Stratégie & Bifurcation

Quand le pleuple fait sécession

L’ancien sénateur du Var analyse la désertion progressive des urnes par le peuple français depuis plusieurs décennies et les mesures gouvernementales qui l’ont encouragé en alimentant une déception et un sentiment d’inutilité du vote.
« Le peuple, qui ne se laisse pas prendre aussi aisément qu’on ne l’imagine aux vains semblants de la liberté (…) On voudrait qu’il allât voter, là où l’on a cru devoir conserver la vaine image d’une élection : il s’entête à s’abstenir. »
Alexis de Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution

L’accélération de la désertion des urnes par les électeurs, ces cinq dernières années, me rappelle le désarroi de Saint-Just découvrant, au pire moment de la Révolution, la glaciation de l’élan populaire qui la portait. Aujourd’hui, c’est la démocratie née de cette Révolution, en 1793 et non 1789 comme on le croit souvent, qui semble glacée(1)

Glacée, parce que le peuple, détenteur de la souveraineté nationale mais privé du pouvoir de l’exercer par référendum depuis mai 2005 (2), refuse de plus en plus de désigner les représentants pouvant l’exercer à sa place. Ainsi, on se prend à douter du caractère démocratique de la République, telle qu’elle fonctionne en France, aujourd’hui.

Un régime où représentants et représentés se tournent le dos peut-il être une démocratie ? Qu’on en juge.

S’agissant de la « mère des batailles politiques » en France – l’élection présidentielle dont dépend indirectement les résultats des législatives – constatons que les votes, exprimés par rapport aux inscrits, ne cessent de baisser ; cela depuis 1981 où la mobilisation de la Droite et plus encore de la Gauche, autour de projets politiques radicalement opposés, fut maximale.

Quarante ans plus tard, au second tour des présidentielles, en 2017 puis en 2022, plus du tiers des électeurs inscrits ne s’exprimera pas (3) ; près du double par rapport à 1981. C’est le plus haut d’abstention dans la Vème République, exception faite des élections de 1969 où les électeurs de gauche refusèrent clairement le choix forcé qui leur restait (4)

S’agissant maintenant des scores des candidats élus, malgré un mode de scrutin autorisant seulement le maintien de deux candidats au second tour, aucun, à l’exception de Jacques Chirac dans des conditions très particulières (5), aucun n’a atteint 50% des inscrits. Même le Général de Gaulle, mis en ballotage au premier tour des élections de 1969, dû se contenter de 47,3% au second tour, malgré une participation élevée (6).

 La dernière élection présidentielle, elle, cumulera un taux inusité de non-participation (34,04%) et un score particulièrement faible pour le candidat élu (38,5%), le plus faible de la Vème République (exception de l’élection de 1969). Elle montre aussi que l’épouvantail de l’accession au pouvoir de l’extrême droite en France, faisant de moins en moins peur, ne suffit plus à garantir la réélection d’un candidat du « changement dans la continuité » (7) ; d’un des chevaux de tête de l’étrange attelage qui gouverne la France depuis quarante ans, d’accords sur l’essentiel – assurer la conservation du système en place -, en compétition pour le pouvoir. Entre les 4,570 millions de voix (11,5% des inscrits) au premier tour en 1995 et les 13,300 millions de voix qui se sont portées sur Marine Le Pen (28% des inscrits) en 2022, la progression est impressionnante (8).

Que l’assise populaire d’un président disposant de plus de pouvoirs que celui des USA (9) se limite à un gros tiers des électeurs inscrits (10) suffirait à faire douter du fonctionnement démocratique de la Vème République. Ce seul chiffre pourtant n’aurait qu’une importance relative si le dit pouvoir, était partagé entre plusieurs pouvoirs légitimes, l’équilibrant avec le Parlement représentant naturel de la diversité des opinions et contre-poids classique de l’exécutif. Cela aurait pu être envisageable, si au fil du temps des réformes constitutionnelles et des pratiques (comme la relégation au vestiaire de l’appel direct au peuple par le référendum ou la dissolution extraordinaire de l’assemblée (11)) le Président ne s’était pas imposé de fait comme le chef de la majorité parlementaire, en partie depuis 2002 avec la réforme Chirac-Jospin (12).

Quant à la fragile « indépendance » de « l’autorité judiciaire », elle est suspendue au courage et à l’abnégation des seuls magistrats dont l’éthique personnelle passe avant la carrière, ce qui ne va pas de soi. Quant au pouvoir administratif, il peut servir aussi bien à l’enfermement, par mesure de sécurité de suspects jugés dangereux aux « doigts mouillés », qu’à la couverture abusive par le secret défense de la gestion d’une épidémie..

Dire qu’il n’y a aucune division des pouvoirs en France n’est donc pas exagérée et pourrait expliquer, en grande partie l’augmentation irrésistiblement depuis 1981 du refus de participation (abstention et votes blancs et nuls) aux élections. Durant les deux septennats de François Mitterrand, au second tour, ce refus de participation reste de l’ordre de 25% ; la barre des 30% est franchie durant les années 1990, celle des 40% en 2002 (42%), avant de franchir la barre symbolique des 50% sous les deux quinquennats d’Emmanuel Macron : 62,3% en 2017 et 57,3 % en 2022. Soit plus qu’un doublement en 50 ans.

Au second tour des élections législatives de 2017, le refus de participation atteindra 62,3 % des inscrits, du jamais vu pour une consultation de cette importance !

En clair cela signifie que 32,8 % seulement des électeurs inscrits en 2017 et 42,7% en 2022 ont choisi leur candidat à l’Assemblée nationale, soit un score moyen de l’ordre de 20 % à 30% pour les heureux élus, selon l’année !

Merveilleux système qui transforme une poignée d’électeurs en majorité suffisante pour soutenir le président de la République en place, comme l’ont amplement confirmé les dernières élections législatives !

Ainsi malgré l’écrasante défaite en juin 2022 de la majorité sortante qui, avec 250 élus (43,3% des exprimés) perd la majorité absolue rituellement octroyée aux formations soutenant le président de la République, le parlement est resté à la main du pouvoir élyséen. Que la tâche des chargés de la maintenance du système en soit plus compliquée ne rend pas celui-ci plus démocratique.

Dès la session extraordinaire qui a suivi les élections, on a rapidement compris qu’aucun retour aux « errements » de la IVème République n’était en vue. Les lamentations des chiens de garde du système étaient prématurées. En son temps, de Gaulle avait expliqué à Alain Peyrefitte que, (13) « cette constitution a été faite pour gouverner sans majorité » plus exactement tant que n’existe pas une majorité de remplacement. Le bateau élyséen a donc pu poursuivre son cabotage, comme si de rien n’était.

Le rejet du projet de loi de règlement du budget et des comptes de 2021 mis à part, tous les textes inscrits à l’ordre du jour de la session extraordinaire de juillet 2022 ont donc été votés (14). Que le soutien de 16,8 % des électeurs inscrits (15) produisant 42,3% des sièges suffise au président de la République française pour gouverner est un vrai miracle de la multiplication des voix. Même en tenant compte des ralliés à la cause présidentielle, on peut comptabiliser 262 sièges – à 27 voix de la majorité absolue – pour un score de 17,3% des inscrits.

De plus, les résultats des dernières élections territoriales ne rassurent pas davantage sur l’état de la démocratie locale en France, même si les conditions abracadabrantesques (16) dans lesquelles elles se sont déroulées, particulièrement les municipales, invitent à la prudence dans l’interprétation des résultats.

La particularité de ces municipales fut évidemment le découplage du premier tour, à la date prévue du 15 mars 2020, et du second reporté au 20 juin pour cause d’épidémie de covid19.

Le refus de participation de 53,3% des inscrits au premier tour (+13,3% par rapport à 2014) grimpera à 58,4% en juin au second. A noter que la participation demeure sensiblement plus faible dans les grandes communes que dans les petites. Les 4827 communes assujetties à un second tour regroupent, en effet, ces grandes communes, alors que les 30143 autres ont élu leur conseil municipal dès le premier. Un résultat confirmant ceux des études antérieures, montrant toutes, que les taux d’inscription sur les listes électorales comme ceux de la participation aux élections, sont inversement proportionnels à la taille des communes.

A noter enfin que, contrairement aux élections présidentielles et législatives, la régression du score du RN (17), a été compensé par la confirmation de son ancrage là où il disposait déjà d’élus.

Cette tendance au désengagement des électeurs se confirmera brutalement aux régionales et départementales reportées au 20-27 juin 2021, la menace sanitaire se relâchant : un refus de participation de 69,4% et de 68,2% au second, soit + 16% par rapport à 2015 au premier tour et +15,6% au second !

Au soir des batailles.

Invariablement, au lendemain de chaque scrutin ressortent des tiroirs médiatiques et des officines spécialisées les mêmes explications de cette tendance au désengagement des électeurs. Les deux plus courantes sont : la complexité de la procédure de vote à commencer par l’inscription sur les listes électorales et l’inusable théorie des adversaires de la démocratie, le faible intérêt du peuple pour la chose publique ; jadis pour les raisons suivantes : garde d’enfants, obligation de travailler ou restauration de sa force de travail ; aujourd’hui pour consommer et se divertir. La société du loisir et du divertissement aurait remplacé celle du travail et de la lutte des classes. Explications dont aucune ne résiste à l’examen.  

Invoquer des difficultés d’inscription sur les listes électorales, c’est ignorer les simplifications de ces dernières années. Jamais il n’a été aussi facile de s’inscrire sur les listes électorales, jamais les taux d’inscription par rapport à la population pouvant voter n’ont été aussi hauts comme le montre la dernière publication de l’INSEE (18). Ainsi le corps électoral des élections présidentielles – 48 803 175 inscrits- a progressé de 856 000 personnes rien qu’entre mai 2021 et mars 2022. Par ailleurs, 4 millions de Français ont fait une démarche volontaire, notamment suite à un changement de domicile, s’ajoutant à l’inscription d’office des plus de 18 ans. Le déficit d’inscription par rapport à la population en âge de voter se limite désormais à 5%, contre 7% en 2017 et plus encore avant.

Quant au développement du vote à distance tout aussi rituellement invoqué pour faciliter le vote – vote par correspondance ou par internet -, il aurait plus d’inconvénients que d’avantages ; le principal de ces inconvénients étant de faire disparaître ce qui peut rester de cérémoniel dans l’acte de voter, unique marque de souveraineté pour l’écrasante majorité des citoyens (19). Le second inconvénient est la difficulté à s’assurer de l’identité du votant et de sa liberté réelle de vote auquel s’ajoute l’exigence de réseaux suffisant et de protection contre le piratage, voire les cyberattaques. Ces questions non résolues expliquent que la France ait supprimé le vote par correspondance en 1975 et que le vote par internet ne soit admis que pour les citoyens établis hors de France, du fait des distances. Si de nombreuses expériences de vote par internet ont eu lieu dans le monde, à ce jour, à l’exception de l’Estonie, aucun pays ne l’a généralisé.

Après les difficultés techniques et administratives, la deuxième explication de l’abstention avancée rituellement, est  la désinvolture des citoyens que la chose publique n’intéresse plus. Cela va de la simple dénonciation d’une faute morale (20) que l’on pense pouvoir combattre en rendant le vote obligatoire – tuant ainsi le citoyen libre – à des variations sur le thème du déficit de « l’offre politique » – comme si le marketing politique ne sévissait pas depuis longtemps ou inversement sur celui des exigences d’électeurs jamais satisfaits (21)

Le problème c’est que si le narcissisme et la frénésie consumériste des Français expliquaient, fondamentalement, la montée du désintérêt pour les urnes, on devrait s’attendre à ce que ce soit ceux qui ont le plus de moyen pour profiter des charmes de la société qui délaissent les urnes. Or, c’est l’inverse, c’est ceux dont les moyens sont limités, le peuple, qui déserte prioritairement les isoloirs. Toutes les estimations dont on dispose montrent, en effet, que l’abstention baisse quand le revenu disponible augmente (22).

Particulièrement significative est la région parisienne, où « la courbe de participation épouse celle des prix au mètre carré » (23). Dans les très huppés arrondissements du Vème, VIème et VIIème, la participation est exceptionnelle alors que c’est l’inverse dans les arrondissements plus populaires des XVIIIème, XIXème et XXème. En même temps, c’est dans ces arrondissements que l’on trouve le plus d’électeurs d’extrême droite. Ce sont aussi dans les communes bourgeoises qu’on vote le plus et inversement dans les plus populaires le moins.

En entrant dans les détails on constate, comme pour l’absentéisme, un lien inverse entre le niveau de revenu et la tendance à voter Marine Le Pen (24).

Le constat qui s’impose n’est donc pas, comme le dit le dicton, qu’on ne peut pas satisfaire tout le monde mais que désormais les politiques qui s’imposent visent d’abord à satisfaire les plus riches et subsidiairement seulement les autres. Autrement dit, l’abstention n’est ni le produit des défauts du système électoral, ni même l’effet induit de la société de consommation mais un acte volontaire, un acte politique : un refus de valider tacitement un jeu où ce sont toujours les mêmes qui gagnent.

Les raisons de la colère.

Ce rapide balayage des élections présidentielles depuis 1981 suffit, en effet, à donner une petite idée des raisons de cette désertion populaire des urnes, lente d’abord puis s’accélérant : la déception, le sentiment d’inutilité, voire d’escroquerie. Déception au constat répété de l’incapacité des candidats à appliquer leurs programmes, à l’absence d’alternative aux choix proposés ; absence de politiques alternatives remplacées par des slogans, des maximes, des promesses vagues, quand elles ne sont pas totalement  oubliées sans explication. Comme si candidats et électeurs vivaient sur des planètes différentes, dans des univers auxquels ne s’imposaient pas les mêmes lois et les mêmes urgences.

Le meilleur tête à queue et le plus difficile à imaginer, fut en 1983 quand François Mitterrand rompant avec le programme commun et de fait avec les communistes, ouvrit la « parenthèse » de la rigueur , toujours ouverte au PS (25) ; autrement dit lorsqu’il se glissa dans les pantoufles de Raymond Barre et de la droite française libérale la plus traditionnelle depuis le XIXème siècle, adoratrice de la trinité du gestionnaire bourgeois sérieux : franc fort, équilibre budgétaire, compression des revenus du travail.

« Nous nous trouvons dans une situation comparable à celle des derniers instants de la monarchie. De même que la Révolution de 1789 a créé le libre citoyen de la République politique, les socialistes veulent créer le citoyen responsable de la démocratie économique ».

Ainsi François Mitterrand conclut-il sa présentation du programme de gouvernement du parti socialiste : « Changer la vie. »

On connaît la suite ; pas vraiment une réussite ! Et elle laissa des traces indélébiles, non seulement dans l’orbe socialiste mais chez les sociaux-démocrates de toutes nuances.

L’intermittent du gaullisme, Jacques Chirac, succède  à François Mitterrand à l’Elysée, après une campagne sur le thème de la « fracture sociale » coupant le France en deux. Il désigna un Premier ministre (Alain Jupé) qui a élargi  cette fracture et lui a fait perdre les élections législatives qu’il avait imprudemment convoquées et se retrouve à cohabiter avec un chef du Gouvernement socialiste libéro compatible. Lequel continua si bien la politique libérale de ses prédécesseurs qu’il rata magistralement et contre toute attente son entrée à l’Elysée.

 Ainsi, le soir du second tour des présidentielles de 2002, Jacques Chirac, massivement réélu au second tour contre Jean-Marie Le Pen après un premier tour piteux, remercia-t-il les Français de leur confiance qui l’engageait : « J’ai entendu et j’ai compris votre appel, pour que la République vive, pour que la Nation se rassemble, pour que la politique change. (…).

Ce soir, je veux dire aussi mon émotion, et le sentiment que j’ai de la responsabilité qui m’incombe. Votre choix aujourd’hui est un choix fondateur, un choix qui renouvelle notre pacte républicain. Ce choix m’oblige, comme il oblige chaque responsable de notre pays (…)

La confiance que vous venez de me témoigner, je veux y répondre en m’engageant dans l’action avec détermination (…) Dans les prochains jours, je mettrai en place un gouvernement de mission, un gouvernement qui aura pour seule tâche de répondre à vos préoccupations et d’apporter des solutions à des problèmes qui ont été trop longtemps négligés… »

Un très beau discours, émouvant et probablement sincère sur le moment, mais évidemment sans suite.

Les priorités de son successeur, Nicolas Sarkozy, seront la sécurité et la lutte contre le chômage. Son slogan : « Travailler, plus pour gagner plus. », « Remettre le travail au centre de tout ». Preuve de son volontarisme : « La croissance, j’irai la chercher avec les dents. »

Résultats : augmentation d’un demi-million de chômeurs à temps plein durant le quinquennat et poursuite de la progression irrésistible du sous-emploi. Disons à sa décharge que la survenue du krach de 2008 et l’inertie de Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE ne l’ont pas aidé.

Quant à son action sécuritaire : la suppression de la police de proximité au motif que les policiers ne sont pas des éducateurs et une baisse sans précédent du budget de la police et de la gendarmerie ; un loupé que son successeur socialiste se fera un plaisir de corriger.

Son exploit, parmi d’autres aussi brillants que la guerre en Libye ou une réforme territoriale finalement avortée, fut incontestablement l’exercice de prestidigitation par lequel le « non » des Français au projet de traité constitutionnel européen fut changé en « oui » à la ratification du traité de Lisbonne qui en avait dispersé la substance, façon puzzle bruxellois, sous forme de révisions d’anciens traités.

Ce qui restera du « président normal » que se voulait François Hollande, sera surtout son envolée du stade du Bourget durant sa campagne électorale : « Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance ».

Le match avait petitement commencé par la taxation des transactions financières, d’abord à 0,2% en 2012, à 0,3% en 2013, toutes les tentatives parlementaires d’augmentations nouvelles faisant long feu. Il ne fallait pas pénaliser la « Place de Paris » même si une partie importante des transactions – notamment les allers- retours dans la journée (trading haute fréquence) échappaient à le taxe.

Autre trompe l’œil, mais cette fois de grande portée : « La loi de séparation et de régulation des activités bancaires ». Concoctée par Pierre Moscovici, elle visait rien de moins qu’à « remettre la finance au service de l’économie réelle ». Elle n’en touchera finalement que 1% à 2%.

Avec l’affaire Dexia, la Banque des collectivités, on passe du trompe l’œil au traficotage légal du code de la consommation quand vinrent sur le devant de la scène et surtout devant les tribunaux les fameux « prêts toxiques », consentis à des collectivités qui ne pourront les rembourser quand leurs taux d’intérêts explosèrent. L’affaire traîna en longueur jusqu’à ce que plusieurs tribunaux annulent les contrats pour vice de forme. Craignant une épidémie de recours mettant en péril le montage financier bricolé pour assurer la succession de Dexia, l’Etat décida :

  1. De mettre en place un fonds d’aide aux collectivités leur permettant de faire face à leurs engagements envers les banques, sous condition de ne pas la poursuivre évidemment ;
  2. De faire voter par le Parlement une modification du code de la consommation neutralisant le moyen au titre duquel les contrats avaient été annulés ! Du grand art.

Encore une fois, l’Etat capitulait devant un système financier dont il s’était contraint lui-même de devenir partie-prenante, plutôt que de laisser les tribunaux faire leur travail.

La « gauche de gouvernement » ayant fini par lasser le peu d’électeurs qui lui restaient, la droite n’étant plus que conservatrice, au cœur de ces naufrages, le seul capitaine du radeau de la méduse du « changement dans la continuité » possible pour ses bénéficiaires, restait Emmanuel Macron. Son passé d’ancien énarque et inspecteur des finances, d’ancien banquier, de praticien aguerri des réseaux d’influence qui font les carrières, d’ancien ministre de l’Économie ayant prouvé qu’il n’était pas insensible aux intérêts américains (26) le prédisposait aux plus hautes fonctions. Sa jeunesse, sa capacité à briser, les faux tabous de sa caste pour en mieux protéger les coffres forts, lui permis de gagner  le soutien des fournisseurs d’opinions à ceux qui n’en ont pas.

Il connaissait parfaitement les obligations, contradictoires, de sa mission : assurer la maintenance du système en place, garant des intérêts de ses soutiens (27) et « en même temps », pour accéder au pouvoir et le conserver, faire croire qu’il le changerait. Y parvenir exigea de sa part un dédoublement, un « clivage » comme disent les psychanalystes :  côté pile, l’homme de pouvoir agissant dans le secret en s’appuyant sur des connaisseurs du système dévoués à la cause et sur des cabinets d’avocats et d’experts stipendiés, côté face l’acteur public qui s’autorise tout puisqu’on est au théâtre.

Ainsi peut-il intituler, « Révolution » son livre-manifeste de campagne en 2017, baptiser « renaissance » le groupe parlementaire qui le soutient en 2022, sans que personne n’éclate de rire ; dénoncer devant le Bureau International du Travail (BIT) la dérive rentière du capitalisme néolibéral et « en même temps » expliquer à Forbes qu’accorder des faveurs aux « investisseurs » est la meilleure politique de l’emploi possible ; reconnaître candidement que se préoccuper de l’âge du départ à la retraite n’a aucun sens tant que le chômage est aussi important et lancer une réforme reculant celui-ci à 62 ans. Ainsi va la « pensée complexe » du président Macron.

Sauf qu’il ne suffit pas de dramatiser à la télévision les dangers pour la France de l’épidémie de covid19 (28) pour compenser son impréparation (29), annuler les mois perdus à nier son existence, et supprimer les risques de l’improvisation qui en ont résulté ; ce qui fut le cas de pays comme la Corée du Sud ou l’Allemagne qui surent rapidement adopter une stratégie cohérente (30). La France soignante et administrative improvisait avec les moyens du bord et son président regardait l’horizon. Le 13 avril 2020 en plein confinement, il s’adresse aux Français : « : « Nous sommes à un moment de vérité qui impose plus d’ambition et plus d’audace. Un moment de refondation. (…) Ne cherchons pas tout de suite à y trouver la confirmation de ce en quoi nous avions toujours cru. Non. Sachons, dans ce moment, sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer – et moi le premier. ». On se contenta de compter les morts puis de le oublier (31).

Prudente la « Mission indépendante (32) nationale sur l’évaluation de la gestion de la covid19 et sur l’anticipation des risques pandémiques » (33), après avoir limité son examen aux 33 pays sur 179 les plus affectés par la pandémie (plus de 1000 morts par habitant) –  éliminant donc ceux dont la faible mortalité aurait pu s’expliquer par l’efficacité de leur action – arrive à la conclusion que la France occupait une « position intermédiaire » ( ?) parmi les pays très affectés par la pandémie, mais avec ses 1 332 décès par million d’habitant «  nettement au- dessus de la moyenne européenne (1092 décès par million) ».  En clair, elle a fait mieux que si c’était pire !

Etonnamment lors des présidentielles, il ne fut question ni de la pandémie ni de sa gestion.

Pour assurer son pouvoir Emmanuel Macron applique, en la perfectionnant, la stratégie de Valery Giscard-d’Estaing : la dépolitisation de la politique remplacée par son simulacre, des consultations « citoyennes » sans avenir, faisant oublier qu’en démocratie les citoyens ne se contentent pas de donner leur avis, au final ils décident.

 « Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour nous aider à surmonter toutes les difficultés où nous nous trouvons… », ainsi débute, en janvier 1789, la lettre de Louis XVI convoquant les Etats généraux. Ainsi fonctionne la monarchie républicaine française au début du XXIème siècle : le président gouverne, les actionnaires de la nation – lui donnent leurs avis, suggèrent, recommandent et éventuellement le renvoie s’il déçoit.

Sur la scène du théâtre de la politique lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron vont se succéder – les conférences (34), les consultations citoyennes (35), les débats plus ou moins grands, les conventions forcément citoyennes (36) – suivies dès le début du second quinquennat, d’un « conseil national de la refondation » réunissant les « forces politiques, économiques, sociales, associatives » du pays.

L’objectif de Valery Giscard-d ’Estaing était de rassembler deux français sur trois, renvoyant les autres aux ténèbres de l’ignorance ; celui d’Emmanuel Macron sera en plus, de leur laisser croire qu’il n’y a plus de différence entre gouvernants et gouvernés ni même d’institutions et de constitution, sauf quand ça arrange le pouvoir en place. La démocratie moderne ne saurait qu’être participative, même l’ultra gauche le sait.

Visiblement pas le reste des forces politiques qui, l’une après l’autre, déclinent l’invitation du chef de l’exécutif (37). L’aube d’une prise de conscience de ce qu’est réellement la « démocratie libérale » ? Trop tôt pour le dire, mais qui sait ?

De la plèbe romaine refusant de porter assistance aux patriciens parjures en se retirant sur l’Aventin, au dédain du peuple pour les simulacres de libertés locales octroyés par le pouvoir royal, au refus de vote de la gauche constitutionnelle exclue du second tour des élections présidentielles de 1969, les exemples historiques de révoltespopulaires froides en forme de refus de participation, ne manquent pas dans l’histoire.

Comme le laisse à penser José Saramago dans « La lucidité », roman qui prend de plus en plus des allures d’anticipation, tel est peut-être le dernier moyen de réveiller un système politique devenu incapable de sortir de l’impasse dans laquelle il s’est mis.

« Il était minuit passé lorsque le dépouillement du scrutin s’acheva. Le pourcentage des bulletins valides n’atteignait pas vingt-cinq pour cent, distribués entre le parti de droite avec treize pour cent, le parti du centre avec neuf pour cent, et le parti de gauche avec deux et demi pour cent. Très peu de bulletins nuls, très peu d’abstention. Tout le reste, plus de soixante-dix pour cent au total était constitué de bulletins blancs. »

Ainsi commence le roman de José Saramago, « La lucidité »? ça se termine très mal.

Références

(1)La formule de Saint-Just s’appliquait à la révolution synonyme alors de démocratie : « La révolution est glacée, tous les principes sont affaiblis, il ne reste que des bonnets rouges portés par l’intrigue. » (3ème fragment). Aujourd’hui siles bonnets rouges ont laissé la place aux portefeuilles en cuir, ils sont toujours portés par l’intrigue.

(2)Référendum du 29 mai 2005 rejetant le projet constitutionnel européen. Article 3 de la constitution de 1958 : alinéa 1 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. »

(3)Abstention + blanc et nuls : 34% en 2017 et 34,04% en 2022

(4)Jacques Duclos avait clairement invité à s’abstenir de choisir entre « Blanc bonnet et bonnet blanc » autrement dit entre Georges Pompidou et Alain Poher. L’augmentation significative de l’abstention au deuxième tour dans les Bouches du Rhône, bastion de Gaston Deferre, candidat de la gauche non communiste laisse à penser que les électeurs socialistes du premier tour ont trainé des pieds pour voter une fois la messe dite pour eux.

(5)Pour la première fois la présence au second tour d’un candidat d’extrême droite (Jean Marie Le Pen), entraînera une forte mobilisation de la Gauche en faveur de Jacques Chirac.

(6)Le refus de vote (abstentions + blancs et nuls) se limitant à 18,4%.

(7)La formule est de Georges Pompidou.

(8)En 1995, au premier tour des présidentielles, Jean Marie le Pen recueille 4,570 millions de voix (11,5% des inscrits) et 5,666 millions de voix au second en 2002 (13,4% des inscrits). Après un fléchissement en 2007, la campagne sécuritaire de Nicolas Sarkozy lui ayant permis de capter une partie des voix d’extrême droite, la progression reprendra de manière ininterrompue avec Marine Le Pen : 6,421 million de voix (13,95% des inscrits) en 2012 au premier tour ; 10,638 millions de voix (22,4% des inscrits) au second tour en 2017 ; 13,300 millions de voix (27,38% des inscrits) au second tour.

(9)La divisions des pouvoirs étant le principe organisateur du système politique étasunien, le président doit composer avec la chambre des représentants et un sénat où de nombreuses décisions ne sont acquises qu’avec 60% des voix, avec les Etats de la Fédération souverains sauf exception, l’Etat bureaucratique profond passé maître dans l’art de neutraliser les décisions présidentielles qui lui déplaisent.

(10)Et encore, il n’est pas tenu compte de ceux qui, remplissant les conditions pour l’être ne sont inscrits sur aucune liste électorale. Les estimations variant entre 5% et 12%, 7% des électeurs potentiels semble un choix prudent.

(11)Comme de Gaulle en 1968 pour dénouer la crise qui paralysait le pays.

(12)Création du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral. Une opération en deux temps : 1- réduction du mandat présidentiel de 7 à 5 ans ( révision constitutionnelle du 2 octobre 2000 ) ; 2- allongement du mandat des députés de 2 mois, ce qui déplace les législatives après les présidentielles (loi du 24 avril 2001). L’apparence donnée par cette réforme Jospin/Chirac est celle d’une réduction des pouvoirs du président de la République dont le mandat est réduit et d’une augmentation de ceux de l’Assemblée nationale dont le mandat est augmenté. En réalité c’est l’inverse, éviter le peu de dissonance pouvant exister en l’Elysée et la palais Bourbon. La composition de l’Assemblée nationale étant largement dépendante des résultats des présidentielles, elle devient -ce qui était sa pente naturelle- franchement une chambre d’enregistrement des volontés présidentielles.  

(13)Alain Peyrefitte : « C’était de Gaulle. ».

(14)Notamment : le PJL de finances rectificatives pour 2022, mesures d’urgences pour la protection du pouvoir d’achat, accord pour l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN en violation des accords avec la Russie, mise fin au régime d’exception prises dans le cadre de la lutte anti-covid, remplacé par un « dispositif provisoire de veille et de sécurité ».

(15)C’est le score réalisé aux législatives par les trois partis se réclamant de la majorité présidentielle lors de la constitution des groupes à l’Assemblée nationale.

(16)Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’organisation de ces élections (comme d’ailleurs celle de de la défense contre la pandémie), fut improvisée. Encore le 9 mars 2020, Emmanuel Macron et son épouse, après avoir inauguré un coffee-shop solidaire, descendait les Champ Elysées pour bien montrer que s’il fallait être respectueux des consignes il n’y avait pas lieu de dramatiser.

Six jours plus tard, le 15 mars les Français se rendent aux urnes pour le premier tour des élections municipales, sans autre précaution que quelques règles de sécurité élémentaires… avant d’apprendre le lendemain, le 16 mars au JT de 20h, de la bouche du président-chef des armées, que la France était « en guerre » « contre un ennemi invisible et qui progresse ». Quelques jours plus tard les maires apprendront que le second tour des municipales est renvoyé à une date ultérieur.

(17)En 2014, le RN avait comptabilisé 1 438 sièges dans 463 communes. Six ans plus tard, il obtiennent seulement 840 sièges dans 258 communes.

(18)INSEE FOCUS No 264 Paru le : 24/03/2022.

(19)Rendre le vote obligatoire aurait le même inconvénient. Une souveraineté obligatoire est un non- sens.

(20)Ainsi la fiche thématiques de « Vie publique », discrète publication gouvernementale, cite parmi les devoirs civiques du citoyen : « participer à la vie politique » car « par son vote, le citoyen assure le bon fonctionnement de la démocratie. En France, la carte d’électeur porte la mention « Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique » » Elle ne dit pas que c’est un acte de souveraineté, probablement par honnêteté intellectuelle.

(21)« On ne peut pas être dans une société où dès que ce n’est pas exactement ce que je veux, ça devient n’importe quoi. La vie dans la société, c’est le fruit de compromis. Si ce n’est pas exactement comme je veux, que je ne participe plus, on ne peut plus vivre ensemble » Emmanuel Macron pendant sa dernière campagne (TMC 18/04/2022),

(22)Selon les sondages en sortie des urnes réalisés de IPSOS Steria, le niveau de l’abstention seule (hors blanc et nuls) se répartissaient ainsi au 2ème tour des présidentielles 2022 : Moins de 1250€ par mois de revenu mensuel disponible : 34% de la strate se sont abstenus ; entre 1250€ et 2000 : 29% ; entre 2000 et 3000€ : 25% ; plus de 3000€ : 23%. De même aux législatives, le niveau d’abstention est inversement proportionnel au revenu :

Législatives 2017 : Moins de 1250€ : 68% des électeurs de la strate se sont abstenus ; entre 1250€ et 2000 € : 60% ; entre 2000 et 3000 € :52% ; plus de 3000 : 50%.

Législatives 2022 : Moins de 1250€ : 61% ; entre 1250€ et 2000€ : 56% ; entre 2000 et 3000€ : 50% ; plus de 3000 : 47%.

(23)Céline Braconnier : « La démocratie de l’abstention » (Gallimard, 2007).

(24)Etude IPSOS steria 2ème tour des présidentielles 2022 : Moins de 1250€ par mois de revenu mensuel disponible : 56% de la strate ont voté Le Pen; entre 1250€ et 2000 : 47% ; entre 2000 et 3000€ : 44% ; plus de 3000€ : 35%.

(25)A moins qu’elle ne soit plus qu’entre-ouverte, on ne sait trop désormais.

(26)Voir l’affaire Alsthom.

(27)C’est même l’opinion du Guardian anglais pourtant libéral social :

« Macron est présenté comme une oasis de modération, un rempart contre les extrêmes. Mais il n’y a rien de ‘‘modéré’’ à couper à la serpe dans les impôts des riches, à attaquer les droits des travailleurs, ou à diaboliser les réfugiés. ». Article rapporté par Médiapart (21/04/2018)

C’est aussi ce qui ressort du bilan du premier quinquennat  montrant que le revenu et le patrimoine des plus riches, en valeur absolue, sont ceux qui ont le plus augmenté, ce que masque l’habituelle présentation de ces résultats en %. 10% de 1 c’est 0,1 alors que 2% de 100 c’est 2 !

(28)Le 16 mars 2020, « nous sommes en guerre », « contre un ennemie invisible, insaisissable et qui progresse ».

(29)La France était classée au premier rang mondial par l’OMS pour la qualité de son système sanitaire. Vingt ans de politique néolibérale ont fait le reste

(30)On peut la résumer ainsi : prendre le risque au sérieux, dépister les porteurs potentiels du virus (par des relevés de température mais surtout des tests), les soigner, fut-ce avec les moyens du bord, dès la contagion avérée sans attendre qu’ils aient besoin de soins de réanimation, isoler les foyers viraux repérés ou potentiels, réserver le confinement généralisé aux seules zones particulièrement atteintes. Faute de moyens de dépistage, voire au début de moyens de protection (masques et équipements pour les personnels les plus exposés), les autorités administratives ne trouvèrent rien d’autres que le confinement total au gré des pic épidémiques et des nécessités économiques. Le contraire d’une stratégie, un cabotage à vue.

(31)Du moins jusqu’à ce que les plaintes devant la cour de justice de la République fasse surface. Selon le procureur général Molins, en septembre 2021, « des milliers » étaient déjà déposées. (Le Parisien 05/09/2021)

(32)En France, une mission « indépendante » est nommée par le président de la République.

(33)Présidée par le professeur suisse Didier Pittet, les médecins praticiens brillent par leur absence !

(34)Débutant le quinquennat, la « Conférence nationale des territoires » visant à bâtir un « pacte de confiance » entre les pouvoirs locaux et l’État, sur la base d’une organisation souple et intelligente ». C’est une instance d’échange collectivités Etat, de concertation et de décision associant  en amont les collectivités locales à toute décision les concernant.

(35)Ainsi, conduite par Chantal Jouhanno, les « Consultations citoyennes sur l’Europe », « sorte de cahier de doléances formulées par des dizaines de milliers de citoyens européens. ».

On peut y ajouter les consultations citoyennes précédant les rapports sur des questions spécifiques comme la réforme des retraites qui fit couler beaucoup d’encre sans avoir abouti à ce jour.

(36)Contre-feu au mouvement des Gilets Jaunes qui révéla à nombre d’électeurs d’Emmanuel Macron qu’il existait en France de nombreux travailleurs tirant le diable par la queue, le Grand débat avec production de « cahiers de doléance », permit au résident de l’Elysée de faire trois découvertes : que régnaient en France « un profond sentiment d’injustice : injustice fiscale, injustice territoriale, injustice sociale (et) un sentiment de manque de considération » ainsi  qu’un ; « Sentiment d’abandon qui se nourrit du fait que de plus en plus de vies de nos concitoyens sont comme oubliées ou inadaptées à l’organisation du monde tel qu’il est, tel qu’il s’est fait. » conférence de presse 25/04/2019

Ce Grand débat sera suivi d’un autre avec les intellectuels ainsi que d’une Convention citoyenne sur le climat, le Président de la République s’engageant à ce que les propositions législatives et réglementaires soient soumises “sans filtre” soit à référendum, soit au vote du parlement, soit à application réglementaire directe.

On découvrit par la suite que miraculeusement seules seront reprises les propositions correspondant aux attentes du gouvernement.

(37)La réponse du président du Sénat montre bien que personne n’est dupe de la fonction réelle de cette opération de neutralisation de ce qui pourrait rester de résistance institutionnelle à la modernisation néolibérale en cours depuis quarante ans. « Vouloir réunir dans une même instance des parlementaires, seuls constitutionnellement habilités à voter la loi et contrôler l’exécutif, et des représentants de la société civile (…) ne peut aboutir qu’à une confusion des rôles » écrit Gérard Larcher dans sa réponse à Emmanuel Macron.

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