Maryse Condé, un monument littéraire s’en est allé

Un monument littéraire s’en est allé dans la nuit de lundi à mardi avec la disparition de l’écrivaine Maryse Condé à l’âge de 90 ans. Fervente militante de la Guadeloupe indépendante, elle transporte sa vie durant ses luttes sur trois continents. Esclavage, colonisation, son œuvre, dont Moi, Tituba sorcière ou encore Ségou a marqué l’histoire littéraire de la seconde moitié du XXè siècle.

Ses premiers engagements seront aux côtés de militants antiracistes, grâce notamment à la négritude théorisée par l’homme politique Aimé Césaire. Ses écrits commenceront sur la créolité. “Je pensais que j’étais coupable d’utiliser le créole. C’était une transgression, une désobéissance à mes parents. Finalement cette langue avait peut-être un pouvoir que le français qui était permis, usuel, n’avait pas.” dira-t-elle, plus tard.

Arrivée à Paris pour ses études supérieures, elle découvre le racisme : “Quand j’étais petite, je voyais bien que j’étais noire, mais ça n’avait aucune signification […]. Pour que tout change, il a fallu venir à Paris […], seule, dans une classe d’hypokhâgne avec des profs très hostiles, très moqueurs, avec des étudiants paternalistes et protecteurs, qui m’ont fait réaliser qu’en fait, j’étais absolument différente. […] Si j’étais restée en Guadeloupe, je n’aurais jamais compris que j’avais une origine, une histoire.”

Horrifiée par les crimes de l’esclavage et de la colonisation, elle mène un combat au sein du parti politique l’Union pour la libération de la Guadeloupe qui revendique l’indépendance. Combat perdu, certes, elle continue de revendiquer sa fierté d’être Guadeloupéenne tout en craignant “que la Guadeloupe n’ait plus voix au chapitre.” En Afrique, elle enseigne le français, d’abord en Côte d’Ivoire, puis est inspirée des mouvements indépendantistes en Guinée qui l’aideront pour son roman Heremakhonon. Expulsée du Ghana après le coup d’État qui renverse le président Kwame Nkrumah, elle s’envole pour Londres et travaille pour la BBC Afrique. Après un retour en Afrique, au Sénégal, Maryse Condé part pour les États-Unis. Éprise de l’histoire coloniale de l’Europe, de l’Afrique et de l’Amérique, elle rédige Ségou, roman inspiré de la période esclavagiste et des mouvements coloniaux en Afrique. Universitaire, ses combats demeurent dans ses recherches où la transmission de la littérature francophone guident ses enseignements. Si Maryse Condé était à la retraite depuis ces 20 dernières années, elle n’a pas pour autant délaissé son oeuvre littéraire, ni même le souvenir de ses 60 ans de combats. En 2013 est publié La vie sans fards, récit plus personnel où elle évoque notamment les auteurs qui l’ont guidée : Frantz Fanon, Aimé Césaire ou encore Léopold Sédar Senghor.

En 2019, le président de la République lui remet la Grand-Croix de l’ordre national du Mérite. Mais sa plus belle récompense restera celui du  prix de la Nouvelle Académie de littérature, en 2018, motivé par “son œuvre sur les ravages du colonialisme et le chaos post-colonial dans une langue à la fois précise et bouleversante

Maryse Condé s’est éteinte en Provence, loin de son pays, celui qu’elle voulait indépendant, et lègue à la postérité une œuvre littéraire majeure.

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