Vue du perchoir – L’année qui vient – Panorama politique et parlementaire

Vue du perchoir – L’année qui vient – Panorama politique et parlementaire

Entre saturation démocratique et fascination pour la politique-fiction, cette chronique propose un pas de côté pour penser l’année qui s’ouvre. À l’horizon de 2027, c’est la question du sens politique – et de sa reconquête – qui s’impose, au-delà des jeux de rôles et des paris tactiques. Romain Troussel-Lamoureux chronique l’actualité parlementaire et politique pour Le Temps des ruptures.

Deux mois de pause. Deux mois de pause dans l’écriture de ces chroniques m’ont été nécessaires pour retrouver la plume mais aussi le sens. C’est dire, pour un branché en continu sur le flux de l’actualité parlementaire et politique. L’effet de saturation me touche comme les autres Français. Un enchaînement de séquences, d’abord parlementaires, qui tendent à effacer le sens de l’action politique.

Comment réfléchir à l’effacement de ce sens ? En mêlant plaisir et réflexion je pense.

Solférinologie, macronologie … les qualificatifs ne manquent pas pour décrire un des sports préférés de la sphère politico-médiatique française : la politique fiction. Quelle sera la prochaine action d’un tel ou d’une telle et comment l’autre réagira-t-il ? Malheureusement, l’analyse politique y est de plus en plus réduite.

Menée avec recul, entre inclusion dans le champ et prise de recul critique, l’exercice n’est pourtant pas déplaisant, ni même inintéressant. Adonnons-nous-y donc avec plaisir, au coin du feu et à l’abri du soubresaut des séquences, suspendues le temps de la trêve des confiseurs.

Janvier à mars. Une épreuve budgétaire opaque et continue

Le monde parlementaire souffle du caractère interminable de la séquence. Ce budget ne sera-t-il donc jamais voté ? Députés et sénateurs, tels des Sisyphes poussant dans des sens différents, peinent à la tâche.
Quelles sont les avancées par rapport à l’année dernière à la même époque ?

Factuellement : à un PLFSS voté et une censure près. Politiquement : si les alliances sont renversées, leurs conséquences restent incertaines.

Par rapport à cette situation, où se placent les acteurs ? C’est peut-être dans ce domaine que les enseignements sont les plus intéressants. Les deux partis politiques de la vieille politique empruntent des chemins différents.

Côté Les Républicains, l’aventure personnelle de légitimation de Bruno Retailleau à pris fin au profit d’une volonté forte de distanciation du camp macroniste. Structurellement, c’est peut-être l’union des droites qui apparait comme la conséquence la plus logique de ce choix. Nous y reviendrons.

Côté Parti socialiste, le chemin relève de la via ferrata empruntée par des unijambistes. Personne ne tombe encore mais pas grand monde ne sait ce qu’il fait là. Semaine après semaine, la non-censure se révèle être bien plus qu’une mise sous surveillance sous peine de sanction de l’ancienne majorité macroniste. Elle est désormais une tentative de construction d’une voie de passage politique jusqu’en 2027. Il est difficile de juger de la séquence avant qu’elle ne se termine, à savoir avant le vote, ou le non-vote d’un budget puis le passage à la séquence suivante, les élections municipales. La prise de risque comme sa concrétisation seront lues à cette aune. Malgré cela reste l’incompréhension du passage d’une union de la gauche à une politique parlementaire du compromis avec le centre. Politique du bien commun et des victoires du quotidien pour les uns, trahison du mandat des électeurs du NFP pour les autres. L’issue de la séquence décidera du vainqueur des batailles de récits.

Mars – avril. Les municipales d’une décennie

De 2020 à 2026. De 45 à 60 ou 65% de participation, de 20 à 28 voire 30 millions d’électeurs. Rarement il y a eu deux élections plus différentes d’un mandat à un autre que les municipales 2020 et 2026. D’un côté, on trouve une prime aux sortants énorme dans une conjoncture de COVID-19 tourmentée et une abstention historique. De l’autre côté, on a une des élections intermédiaires les plus politiques de ces 20 dernières années sans pouvoir présidentiel à pouvoir réellement sanctionner, faute de majorité relative.

Par quel bout prendre ces municipales 2026 ? Bien malin celui qui saurait dérouler la pelote. Peut-être plus qu’auparavant, les sondages sont fragiles. L’intérêt de ces 34 875 futures échéances se trouve ailleurs. Dans deux ailleurs : une potentielle union de la droite anciennement chiraquienne avec l’extrême-droite lepéniste et une potentielle désunion des gauches. La rupture serait historique et les conséquences imprévisibles. L’union de la droite et l’extrême-droite affichée avec des fusions de liste marquerait une rupture avec le paradigme de l’après-guerre. D’autant plus que les villes potentiellement concernées ne sont pas des moindres, Marseille en tête.

La désunion de la gauche ne serait pas moins inédite. Le désistement au profit du mieux placé pour battre la droite et l’extrême-droite est une constante politique des partis de gauche depuis 80 ans. Rompre avec cette règle c’est effacer le cœur du barrage républicain auquel consentent années après années les électeurs de gauche. Si il n’y a plus d’ultima ratio de l’union de la gauche, comme à Paris ou à Marseille, lors des élections municipales, comment la décréter à la prochaine élection présidentielle, treize mois plus tard ?

Ces deux tendances vont pourtant à l’encontre des deux enseignements des dernières élections nationales (les législatives) : des gauches puissantes et plus efficaces lorsqu’elles sont rassemblées dans l’élection et 60% des électeurs qui refusent l’accession au pouvoir du Rassemblement national.

Mai, et après ?

La suite ne relève même pas de la politique fiction, mais plutôt de l’incantation. Une question reste intéressante. Elle tient du pari mais charrie du sens. Plus que les mises sur les petits chevaux, on peut se demander quel sera le fait générateur de la prochaine présidentielle. 2007 : travailler plus pour gagner plus. 2012 : l’antisarkozysme et l’antifinance. 2017 : le dégagisme et le renouveau. 2022 : la nation qui fait bloc derrière son chef et l’enjambement de l’élection.

2027 pourrait être marquée par trois choses :
1) les conséquences politiques et électorales d’une déconnexion croissante entre une élite politique et les électeurs ;
2) la puissance des machines électorales antisystème formées par la France insoumise et par le Rassemblement national ;
3) l’incompatibilité fondamentale entre l’esprit de l’élection présidentielle (choix d’une personnalité providentielle et cheffe de guerre) et la présence de deux candidats antisystèmes au second tour de la présidentielle. Un bloc bourgeois refusera d’être évincé de ce dernier.

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Jaurès nous disait il y a plus d’un siècle, « le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces […] le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond ». Depuis longtemps , le PS confond le fait de comprendre le réel, d’y passer certainement, et celui de s’y perdre. Chaque semaine, Romain Troussel-Lamoureux chronique l’actualité parlementaire et politique pour Le Temps des ruptures.

Le réel ou l’idéal, la grande confusion socialiste ? Difficile de voir clair dans une période aussi incertaine. Cela semble être un des plusieurs traits de la crise, une conjoncture fluide comme la considérait Michel Dobry. Un autre tient à une progression par-à-coups. Les moments charnières d’approfondissement d’une crise sont accompagnés de périodes de calme relatif pendant lesquelles les acteurs tentent de reprendre pied. Sans succès.

Fluide, cette crise l’est de plus en plus, au moins dans le monde politique. Le remplacement de la droite conservatrice par la l’extrême-droite nationaliste et xénophobe suit son cours. Une étape de plus, symbolique mais tout de même, a été franchie dans l’hémicycle ce jeudi 30 octobre lors du vote réussi de la résolution du Rassemblement national visant à dénoncer les accords de 1968 avec l’Algérie.

Mais que dire de la gauche. Ou plutôt du Parti socialiste dans cette période. Dans les périodes de doute, les socialistes ont une boussole, un talisman, une incantation fétiche. Celle des grandes figures. Que nous disent-elles aujourd’hui. Las, bien peu de choses. Où est donc la « rupture avec l’ordre établi[1] » après huit ans de macronisme ? Plus encore. Jaurès nous disait il y a plus d’un siècle, « le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces […] le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond[2] ».

Depuis longtemps[3], le PS confond le fait de comprendre le réel, d’y passer certainement, et celui de s’y perdre. Les (bonnes) raisons sont toujours là : le programme économique de François Hollande, précurseur de celui d’Emmanuel Macron, intègre l’idée d’une concurrence socio-fiscale européenne sans vergogne et il produit des emplois peu qualifiés ; la non-censure de Sébastien Lecornu sauve la France d’un président sans aucune éthique politique et épargne les citoyen.nes d’un moment charnière de la crise en cours. Mais à quel prix ? L’adoption, avec ou sans les voix socialistes, d’un budget issu du socle macroniste permettra-t-elle au pays de sortir de la crise politique installée par le président ?

Ce moment pose une question plus vaste. Quel est l’espace pour le compromis chez les socialistes ? Une maxime y répond parfaitement, inlassablement, inévitablement : « c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». Où est l’idéal dans le budget négocié en ce moment au Parlement ? Où est l’idéal dans le moindre mal ? Le moindre mal, c’est la ligne politique du radicalisme finissant de la Troisième République. Le moindre mal, c’est la ligne de la SFIO à bout de souffle de la IVe République. Le moindre mal, est-ce de soutenir implicitement un budget austéritaire ?

Alors voilà le chemin de l’idéal : la suspension de la réforme des retraites, la taxation à hauteur de plus de 10 milliards des patrimoines les plus importants et la réduction de la pression fiscale sur les trois premiers déciles. Sans cela, il n’y a qu’un seul chemin : la censure ou le déshonneur.

Le compromis dans le socialisme français ne trouve son sens que lorsqu’il permet la victoire politique. Pas le moindre mal, pas la demi-mesure. Ce sont là les rôles politiques d’autres formations : les centristes et les conservateurs. A trop craindre la crise, nous risquons d’être emportés avec. 

 

[1] : Discours de François Mitterrand à la tribune du congrès d’Epinay en 1971 avant le vote qui l’investira Premier secrétaire

[2] : Discours à la jeunesse, 1903 au lycée d’Albi

[3] : dès 1983 pour certains, 2005 pour d’autres, 2016 pour les derniers

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VUE DU PERCHOIR – LE PARADOXE DU FOU SAGE

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Il y a depuis huit ans à l’Elysée un homme dont la marque de fabrique politique a été la torsion constante de nos institutions démocratiques. Plus que depuis un demi-siècle. Le cadre, les règles, les garde-fous lui font horreur. Son credo est la limite, toujours sur la brèche, jamais dedans. Chaque semaine, Romain Troussel-Lamoureux chronique cette actualité parlementaire et politique pour Le Temps des ruptures.

On le dit proche de Giulano Da Empoli. Ses modèles, ce seraient donc ces prédateurs dont l’illimitation des désirs passe parfois pour de la puissance politique ? Las, la comparaison s’épuise vite. Le président de la République française ne fait pas découper ses opposants, il n’organise pas de coups d’Etat.

Pourtant la situation a de quoi interroger. Hormis les partis antisystèmes, les demandes de présidentielle anticipée se font maintenant entendre depuis l’intérieur même de ce qui fut le cœur du pouvoir macroniste. Le dernier tireur en date est Edouard Philippe qui réclame avec force l’organisation rapide d’une présidentielle anticipée après un vote expédié d’un budget technique. L’héritier Attal ne va pas aussi loin mais désormais, « il ne comprend plus » ce président qui cherche à tout prix à garder la main. Appétits élyséens de Brutus patentés diront les éditorialistes habituels de la vie politique française.

Et si la question était plus grave ? Et si le président, de toujours jupitérien, se révélait peu à peu dans une figure de fou sage. Ce dernier, trope classique de la littérature depuis l’antiquité, fait d’un personnage reconnu comme fou une source paradoxale de sagesse. On a longtemps mis en avant sa disruption. Il cassait les codes, il n’a maintenant plus de limites ni de barrières. Il n’était ni de droite ni de gauche, il est aujourd’hui le contempteur autoritaire du Parlement qui, fort d’une nouvelle méthode, pourrait sauver le pays de la ruine. Il possédait une vision révolutionnaire pour un pays endormi et englué par sa classe politique, il n’est plus qu’un César ombrageux arc-bouté sur de maigres réussites.

En réalité, Emmanuel Macron n’a pas changé. Ce qui a changé, ce sont les regards d’une élite qui protège de moins en moins le fils prodigue de la caste. Ces huit années, les interrogations ont été constantes sur sa lucidité politique et sur la solidité de ses valeurs démocratiques : les ordonnances, l’affaire Benalla, les Gilets Jaunes, la gestion du début de la pandémie, la réforme des retraites, la dissolution, la triple nomination de Premiers ministres issus de partis politiques affaiblis.

On n’a de cesse, à raison, de pointer les risques pour l’Etat de droit en cas d’accès au pouvoir du Rassemblement national. Mais il y a depuis huit ans à l’Elysée un homme dont la marque de fabrique politique a été la torsion constante de nos institutions démocratiques. Plus que depuis un demi-siècle. Le cadre, les règles, les garde-fous lui font horreur. Son credo est la limite, toujours sur la brèche, jamais dedans.

« Les institutions étaient dangereuses avant moi. Elles le seront après moi » disait un de ces prédécesseurs. Nul besoin du RN pour vérifier la formule. Ce président a essoré des institutions faites pour résister à une guerre civile.

Sa principale œuvre, c’est la négation de la politique et la diffusion de cette négation dans la société. Nous en sommes plus à nous questionner sur le flot montant de l’extrême-droite, mais à nous rendre compte que 44% des Français souhaitent désormais un Premier ministre issu d’aucun parti politique, issu de la société civile ou du monde de l’entreprise.

Voilà son bilan. Il a prouvé méthodiquement, en bafouant peu à peu toutes les pratiques politiques de la Ve République, que la politique ne pouvait pas transformer le réel. Dès lors, à quoi sert-elle ?

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Vue du perchoir – Et ainsi finit la session parlementaire extraordinaire

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Depuis juin 2024 et la dissolution prononcée par Emmanuel Macron il était annoncé que l’Assemblée nationale devait redevenir le centre du pouvoir politique en France. Las la fragmentation politique et l’échéance présidentielle de 2027 ont créé plus d’irresponsabilité politique qu’elles n’ont fait émerger une « culture du compromis » à la française. Chaque semaine, Romain Troussel-Lamoureux chronique cette actualité parlementaire et politique pour Le Temps des ruptures.

Quand les toits de plomb semblent comme fondre sur les murs du Palais Bourbon, les députés ont eux bien pris la clef des champs. Les premiers jours de juillet n’auront agi que comme un révélateur de l’expérience de cette Assemblée qui reste, un an après sa dissolution, largement introuvable.

Entamons une petite revue des troupes pour clarifier le propos. Les têtes chercheuses, Rassemblent national et La France insoumise, jouent leur partition. Présence impressionnante pour les premiers, à croire que dès 2024, le scrutin était entièrement proportionnel et que les circonscriptions et leur lot d’engagements, ont disparu. Présence forte pour les seconds et utilisation constante de l’Assemblée nationale comme d’une caisse de résonnance politique visant les réseaux sociaux. Viennent ensuite, dans un peloton resserré, les autres groupes d’opposition : écologistes, socialistes et ciottistes. Oscillation entre censure et sérieux d’un côté, agit-prop d’extrême-droite de l’autre, chacun joue sa partition sans savoir très bien dans quelle symphonie il se trouve. Il n’y a, dans les cas de ces partis, ni ligne limpide pour la présidentielle, ni programme politique qui puisse tenir lieu de colonne vertébrale.

Clôturons par là où nous aurions peut-être dû la commencer : où est donc la majorité ? On l’appellera comme l’on voudra : bloc central, socle commun, LIOT-MODEM-EPR-Hor-LR, partis du bloc central, majorité enfin. Ou plutôt non vu la mobilisation. En effet, ceux qui jouent habituellement de teneur de séance sont les grands déserteurs de cette législature. Les résultats : des textes de loi absolument orthogonaux avec les principes du macronisme originel sont adoptés avec l’aval des macronistes, voire à leur initiative : loi Duplomb sur les protections écologiques et loi Gremillet sur la programmation énergétique, loi Attal sur la justice des mineurs et loi Darmanin sur la sécurité et l’immigration. On est loin du quinquennat écologique et la fin des assignations à résidence. Mais, au-delà de la fuite en avant politique, cette absence crée un vide institutionnel troublant.

Une institution pluri-centenaire comme l’est l’Assemblée nationale est largement tenue par ses us et coutumes. Et comme le dit le poète, un être vous manque et tout est dépeuplé. Et en matière parlementaire aujourd’hui force est de constater qu’il manque bien une majorité. Le Parlement, entendu comme l’association de l’Assemblée et du Sénat, ne peut pas fonctionner correctement sans majorité à l’Assemblée nationale. Et l’on ne parle même pas ici du périmètre des alliances, conjoncturelles ou durables, qui ont défrayé la chronique depuis juin dernier. C’est bien de la vie de l’institution dont il s’agit. L’Assemblée nationale n’est pas la présidence de la République. Elle ne peut pas se soumettre ou se démettre. Cette alternative n’existe pas. Il serait donc temps que les députés, du camp macroniste en premier lieu, se retroussent les manches pour tenir les murs, pour colmater les brèches d’un hémicycle qui prend de plus en plus l’eau.

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Vue du perchoir – Mais où va le Premier ministre ?

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Depuis juin 2024 et la dissolution prononcée par Emmanuel Macron, il était annoncé que l’Assemblée nationale devait redevenir le centre du pouvoir politique en France. Las, la fragmentation politique et l’échéance présidentielle de 2027 ont créé plus d’irresponsabilité politique qu’elles n’ont fait émerger une « culture du compromis » à la française. Chaque semaine, Romain Troussel-Lamoureux chronique cette actualité parlementaire et politique pour Le Temps des ruptures.

Que se passe-t-il donc dans la tête de François Bayrou ? Certaines mauvaises langues, y compris dans le socle commun, ont depuis longtemps jasé sur les faiblesses et les carences du Premier ministre : des journées de travail aussi légères que sa connaissance des dossiers, une confusion patente dans ses propos. Renversons un instant la focale et attribuons à notre Béarnais de Premier ministre le mérite de son incompétence.

Qui s’étonne désormais des bafouillements à la tribune, des incohérences entre deux phrases. Les députés de la commission d’enquête sur les violences en milieu scolaire qu’il y avait de la mauvaise graine à redresser et des menaces très éducatives. Les partenaires sociaux ont dû être ravis d’apprendre mardi dernier le retour du paritarisme d’après-guerre et du succès du conclave sur les retraites dans la bouche de François Bayrou dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Il n’y avait qu’un pas à faire jusqu’à l’annonce que la maquette budgétaire était achevée et que le naufrage de nos finances publiques allait être colmatée. Comparaison n’est pas raison et il ne faut pas abuser des maximalismes mais il y a néanmoins quelque chose de trumpien dans la manière qu’à ce monsieur de considérer la réalité. Les échecs sont des succès, les erreurs des coups de génie et la prise en défaut relève de la gageure pour les opposants ou les journalistes.

Au-delà de l’instinct de survie politique, il y a quelque chose de plus remarquable qui semble relever d’une théorie du vide politique. La sanction en général, et la motion de censure en particulier, ne peuvent pas être des actions. Elles ne peuvent être des réactions à des faits significatifs. Or rien, absolument rien n’est significatif dans ce qu’a fait François Bayrou depuis six mois. Les socialistes l’ont appris à leurs dépens depuis leur choix de la non-censure en décembre. Pensant entrer dans une logique de compromis, ils ont négocié avec un marchand qui n’avait rien à vendre. Et qui a eu beau jeu, par deux fois, de moquer vertement des motions de censure par la suite vide de sens, car elle n’avait rien à censurer. Le budget était couvert par le conclave, le conclave doit désormais être couvert par le prochain budget.

Le pilote est dans la cabine avec les passagers et attend sereinement l’atterrissage. Cela peut cependant légitimement nous inquiéter pour deux raisons. La première tient à la réalité de nos comptes publics. Les quarante milliards d’euros d’économies ne sont, eux, pas vides de sens. Et il est à craindre que pour sauver son siège le Premier ministre s’en remette à l’expédient le plus facile : l’année blanche et le sacrifice des plus précaires avec l’assentiment gourmand du Rassemblement national. La seconde raison est plus profonde et en cela plus grave. Sondeurs, chercheurs, commentateurs s’unissent, comme rarement pour le dire : on observe une autonomisation croissante de la vie d’un peuple et d’une nation de sa sphère politique. Les champs s’autonomisent, on fait avec, ou plutôt sans politique. Les précédents sont délétères et la démocratie n’en est jamais sortie grandie.

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