, Nicolas Sarkozy, bafoue ouvertement la souveraineté populaire et fait ratifier par le Parlement un traité de Lisbonne qui reprend la majorité des éléments du TCE.

A la faveur de la crise financière de 2007-2008, une nouvelle « gouvernance économique » est mise en place, confirmant une nouvelle fois les orientations économiques orthodoxes de l’Union. En 2012, l’Union européenne met en place le Mécanisme européen de stabilité (MES), sorte de « fonds monétaire » visant à protéger les banques du risque de défauts des Etats-membres et impose un Traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) entérinant le tournant austéritaire de l’UE. François Hollande candidat à la présidence de la République, fait alors la promesse de renégocier le traité. François Hollande, président de la République, n’en bouge pas une ligne.

Depuis 2008, les illusions perdues de l’européisme : le décrochage européen et le choc des souverainetés

Mais la machine européiste semble se gripper peu à peu. L’illusion démocratique a fait long feu. Le « Non » au TCE exprimé en 2005 et son non-respect a cristallisé dans la mémoire de nombreux Français l’image d’une construction européenne exclusivement technocratique. Le sort réservé à la Grèce marque quant à lui durablement les esprits. Sa soumission dès 2010 à une « purge sociale » dans le seul but de préserver des intérêts financiers « qui avaient pourtant eux-mêmes déclenché la crise[21] », s’est doublée d’une humiliation démocratique par la Commission européenne et la BCE : Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission, proclame solennellement « qu’il ne peut y avoir de choix démocratiques en dehors des traités européens ». A l’été 2015, la coalition de gauche Syriza nouvellement élue est obligée de plier face à la pression bancaire exercée par la Banque centrale européenne. Un an plus tard, les Britanniques votent en faveur de la sortie de l’Union européenne. Depuis lors, l’Union européenne est loin de connaître la ferveur populaire.

L’illusion économique et monétaire s’est également dissipée. La BCE reconnaît officiellement en décembre 2017 qu’au bout de dix-huit ans (1999-2016) la convergence économique entre les onze pays fondateurs de l’euro est particulièrement faible. Elle admet également que la mise en œuvre d’une monnaie unique a creusé les écarts de richesse existants pour des pays comme l’Espagne, la Grèce ou encore l’Italie (seuls les pays de l’Est en ont quelque peu profité). Mieux, elle convient que les Etats-membres ayant refusé l’euro (Suède, Bulgarie, Hongrie, Tchéquie, Croatie, Pologne, Roumanie, Danemark) enregistrent de meilleures performances économiques que les Etats l’ayant adopté.

On aurait pu croire d’ailleurs que la crise du Covid-19 aurait définitivement raison de l’orthodoxie des traités européens. Suite à un accord franco-allemand, le 21 juillet 2020, le Conseil européen adopte un plan de relance qualifié « d’historique » de 750 milliards d’euros, baptisée Next Generation EU. La BCE lance un programme massif de rachats de dette et les ministres des finances des Etats-membres décident de suspendre les règles budgétaires en vigueur (les fameux 3% de déficit et 60% de dettes publiques) pour permettre la mise en œuvre de plans de relance nationaux.

C’était sans compter l’obstination de la Commission européenne qui annonce dans ses orientations budgétaires 2024 un retour de la rigueur et engagent les Etats-membres à réduire rapidement leurs déficits. Dans la foulée sont annoncées des réductions de budgets en France et en Allemagne (respectivement de 10 et 17 milliards d’euros) et un plan de privatisation en Italie (de 20 milliards d’euros). Par ces orientations économiques qui confinent à l’absurde est entériné ce qui semble bien être le décrochage économique et technologique du Vieux Continent face à la Chine et aux Etats-Unis

Alors que l’UE s’enferme dans son orthodoxie, Joe Biden annonce quant à lui des plans de soutien massif à l’industrie américaine (l’Inflation Reduction Act) et aux entreprises de la tech (Chips and Science Act). Le second, à hauteur de 280 milliards de dollars (52,7 milliards pour les semi-conducteurs) vise notamment à répondre à l’ascension chinoise en matière de nouvelles technologies et technologies critiques. Washington a pris la mesure du leadership de l’empire du milieu dans un certains nombres de technologies utilisées dans des secteurs comme la 5G, les batteries, les missiles hypersoniques, l’énergie solaire et éolienne.

Rien de tel du côté européen. La dépendance de pays de l’UE vis-à-vis de la Chine sur certaines infrastructures est, à bien des égards, alarmante : 100 % du réseau RAN 5G de Chypre est composé d’équipements chinois, le chiffre est de 59 % pour l’Allemagne. Tout au plus la Commission européenne a timidement élaboré en janvier 2024 un plan de renforcement de la sécurité économique de l’UE face à l’influence grandissante de la Chine dans les économies des Etats membres.

Malgré les déclarations de la présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, qui entendait être à la tête d’une « Commission géopolitique » l’illusion s’est, dans ce domaine, heurtée plus d’une fois au mur de la force brut et des divergences d’intérêts entre Etats-membres. La dépendance militaire de l’UE vis-à-vis de l’OTAN, et énergétique vis-à-vis de la Russie, se sont révélées dès les premiers jours de l’agression de l’Ukraine par Poutine. Et l’unité européenne contre le Kremlin cache de multiples divergences quant à la forme et à l’intensité du soutien à apporter à Kiev. Pour preuve l’opposition de nombreux dirigeants européens (dont le chancelier allemand) à la possibilité envisagée par Emmanuel Macron d’envoyer des troupes en Ukraine.

Les équilibres géopolitiques au sein de l’Union demeurent par ailleurs instables. La Pologne, autrefois sous le coup de sanctions financières pour ses manquements à l’Etat de droit, est désormais considérée comme l’un des fers de lance du soutien militaire à l’Ukraine. L’Allemagne, quant à elle, première économie du continent, auparavant si réticente à l’idée même de puissance, redevient un acteur géopolitique de premier plan : « 100 milliards d’euros sur la table destinés à bâtir la première armée conventionnelle du continent, à prendre la tête du pilier européen de l’OTAN  […] et à déployer une stratégie qui fait basculer le centre de gravité de l’Europe vers l’est. Sur le plan économique comme sur le plan militaire, l’Allemagne met tout en œuvre pour créer une zone d’influence pangermanique qui marginalise, voire exclut, la péninsule européenne (France, Espagne, Portugal, Italie du Sud »[22]. Loin d’avoir été abandonné outre-Rhin, le principe de la souveraineté du peuple allemand y compris sur la politique économique (et l’absence de « peuple européen » et de « souveraineté européenne ») est d’ailleurs régulièrement rappelé par les juges de la Cour de Karlsruhe (l’équivalent de notre Conseil constitutionnel en France).

            Un dicton « populaire » voudrait que « l’Europe avance dans les crises ». Pour le moment force est de constater qu’elle n’avance pas, elle s’obstine. Les arguments économiques et politiques proférées par les dirigeants de cette union sont les mêmes que ceux utilisés dans les années 1920-1930, l’audace intellectuelle en moins. L’européisme, qui se voulait une façon de répondre à la perte d’hégémonie des nations européennes face aux géants américain et russe (et désormais chinois) en proposant une « troisième voie » semble avoir échoué et s’être coulée dans le moule de la mondialisation financière. Pire, la voilà technologiquement dépendante de la Chine, militairement des Etats-Unis et énergétiquement de la Russie.

Pour qui ne souhaite pas que l’Europe, et les nations qui la composent sortent définitivement de « l’Histoire », rompre avec l’européisme, et par conséquent l’illusion fédéraliste, est une nécessité.

Car loin de résumer l’ambition de coopération entre les peuples européens, l’européisme n’est qu’une façon parmi tant d’autres de concevoir l’histoire et le destin de notre continent. Aux politiques revient la responsabilité de démontrer que l’Europe n’est pas morte et qu’elle peut prendre d’autres chemins afin de répondre aux enjeux, à bien des égards terribles, du XXIe siècle.

Références

[1] Une certaine idée de l’Europe est également le nom d’un petit essai de Georges Steiner reprenant les principaux éléments d’une conférence donnée à l’Institut Nexus.

[2] Paneuropa connaît un succès certain et son premier congrès en 1926 rassemble une partie importante des élites intellectuelles, politiques et industrielles du Continent.

[3] Aristide Briand initie, dès 1924 une politiquement d’apaisement vis-à-vis de l’Allemagne à travers le plan Dawes et signe un an plus tard avec le ministre des Affaires étrangères d’outre-Rhin Gustav Stresmann, les accords de Loccarno.

[4] Aristide Briand initie, dès 1924 une politiquement d’apaisement vis-à-vis de l’Allemagne à travers le plan Dawes et signe un an plus tard avec le ministre des Affaires étrangères d’outre-Rhin Gustav Stresmann, les accords de Loccarno. Néanmoins, certains s’interrogent sur les convictions réelles de Briand. Sous couvert de promotion de l’européisme, l’ancien chef du gouvernement ne chercherait qu’à pérenniser les frontières orientales de l’Allemagne. Briand précise d’ailleurs à la fin de son discours que l’association ainsi créée ne touchera en rien à la souveraineté des nations.

[5] Aquilino Morelle, L’Opium des élites, éditions Grasset, 2021, p.200

[6] Cité par Aquilino Morelle dans l’Opium des élites, p.199

[7] On voit donc qu’en matière de slogan de campagne certains auraient pu se tourner vers des formules historiquement moins marquées.

[8] Aquilino Morelle, L’Opium des élites, éditions Grasset, 2021, p.202

[9] Cité par Aquilino Morelle dans l’Opium des élites, p.210

[10] https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/250317/discours-de-pierre-mendes-france-contre-le-traite-de-rome-le-18-janvier-1957

[11] Dans un texte pour la fondation Res publica, Jean-Eric Shoettl parle de « souveraineté juridiquement mutilée » :  « en raison de la dépossession sérieuse et continue des pouvoirs appartenant au législateur, pourtant seul dépositaire selon la Constitution de l’exercice du pouvoir législatif. Une Commission Européenne, un Conseil Européen et cinq Cours suprêmes (Conseil Constitutionnel, Cour Européenne des Droits de l’Homme, Cour de Justice de l’Union Européenne, Conseil d’État, Cour de Cassation) fabriquent à jet continu des décisions rivalisant de zèle pour écarter nos lois, relativiser leur application, interdire tout ou partie de leur contenu et inventer toutes sortes de règles afin de les rendre caduques. Écrire la loi et par conséquent prendre des décisions en toute indépendance est devenu un travail de slalomeur serré entre les bâtons hérissés d’interdits illisibles, imperfectibles, instables et parfaitement illégitimes. » https://fondation-res-publica.org/2024/04/04/europe-et-souverainete-nationale-ou-en-est-on-que-faudrait-il-faire/

[12] La gauche à l’épreuve de l’Union européenne, Collectif « Chapitre 2 », 2019, p.35

[13] Arrêt Van Gend Loos, 5 février 1963

[14] La directive entérinant la liberté de circulation des capitaux est signée en juin 1988.

[15] Voir à ce sujet l’article de Rawi Abdelal, Le consensus de Paris : la France et les règles de la finance mondiale (Critique internationale, no. 28 (juillet/septembre 2005)

[16] La primauté des règlements européens sur la loi nationale est quant à elle actée en septembre 1990 CE, 24 septembre 1990, M.X. n°58 657

[17]  https://fondation-res-publica.org/2024/04/04/europe-et-souverainete-nationale-ou-en-est-on-que-faudrait-il-faire/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_source_platform=mailpoet&utm_campaign=colloque-sur-la-formation-des-elites-organise-par-la-fondation-res-publica-le-mardi-20-juin-de-18h-a-21h-a-la-maison-de-la-chimie-3

[18] L’article 88-1 dispose que « La République participe aux Communautés européennes et à l’Union européenne, constituées d’Etats qui ont choisi librement, en vertu des traités qui les ont instituées, d’exercer en commun certaines de leurs compétences ». L’article 88-2 dispose que « Sous réserve de réciprocité, et selon les modalités prévues par le Traité sur l’Union européenne signé le 7 février 1992, la France consent aux transferts de compétences nécessaires à l’établissement de l’union économique et monétaire européenne ainsi qu’à la détermination des règles relatives au franchissement des frontières extérieures des Etats membres de la Communauté européenne ».

[19] […] Enfin, et je souhaite insister sur ce point, la normalisation de la politique économique française implique à très court terme la révision à la baisse de notre système de protection sociale, qui va rapidement se révéler un obstacle rédhibitoire, tant pour l’harmonisation que pour la fameuse « convergence » des économies. Que la crise de notre État providence appelle de profondes réformes, je serai le dernier à le contester. Que cette modernisation, faute de courage politique, soit imposée par les institutions communautaires, voilà qui me semble à la fois inquiétant et riche de désillusions pour notre pays. Il suffit d’ailleurs de penser à cette « Europe sociale » qu’on nous promet et dont le Président de la République, lui-même, inquiet, semble-t-il, des conséquences de la monnaie unique, cherchait à nous convaincre, à l’aurore de ce 1er mai 1992, qu’elle aurait un contenu, qu’elle nous assurerait un monde meilleur. Hélas, quand on lit les accords de Maastricht, on ne voit pas très bien où est le progrès social ! »

[20] https://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/CASSEN/12227

[21] La gauche à l’épreuve de l’Union européenne, Collectif « Chapitre 2 », 2019, p.83

[22] Pascal Lorot, Le choc des souverainetés, Débats publics, 2023, p.155.

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