« Un Maire doit unir, pas exclure ses enfants » – entretien avec Pierre-Marie Ganozzi, adjoint au maire de Marseille chargé du plan écoles 

À quelques jours du second tour des élections municipales, l’adjoint au maire de Marseille, Pierre-Marie Ganozzi, présente et défend dans nos colonnes l’un des projets phares du Printemps Marseillais : le Plan Écoles – un vaste programme de rénovation des écoles marseillaises.

Depuis 2020 et la victoire du Printemps Marseillais, vous avez été l’une des figures principales de la rénovation des écoles marseillaises, en tant qu’adjoint au maire, chargé du plan écoles. Vous êtes de nouveau candidat, sur la liste de Benoît Payan, pour les prochaines élections municipales des 15 et 22 mars. Que signifie cet engagement pour vous ? pour le professeur d’histoire géographie ?  

Cet engagement signifie la fierté du travail accompli, mais aussi la conscience que le travail n’est pas fini. Nous sommes au milieu du gué. Il faut sécuriser le Plan écoles, en le stabilisant et en l’amplifiant. Cela signifie aussi de continuer à centrer les politiques communales sur le développement des services publics, dans tous les quartiers, pour recoudre Marseille, ville fracturée. Et, en tant qu’ancien syndicaliste enseignant, faire avancer la cause de l’éducation, contre vents et marrées contraires. Et enfin redonner de la force aux acteurs publics pour aménager leur territoire, en centrant l’action sur les enfants.

 

À la une du journal Libération du 2 février 2016, un titre est resté tristement célèbre : « Écoles à Marseille – la honte de la République ». Il demeure aujourd’hui encore révélateur de l’incurie de la précédente municipalité. Quand vous êtes arrivés à la Ville de Marseille quatre ans plus tard, qu’avez-vous constaté ? quelles ont été les priorités, les mesures urgentes ?  

J’ai constaté que bien peu de choses avaient été réalisées depuis la parution de l’article ! Un audit technique avait même été réalisé. Il préconisait une centaine de travaux d’urgence. Mais tout cela était resté lettre morte. Dès notre arrivée, nous avons voté 30 millions d’euros supplémentaires au budget de la commune pour démarrer ces travaux vitaux. Et pareil en 2021. Par exemple des toitures à refaire, des sols de classe qui s’affaissent, des chaudières aillant connu Gaston Deferre, des fenêtres éventrées. Il a fallu pallier des décennies de sous-investissement et de désintérêt politique, en particulier dans la moitié Nord de la ville. Il a fallu aussi redonner du sens au travail des agents, en créant une unité spécialisée pour le travail dans les écoles, avec des ressources humaines plus importantes et un budget multiplié par quatre !

 

La réponse du Printemps Marseillais face à cette situation inacceptable a notamment été le lancement en 2021, aux côtés de l’État, du Plan Écoles2. Pourquoi ce projet de rénovation et de construction des écoles à Marseille est-il présenté comme le « plan du siècle » ? pourquoi est-il exceptionnel ?  

Le Maire Benoît Payan a négocié avec l’État la création d’une structure spécifique pour les plus gros travaux : une SPLAIN [société publique locale d’aménagement d’intérêt national] spécialisée sur les écoles, la société publique des écoles marseillaises (SPEM), unique en France. Normalement, c’est uniquement la commune qui est chargée de l’entretien de ses écoles publiques. Or la tâche était tellement immense, que le Président Macron a accepté le pari fou de reconstruire 188 écoles en 10 ans. Nous réalisons des gains de temps et d’argent grâce à la SPEM. Ainsi, nous mettons 4 années pour réaliser les concertations, cahiers des charges, appels à projet, choix des lauréats et travaux. Record de France. Certaines communes mettent 12 ans, voire plus. Nous avons déjà livré 27 écoles neuves, et 80 sont en chantier ou en contrat signé. Cela demeure unique dans l’histoire de France, par son ampleur, sa rapidité et son respect des normes (ABF, PLUI, décret tertiaire 2050 etc.). On ne construit plus aujourd’hui une école comme dans les années 1960… et heureusement d’ailleurs ! 

 

Des critiques ont été formulées, sans surprise par l’opposition mais aussi par diverses institutions, sur des retards ou certains aspects juridiques. Où en est-on de l’avancement du Plan Écoles aujourd’hui ? Certaines difficultés n’ont-elles pas occulté un grand nombre d’avancées accomplies à ce jour ? 

Exactement. La SPEM reste unique et il a fallu tout inventer. Donc les procédures administratives et les recrutements ont pris un peu de temps. Mais aujourd’hui elle se trouve sur un excellent rythme de croisière. On banalise trop l’exceptionnel. Soyons fiers de ce que nous avons réalisé collectivement plutôt que d’ergoter sur la couleur des peintures. Oui Marseille prouve tous les jours que les services de l’Etat ont eu raison de lui faire confiance. Et les sourires des enfants ravis et fiers d’entrer le matin dans leur belle école toute neuve : cela n’a pas de prix ! Et ne souffre aucune polémique stérile… 

 

À quelques jours seulement du second tour des élections, comment appréhendez-vous cette dernière ligne droite ? Êtes-vous confiant ? Et que dites-vous aux jeunes et moins jeunes qui seraient tentés par le vote pour le Rassemblement National ?   

Je suis inquiet. Le repli sur soi et la peur identitaire ont le vent en poupe dans le monde entier. Et en France, c’est le RN qui prospère sur les difficultés polymorphes, sans apporter une once de solutions concrètes. Regardons Trump : il fracture son pays, fait la guerre dans le monde entier, utilise sa police contre les travailleurs immigrés, et pratique un capitalisme sauvage dans son pays comme à l’international. A Marseille, le RN veut la ségrégation des plages, avec une exclusion des jeunes. Après la lutte des classes, la lutte des classes d’âge à la plage ?

Marseille a besoin d’un Maire pondéré, qui réponde à l’ensemble de ses habitants, qui les rassure et les accepte tous. Un Maire doit unir, pas séparer, pas exclure ses enfants. Gyptis doit continuer d’accueillir Protis, sinon elle perd son identité faite de générosité, de métissage et de respect.

 

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