Henri Rousseau Representatives of Foreign Powers

Échecs russes, dépendance américaine, faiblesses européennes, et autonomie stratégique : l’histoire doit se jouer en 2027

Quatre ans de guerre en Ukraine ont bouleversé l’équilibre géopolitique européen. D’un côté, la Rusie de Vladimir Poutine, malgré sa brutalité et ses crimes, n’a pas atteint ses objectifs stratégiques, s’enlisant dans un conflit coûteux et sans issue claire. De l’autre, les Européens, confrontés à la réalité de leur dépendance vis-à-vis des États-Unis d’Amérique dirigés depuis un an par Donald Trump et à la montée des menaces extérieures, peinent à construire ne serait-ce qu’une perspective d’autonomie stratégique. Entre un impérialisme russe affaibli mais toujours dangereux et un impérialisme américain de plus en plus prédateur, les Européens oscillent entre la peur de l’abandon et l’incapacité à s’affranchir de l’OTAN. Pourtant, c’est bien de cette unité et de cette rupture que dépendront notre capacité à résister aux pressions extérieures et à garantir leur sécurité à long terme.

L’échec stratégique de Poutine : une guerre sans victoire possible

Quand les chars russes ont franchi la frontière ukrainienne le 24 février 2022, le Kremlin misait sur une victoire éclair. L’Ukraine, présentée par la propagande du Kremlin comme un « État artificiel » subverti par des Néo-Nazis toxicomanes, devait s’effondrer en quelques jours, tandis que l’Occident, divisé et affaibli, resterait spectateur impuissant, ayant déjà assisté sans rien dire à la captation directe ou à peine camouflée de l’Ukraine et d’une partie du Donbass en 2014 (date réelle du début de la guerre). Quatre ans plus tard, le bilan est sans appel : la Russie n’a conquis « que » 20% du territoire ukrainien (avec un recul par rapport aux premiers mois du conflit), au prix d’un bain de sang et d’une mobilisation économique insoutenable. Les pertes russes, estimées à plusieurs centaines de milliers de soldats, ont forcé Moscou à une mobilisation partielle, puis à un recrutement massif de mercenaires (qui peut en Afrique s’apparenter à de véritables opérations de traite) et de prisonniers, révélant l’incapacité de son armée régulière à tenir le choc.

Sur le plan économique, malgré une résilience apparente, la Russie montre des signes évidents d’essoufflement. L’inflation, officiellement maîtrisée, dépasse en réalité les 10%, tandis que les pénuries de main-d’œuvre qualifiée et les sanctions occidentales commencent enfin à peser sur sa croissance. L’industrie de défense, bien que tournant à plein régime, dépend désormais de la Chine pour les composants électroniques et les machines-outils, une dépendance qui limite la marge de manœuvre de Moscou. Diplomatiquement, la Russie a perdu presque tous ses alliés traditionnels. En Amérique latine, le Venezuela a dû se soumettre aux diktats de Washington (l’admiration de Trump pour Poutine ne le porte cependant pas à transiger avec sa nouvelle « doctrine Donroe »). En Iran, les frappes israéliennes et américaines contre les installations nucléaires, tolérées par Moscou, ont montré les limites du partenariat russo-iranien. Même en Afrique, où la Russie avait tenté de remplacer l’influence française via le groupe Wagner, les revers sont patents : les coups d’État soutenus par Moscou en Afrique occidentale et centrale n’ont fondé que bases russes précaires.

Pourtant, le régime de Poutine ne montre aucun signe de faiblesse interne. La répression s’est intensifiée : les opposants sont emprisonnés, les médias indépendants muselés, et la société civile écrasée. Le pouvoir repose sur un mélange de propagande, de répression, de contrôle mafieux et de manipulation historique. La comparaison avec la Seconde Guerre mondiale, omniprésente dans le discours officiel, sert à justifier une guerre présentée comme « existentielle » contre un Occident « décadent » et forcément « russophobe ». Mais cette rhétorique ne suffit pas à masquer les réalités du terrain : l’Ukraine résiste, l’Europe maintient son soutien à un niveau suffisant pour prendre le relai partiel des États-Unis d’Amérique, et la Russie, malgré ses rodomontades, n’a pas les moyens d’une victoire totale.

La guerre a également révélé les limites de la stratégie russe. Moscou, convaincue en 2021 de la faiblesse de l’Occident après le retrait chaotique d’Afghanistan, a sous-estimé la capacité de riposte européenne et américaine (USA version Biden). Les livraisons d’armes à l’Ukraine se sont intensifiées, et la cohésion occidentale, bien que fissurée, n’a pas abandonné le soutien à Kiev. Pire encore, la Russie s’est retrouvée isolée sur la scène internationale, incapable de contester les actions unilatérales des États-Unis, comme en témoignent les frappes américaines en Iran, l’agression contre le Venezuela et la capture illégale de Nicolas Maduro ou les pressions sur le Groenland. Le rêve poutinien d’une Russie redevenue grande puissance, capable de dicter ses conditions à l’Europe, s’est heurté à la réalité d’un pays en déclin relatif, dont l’influence se limite désormais à un cercle restreint d’États vassaux ou de régimes parias.

Pourtant il serait naïf de croire que le déclin de l’ancien kgbiste est désormais inéluctable : l’art de Poutine consiste désormais à transformer l’impatience de Donald Trump en atout stratégique. Incapable de l’emporter militairement, Moscou mise sur une victoire politique, rendue possible par la précipitation américaine à clore un dossier devenu encombrant. Trump, obsédé par l’idée de ce qu’il imaginerait être un succès diplomatique avant une date symbolique comme le 4 juillet 2026, offre à Poutine une opportunité inespérée : plus Washington presse pour un accord, plus la Russie peut exiger des concessions sans contrepartie réelle. La dépendance ukrainienne à l’aide occidentale, notamment américaine, aggrave cette asymétrie. En suspendant l’assistance militaire à Kiev dès son retour au pouvoir, Trump a signalé que les États-Unis étaient prêts à sacrifier ce qui était auparavant des principes pour une paix de façade. Les négociations actuelles en portent la marque : reconnaissance de l’annexion de la Crimée et du Donbass, démilitarisation de l’Ukraine, renoncement à l’OTAN — autant de demandes russes désormais au cœur des discussions et des plans américains, tandis que les garanties offertes à Kiev restent vagues. Sur le terrain, la Russie adopte une posture attentiste, réduisant ses offensives pour éviter de braquer l’opinion occidentale qu’il tente par ailleurs de subvertir par l’intermédiaire de ses valets politiques du RN ou de l’AfD, tout en maintenant une pression suffisante pour empêcher l’Ukraine de croire en une issue favorable. Poutine joue ainsi sur deux tableaux : l’épuisement progressif des soutiens à Kiev et la capacité de Trump à imposer un compromis humiliant pour l’Ukraine. Dans cette équation, l’Europe, divisée et dépendante des décisions américaines, peine à peser.

La victoire que Poutine ne peut remporter par les armes, il espère donc l’arracher par la diplomatie, en exploitant les faiblesses américaines et européennes. Le vrai risque n’est plus une défaite ukrainienne, mais une paix qui entérinerait les gains russes et affaiblirait durablement la souveraineté de Kiev — au nom d’une réalpolitik où l’impatience devient une arme.

 

L’Europe peut-elle surmonter son impuissance ?

Si la guerre a révélé les faiblesses de la Russie, elle a aussi exposé au grand jour l’incapacité de des Européens à assurer leur propre sécurité. Depuis 1945, le continent a vécu sous la protection américaine, une dépendance que ni la fin de la guerre froide ni l’élargissement de l’Union européenne n’ont remises en cause. Pourtant, après l’invasion de l’Ukraine en 2022, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 aurait dû agir comme un électrochoc. Son administration, ouvertement méprisante envers ses alliés, a imposé un dilemme brutal : soit l’Europe accepte de devenir un protectorat américain, soumis à des exigences toujours plus coercitives, soit elle se dote enfin des moyens de sa souveraineté.

Le discours de J.-D. Vance à la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2025 avait annoncé la couleur. En accusant l’Europe de trahir ses valeurs et en appelant à une croisade civilisationnelle contre l’immigration et le déclin occidental, le vice-président américain a rompu le contrat moral qui liait les deux rives de l’Atlantique. Désormais, les Européens savent qu’ils ne peuvent plus compter sur Washington pour garantir leur sécurité. Pourtant, malgré cette prise de conscience, ils peinent à s’affranchir de l’OTAN. La raison en est simple : l’Europe manque cruellement d’unité stratégique. Chaque État membre défend ses intérêts nationaux, et les divergences entre la France, l’Allemagne et les pays de l’Est rendent toute coordination difficile.

L’Allemagne du Chancelier Friedrich Merz incarne cette ambiguïté. Le conservateur a pourtant affiché une volonté de renforcer la Bundeswehr, annonçant un budget de défense porté à 3,5% du PIB et la constitution d’une armée conventionnelle capable de tenir tête à la Russie. Il a même évoqué, prudemment, des discussions avec la France sur une dissuasion nucléaire européenne. Pourtant, Merz reste prisonnier de deux contradictions majeures. D’une part, son attachement viscéral à l’OTAN, qu’il refuse de remettre en cause malgré les provocations américaines. D’autre part, son incapacité à convaincre ses partenaires européens de suivre son leadership. Son projet d’une « Europe puissance », qui reprend pourtant des « slogans » que n’auraient pas renier certains dirigeants français, se heurte à son absence de crédibilité sur la relation transatlantique. L’Allemagne semble rejouer éternellement la posture déceptive du Bundestag face à Charles De Gaulle, qui ayant négocié une véritable réconciliation et une nouvelle alliance avec Konrad Adenauer, ne reçut finalement qu’un traité vidé de son sens par les parlementaires allemands.

 

Emmanuel Macron, ou l’art de manquer les rendez-vous historiques

La France, quant à elle, aurait pu jouer un rôle central dans cette recomposition stratégique. Dotée d’une armée nucléaire et d’une industrie de défense parmi les plus performantes d’Europe (bien qu’affaiblie par l’irresponsabilité des néolibéraux français qui se sont succédés), elle dispose des atouts nécessaires pour fédérer une alliance autonome. Pourtant, sous Emmanuel Macron, Paris a échoué à imposer sa vision. Le président français, défenseur en apparence d’une « autonomie stratégique européenne », a multiplié les initiatives qui se voulaient éclatantes – discours, tribunes, sommets – sans jamais parvenir à les concrétiser. Son approche, souvent perçue comme arrogante (les Français pourront en témoigner) et peu concrète, a irrité ses partenaires, notamment l’Allemagne. Les désaccords franco-allemands sont devenus structurels.

L’échec le plus flagrant reste celui du SCAF, l’avion de combat du futur. Ce projet, lancé en 2017 pour symboliser la coopération industrielle européenne, s’est enlisé dans des querelles de leadership entre Dassault et Airbus. Aujourd’hui, il est au point mort, et l’Europe risque de se retrouver avec deux avions concurrents, l’un français, l’autre nippo-germano-italien, plutôt qu’avec un modèle unifié. Cet exemple illustre l’incapacité des Européens à mutualiser leurs ressources, préférant souvent recourir à des solutions américaines – comme les F-35 – plutôt que de s’entendre entre eux et l’incapacité de la France à créer autour d’elle suffisamment de confiance pour qu’on préfère les Rafales aux appareils produits par Lockheed Martin. La dépendance aux États-Unis se manifeste aussi dans les achats d’armes « consommables » comme les obus ou les missiles, où les Européens, faute de coordination, se retrouvent à négocier séparément avec les industriels, ce qui retarde les livraisons et augmente les coûts. L’exemple des obus pour l’Ukraine est révélateur : en 2023, les Européens s’étaient engagés à fournir un million d’obus, mais l’absence de coordination a conduit à des livraisons tardives et insuffisantes, alors que Kiev en aurait eu besoin bien plus tôt et en bien plus grand nombre.

La France a aussi échoué à construire une doctrine nucléaire crédible. Bien que Macron ait évoqué, dans un discours à l’École de guerre en 2020, l’extension des intérêts vitaux de la France à d’autres États européens, cette idée n’a jamais été concrétisée, notamment parce qu’il n’a jamais été clair sur son cadre. Il a alterné entre l’idée d’un instrument de co-décision et un retour à la seule solution acceptable pour les Français : la dissuasion nucléaire ne peut pas être se départir de la souveraineté nationale. À partir de là, toutes les discussions avec nos alliés européens ne pouvaient qu’être confuses et déroutantes. L’Allemagne, bien qu’intéressée par une coopération en matière de dissuasion, reste réticente à s’engager dans un projet qui pourrait froisser les États-Unis. La Pologne, en revanche, a manifesté un intérêt croissant pour une protection nucléaire européenne, mais Varsovie n’a pas pu entendre les arguments qui plaide pour une direction française et reste donc méfiante envers une France perçue comme trop indépendante et peu fiable. Résultat : la dissuasion française reste pour le moment sans aucune dimension européenne, alors qu’elle était un argument de leadership évident. Cela limite gravement son efficacité comme instrument de sécurité collective puisque le régime du Kremlin peut considérer qu’en l’état la stratégie des coups de canifs ne l’expose à rien, pas à même à une angoisse sur l’ambiguïté de l’usage français.

 

L’OTAN n’est pas un bouclier mais un instrument de soumission

L’OTAN, longtemps perçue comme le rempart invincible de l’Europe, est aujourd’hui un « cheval de Troie aux pieds d’argile ». Les exigences américaines – 5% du PIB consacré à la défense, achat massif d’armements made in USA – révèlent une stratégie délibérée : maintenir l’Europe dans un état de dépendance, tout en se désengageant en réalité de toute garantie pour sa sécurité. La menace de Trump de laisser tomber l’Ukraine si les Européens ne paient pas davantage en est la preuve la plus flagrante. Pire encore, l’OTAN, sous pression américaine, pourrait devenir un outil de légitimation des annexions de Washington, comme le suggère le silence complice de certains États membres face aux provocations au Groenland.

La crise groenlandaise est à cet égard révélatrice. En janvier 2026, Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane punitifs au Danemark si Copenhague refusait de céder ce territoire autonome, riche en terres rares. Cette provocation, qui rappelle les méthodes les plus brutales de l’impérialisme américain, a suscité une indignation unanime en Europe. Pourtant, la réponse européenne est restée timide, se limitant à des déclarations de principe. Aucun plan concret n’a été élaboré pour contrer une éventuelle annexion, et les divisions persistent sur la manière de financer une défense commune. La menace américaine sur le Groenland a révélé une vérité crue : les Européens, malgré leur puissance économique, restent incapables de défendre leurs intérêts face à un « allié » devenu prédateur.

La réorganisation des postes de commandement au sein de l’OTAN, actée en février 2026, a confirmé cette dépendance. Les États-Unis, tout en réduisant leur présence en Europe, ont conservé les postes clés, comme le commandement des forces terrestres et aériennes, tandis que l’Europe a dû se contenter de rôles subalternes. La France n’a pu obtenir qu’un poste d’officier général au sein du commandement des forces terrestres, loin des niveaux de décision stratégiques auxquels elle prétendait (enfermée elle-même, depuis sa réintégration sous Sarkozy, dans le commandement intégré dans des injonctions stratégiques contradictoires). L’Allemagne, en revanche, a vu son influence croître, avec la désignation de son chef d’état-major, Carsten Breuer, comme futur président du comité militaire de l’OTAN, un poste clé qui en fait le principal conseiller militaire du secrétaire général Marc Ruthe, américanophile impénitent. Cette promotion reflète à la fois les investissements massifs de Berlin dans la défense et sa volonté de jouer un rôle central dans l’alliance, mais aussi sa soumission aux priorités américaines.

 

 

L’urgence d’une alliance européenne

Pourtant, une voie existe. Elle passe par la constitution d’un noyau dur entre la France, l’Allemagne, la Pologne et la Suède – quatre pays qui, malgré leurs différences, partagent un intérêt commun : éviter une guerre ouverte avec la Russie tout en réduisant leur dépendance aux États-Unis. La Pologne, en première ligne face à Moscou, a déjà engagé une modernisation massive de son armée et appelle de ses vœux une coopération renforcée avec ses voisins européens ; elle a porté ses dépenses de défense à 4,7% de son PIB et a compris que sa sécurité ne peut plus reposer uniquement sur l’OTAN. La Suède, récemment intégrée à l’OTAN mais historiquement neutre, pourrait jouer un rôle de médiation entre les visions française et allemande ; elle pourrait apporter une expertise précieuse en matière de défense territoriale et de résilience face aux cyberattaques ; son adhésion récente à l’OTAN ne l’a par ailleurs pas empêchée de maintenir une approche pragmatique, fondée sur la coopération régionale. Quant à l’Allemagne, son réarmement, s’il est bien orienté, pourrait servir de levier pour une industrie européenne de défense enfin coordonnée.

À ce quadrilatère initial, la Grande Bretagne, l’Italie et l’Espagne pourraient s’y associer, ce qui suppose cependant qu’ils règlent eux-mêmes leur contradictions internes (politiques ou stratégiques).

Trois conditions sont nécessaires pour que cette alliance émerge. D’abord, un accord sur le partage des capacités industrielles, afin d’éviter les doublons et de maximiser l’efficacité des investissements. Ensuite, une doctrine nucléaire claire, où la dissuasion française jouerait un rôle central, sans pour autant être soumise à un commandement européen. La Pologne et les pays baltes, directement menacés par la Russie, seraient rassurés par le fait que leur voisin impérialiste réfléchirait à deux fois face à l’ambiguïté politique de ce que la France considère comme ses intérêt vitaux et stratégiques. Enfin, une volonté politique commune de résister aux pressions américaines, qu’elles viennent de Trump ou de ses successeurs.

L’enjeu est de taille. Si l’Europe ne parvient pas à s’unir, elle restera à la merci des caprices de Washington et des menaces de Moscou. Pire, elle risque de voir ses États membres, un à un, basculer dans le camp des populismes prorusses, comme la Hongrie ou la Slovaquie. À l’inverse, une alliance crédible permettrait non seulement de soutenir l’Ukraine sur le long terme, mais aussi de dissuader toute velléité d’agression russe contre un membre de l’Union.

Un tel pacte nécessiterait aussi une refonte des relations transatlantiques. L’Europe doit cesser d’être un simple exécutant de la stratégie américaine. Cela implique de refuser les exigences unilatérales de Washington, comme les droits de douane punitifs ou les pressions sur le Groenland, et de négocier d’égal à égal. Une Europe rassemblée autour d’une alliance défensive serait en position de force pour exiger un partenariat équilibré, où les intérêts européens seraient pris en compte, plutôt que de subir les diktats d’une administration américaine de plus en plus imprévisible.

 

L’Ukraine, test ultime de la crédibilité européenne

Soutenir Kiev n’est pas un choix moral, mais un impératif stratégique. Si l’Ukraine tombe, la Russie ne s’arrêtera pas. Les pays baltes, la Pologne, voire l’Allemagne, deviendraient des cibles potentielles : la guerre ne se résume pas à l’invasion d’un territoire et aux crimes contre les populations, les attaques hybrides que nos pays subissent déjà en montre le visage multiforme. Or, une Europe divisée et dépendante des États-Unis serait incapable de riposter efficacement. La guerre en Ukraine est donc un révélateur : soit les Européens prouvent qu’ils peuvent agir ensemble, soit ils acceptent de redevenir des vassaux, ballottés entre les ambitions américaines et les menaces russes.

La solution passe par un sursaut civique, industriel et militaire. Les citoyens doivent être convaincus que l’effort de défense est nécessaire pour protéger leurs libertés, leur État de droit et leur modèle social : qui voudrait se faire violence pour défendre une puissance publique qui dégraderait les conditions de vie des Européens ? L’Europe doit cesser de fragmenter ses commandes d’armement et développer une base industrielle commune, capable de produire en masse obus, drones et systèmes antimissiles. Elle doit aussi investir dans l’innovation, notamment dans les technologies de rupture comme l’intelligence artificielle ou la cyberdéfense. Enfin, elle doit assumer pleinement son soutien à l’Ukraine, non comme une charité, mais comme un investissement dans sa propre sécurité. Les 500 milliards d’euros de fonds européens annoncés pour la défense et les infrastructures doivent être orientés vers des projets concrets, comme la production commune de munitions ou le développement de systèmes de défense antimissile intégrés.

Le temps presse. Les élections de 2027 en France et en Allemagne pourraient porter au pouvoir des forces hostiles à l’Ukraine et à l’Europe. Si les néofascistes de l’AfD ou les nationaux-populistes du Rassemblement national l’emportent, le continent perdra toute capacité d’action collective. Les forces politiques démocratiques doivent poser les bases d’une alliance durable avant qu’il ne soit trop tard. L’histoire leur en demandera compte.

Une nouvelle alliance européenne pourrait aussi redéfinir les équilibres. En combinant notre puissance économique, notre expertise technologique et notre poids démographique, nous pourrions constituer un pôle capable de rivaliser avec les États-Unis et la Chine. Une telle alliance ne se limiterait pas à la défense : elle pourrait aussi devenir un acteur majeur dans les négociations commerciales, les standards technologiques, la transition énergétique et in fine en matière de modèle politique désirable.

En définitive, la guerre en Ukraine a révélé deux vérités. La première est que la Russie, malgré sa brutalité, n’est plus la superpuissance qu’elle prétend être. La seconde est que l’Europe, malgré sa richesse, reste un nain politique, incapable de défendre ses intérêts sans l’appui américain. Le défi des années à venir sera de transformer cette prise de conscience en une politique commune. Si les Européens y parviennent, ils pourront enfin devenir un acteur souverain sur la scène mondiale. Sinon, ils resteront à la merci des impérialismes russe et américain, condamnés à subir l’histoire plutôt qu’à la façonner. Au regard de la position centrale de notre pays et de l’idée que nous nous faisons de sa place dans l’histoire et dans le monde, nous nous devons de porter ces sujets au premier rang des débats de la prochaine élection présidentielle. Il est temps de montre que nous ne pouvons pas confier la France au parti de l’étranger et du déclin social : nous avons un avenir si nous le voulons.

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