Sécurité sociale : l’étau budgétaire d’un système en péril

Sécurité sociale : l’étau budgétaire d’un système en péril

Alors que la santé monte régulièrement en tête du podium des préoccupations des Français, que les scandales fleurissent des crèches aux Ehpad, que les travailleurs sont de plus en plus malheureux au travail, les débats budgétaires annuels sur la sécurité sociale ne sont pas à la hauteur des attentes des citoyennes et citoyens. L’adoption sans 49.3 de la loi de financement de la sécurité sociale en décembre dernier ne doit pas nous leurrer : l’avenir politique de l’Etat providence est encore en péril
Cette année encore, la logique comptable a primé


Pour 2026, Sébastien Lecornu s’est saisi de la copie budgétaire de son prédécesseur, axée sur la coupe des dépenses publiques et de sécurité sociale. Rien de nouveau pour la protection sociale, si ce n’est l’ampleur des coupes. Car sous couvert de “responsabilité budgétaire” – comprendre austérité -, la sécurité sociale est chroniquement sous-financée.

Par exemple, côté assurance maladie, première responsable du déficit de la Sécurité sociale, l’objectif national de dépenses (Ondam) proposé par le gouvernement a été qualifié d’insincère par la majorité sénatoriale (!) à l’automne dernier. En effet, l’Ondam n’est pas respecté depuis 2019, et l’a été en 2025 uniquement grâce à une large réévaluation en cours de route. Année après année, cette sous-évaluation volontaire des besoins permet aux néolibéraux de crier au dépassement du budget.

Il est bien facile de tenir un discours d’excès des assurés, quand la réalité des besoins est ignorée. La “consommation” de protection sociale a bel et bien augmenté, mais les causes en sont toutes naturelles. D’abord, l’inflation impacte aussi les coûts des services rendus : de la consultation du médecin aux allocations familiales en passant par le transport sanitaire. Ensuite, la démographie actuelle, tant commentée, crée une hausse du volume des retraites tout comme des besoins en soins pour les personnes âgées. Notons que cette dernière aurait pu être atténuée grâce à une large politique de prévention, qui a généralement un rendement triple pour chaque euro investi. Enfin, de cette démographie, encore, résulte une baisse de volume de cotisants dans la population totale. Celle-ci a été partiellement compensée par une hausse de la part de l’impôt dans le financement de la sécurité sociale. Pour autant, cette évolution n’a pas été suffisamment pensée pour lier à l’impôt les prestations dites de solidarité et aux cotisations, les prestations contributives.

 

Qu’est-ce que cela veut dire pour notre précieuse Sécurité sociale, qui a soufflé sa 80e bougie ?


D’abord, que la “Sécu” va mal ! Faute de politique réfléchie, articulée et pensée dans sa globalité, la protection sociale s’abîme. Avant tout, elle souffre de l’assèchement programmé de ses ressources. La logique est simple : on coupe le robinet puis l’on clame que l’eau est devenue trop chère.
Le constat est indéniable : huit ans de politiques macronistes ont structurellement réduit nos recettes sociales, notamment le non-financement de plusieurs mesures. Premièrement, les revalorisations salariales des travailleurs sanitaires post-Covid, dites Ségur, n’ont pas été financées par l’Etat vis-à-vis de la sécurité sociale et ont creusé un trou dans les caisses des services sanitaires, puis médico-sociaux. Deuxièmement, les exonérations de cotisations patronales, notamment celles sur les “bas” salaires – jusque 4 Smic il y a peu – ont pris de l’ampleur avec l’inflation et le tassement des salaires : un manque à gagner de presque 100 milliards d’euros cette année pour les seuls allègements généraux. Même la Cour des comptes dénonce un dispositif d’allègement de cotisations “insuffisamment piloté et évalué”, dont la non-compensation « a conduit à des pertes croissantes pour la Sécurité sociale et à une augmentation de la dette sociale ».


Ces assèchements cumulés conduisent nécessairement à un délitement des services essentiels

La réduction systématique des recettes a des conséquences que nous constatons au quotidien : fermeture de lits d’hôpitaux, augmentation impressionnante du nombre de personnes précaires, difficultés d’accès aux soins, manque de crèches, scandales dans nos EHPAD, … Le tout malgré des professionnels engagés, luttant contre l’effondrement de leurs secteurs. Nuançons toutefois, ces difficultés sont multifactorielles, pour la santé par exemple : l’Ordre des médecins a longtemps lutté contre la hausse du numerus clausus ; la crise Covid a épuisé les soignants et les travailleurs ; l’Europe sociale est bloquée par les libéraux, etc.
Le résultat est là : la sécurité sociale s’appauvrit d’année en année et souffre de l’absence des réformes nécessaires pour la faire évoluer avec les besoins de la population.
Alors revient la politique « du pansement », spécialité macroniste. Les gouvernements successifs ne font que répondre aux urgences les plus visibles par des mesures précaires, sans réflexion systémique : fonds d’urgence et revalorisations de coin de table ont toujours été préférés à de véritables politiques sectorielles pensées à partir des besoins.


Pourtant, la sécurité sociale est la clé de notre croissance


Opposer croissance et dépenses de santé et de protection sociale est stérile. Bien que le système de protection sociale soit souvent présenté comme étant exclusivement une « machine à redistribuer », qui serait une « charge » pesant sur les entreprises, ses dépenses sont en réalité des investissements pour notre croissance. Les systèmes de production et de redistribution ne sont pas antagoniques.
En effet, la bonne santé de toutes et tous réduit les absences des travailleurs, pour arrêt maladie ou en tant que proches aidants. Un bon maillage public de services pour le soutien à l’autonomie crée des emplois, soutient les proches aidants et participe à la prévention tertiaire pour les personnes âgées. Enfin, et c’est l’exemple le plus simple : la baisse des inégalités est un facteur direct de bien-être et le bien-être est un accélérateur de croissance.
Les chances de succès des politiques publiques dans un proche avenir reposeront sur leur cohérence, leur capacité à appréhender simultanément et de façon anticipée les enjeux de production et ceux d’un système de solidarité nationale durable, comme seule une loi de programmation pluriannuelle pourrait le faire.
Malheureusement, l’instabilité politique et la volonté à peine dissimulée de privatiser les services publics ne permettent pas de s’approprier la pertinence et la diversité des recommandations formulées de toutes parts par la Cour des comptes, le HCAAM, etc. Alors, les arbitrages deviennent budgétaires et sans réalité pratique : il semblerait que Bercy, épargné par la valse des ministres, soit à la tête de la “Sécu”.

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