Crise de sens et dérive stratégique de la social-démocratie scandinave face à l’extrême-droite. Partie 2 : La social-démocratie scandinave en question

Face au progrès de l’extrême droite, les gauches scandinaves ont pour partie choisi de prendre un virage droitier sur la question migratoire. A quel prix, et pour quels résultats ? Cet article revient sur l’histoire longue de la social-démocratie scandinave.

Image d’archives : Les Premiers ministres sociaux-démocrates danois Hans Christian Hansen et suédois Tage Erlander (deuxième et troisième figures au premier plan en partant de la gauche), en visite dans la ville industrielle de Sundsvall (Suède), le 19 août 1955

Racines et âge d’or d’un modèle non marxiste


La social-démocratie scandinave est née des mouvements ouvriers du XIXe siècle. En dépit de sa précoce orientation réformiste là où d’autres mouvements européens ont dans un premier temps été révolutionnaires, la combattivité ouvrière n’a pas pour autant été moindre en Scandinavie qu’ailleurs au XIXe siècle. L’agitation sociale a en effet pu prendre des allures violentes, comme en atteste par exemple la grande grève de Sundsvall de 1879, ayant touché 5000 travailleurs d’une scierie suédoise et ayant été sévèrement réprimée. On peut de même citer au Danemark la grande grève de 1885 autour de la métallurgie, ayant amené le patronat de Copenhague à s’organiser en une Fédération des Industries et du Fer et à riposter par un lock-out ayant touché 24 entreprises, soit 1300 ouvriers au regard de la petite taille des entreprises danoises. Cet épisode, ayant provoqué un grand mouvement de solidarité permettant aux organisations ouvrières de tenir quatre mois, débouchera sur l’obtention du droit de se syndiquer au Danemark.

En Scandinavie, le mouvement des travailleurs s’organise d’abord dans les partis socialistes avant de se structurer dans les centrales syndicales. Le Danemark est à cet effet pionnier de ce processus, lorsqu’est fondée dans le pays en 1872 la Section danoise de la Première Internationale. Les revendications de l’organisation, portant sur la nomination d’un ministre du travail, sur une refonte de la législation sur l’indigence et sur la création d’une commission d’arbitrage dans les conflits sociaux, traduisent déjà une orientation davantage réformiste que révolutionnaire du mouvement. Les premiers partis socialistes apparaissent quant à eux une décennie plus tard et presque simultanément en Scandinavie : le Parti travailliste de Norvège naît en 1887, le parti social-démocrate danois se structure en 1888 tandis que le Parti social-démocrate suédois des travailleurs naît en 1889. En donnant naissance à ces partis, les organisations de travail se constituent un cadre et une structure politiques avant de se structurer en centrales syndicales, ces dernières n’émergeant qu’une décennie plus tard.

Trois caractéristiques fondatrices peuvent être retenues du mouvement politico-syndical des grands pays scandinaves :
– Premièrement, les liens quasi organiques existant entre ces partis et leurs centrales syndicales une fois celles-ci fondées, avec un principe de double-appartenance posé dès le départ. Ces liens entre partis et centrales resteront suffisamment forts dans la vie politique pour infléchir les législations sociales quand ces partis gouverneront.
– On peut deuxièmement mentionner une naissance des premières organisations syndicales scandinaves dans le milieu de l’artisanat urbain, d’où une appartenance de la première vague de responsables politiques et syndicaux à l’artisanat.
– Enfin, dans la continuité du constat précédent, le mouvement socialiste scandinave s’est très tôt étendu vers des salariés de secteurs autres que ceux du travail industriel.

Ces caractéristiques du mouvement des travailleurs scandinaves expliquent une orientation très tôt majoritairement réformiste de leurs partis de gauche, quand bien même une composante révolutionnaire existe également. Leurs sources idéologiques lors de leur arrivée au pouvoir sont, de surcroît, plus celles du socialisme utopique ou du rousseauisme que celles du marxisme, quand bien même ce dernier a eu un poids doctrinal fort et quand bien même ces partis s’inspirent du Parti social-démocrate allemand et adhèrent donc au programme de Gotha.

Cette orientation réformiste peut également s’expliquer par une circulation importante d’idées entre courants chrétiens et socialistes, comme l’illustre par exemple le livre de l’évêque danois Martensen Socialism og Kristendom, publié en 1875, dans lequel son auteur, de sensibilité philosophique hégélienne, voit dans le socialisme un moyen de combattre l’individualisme des systèmes de libre-concurrence. On peut de même mentionner l’archevêque suédois d’Uppsala Nathan Söderblom, penseur de l’œcuménisme chrétien qui, tout en récusant formellement le socialisme, préconise l’ouverture de l’Église aux questions sociales. Il faut aussi relever, dans une région majoritairement protestante, le rôle des Églises libres qui, souvent d’origines anglo-saxonnes (baptistes, méthodistes, etc.), connaissent un fort essor dans la seconde moitié du XIXe siècle et qui jouent un rôle dans la prise en charge des laissés pour compte de la société industrielle. On peut enfin avancer que la représentation intrinsèquement protestante du capitalisme – là où le catholicisme tend davantage à lui associer une image négative – contribue peut-être à atténuer l’antagonisme entre les différents groupes sociaux et, par conséquent, à instaurer un rapport moins conflictuel à la recherche du consensus, préférée à l’affrontement entre patronat et ouvriers, ces deux groupes partageant une même appartenance chrétienne(1).

Si les partis sociaux-démocrates nordiques constituent pour la première fois d’éphémères gouvernements dans les années 1920, c’est à partir des années 1930 qu’ils s’installent durablement au pouvoir. La victoire en Suède des sociaux-démocrates en 1932, menés par Per Albin Hansson, marque à cet effet un tournant politique majeur dans le pays, le candidat social-démocrate et nouveau Premier ministre s’installant au pouvoir pour 14 ans, à l’exception d’une éphémère parenthèse conservatrice en 1936. Le contexte est alors celui des effets mondiaux de la crise de 1929, se caractérisant en Suède par une crise monétaire en 1931, retombée indirecte de l’abandon de l’étalon-or par les Britanniques dans un pays scandinave dont le commerce est alors très ouvert.

Les sociaux-démocrates, inspirés par la lecture de Keynes, dont les travaux sont repris par le couple d’économistes suédois Alva et Gunnar Myrdal, mènent une politique de relance et d’approfondissement du rôle de l’État(2). Alva et Gunnar Myrdal, tous deux sociaux-démocrates, théorisent en effet en 1934 que la solution au problème économique réside dans une politique de prospérité et de solidarité. Les sociaux-démocrates ne lésinent dès lors pas devant des budgets lourds, visant notamment à soutenir la création d’emplois par le lancement de grands travaux de modernisation et par un soutien économique aux entreprises privées. Cela débouche sur une amélioration spectaculaire : de 1933 à 1935, le nombre de chômeurs diminue de plus de trois quarts (il passe de 187 000 à 42 000). Dans le même temps, les salaires connaissent une forte augmentation, tandis que les pensions de retraite sont améliorées. La Suède met également en place une législation d’aide aux mères en 1937. Per Albin Hansson développe en outre l’idée de « Maison du peuple », selon laquelle la Suède doit être une maison protectrice de tous les travailleurs suédois et proposer une amélioration des conditions de vie de tous, dans un esprit de coopération entre ouvriers, paysans, artisans et patronat(3). Ce concept semble rétrospectivement ambivalent, puisqu’en dépit de ses ambitions sociales et clairement inclusives, il définit dans le même temps un cadre national suédois en termes d’application et d’identification.

Dans les mêmes années, le Danemark connaît les mêmes transformations politiques et sociales : les sociaux-démocrates s’installent en effet au pouvoir en 1929 avec Thorvald Stauning comme Premier ministre, qui fait signer en 1933 les accords de Kanslergade, fixant la fondation d’un État-Providence national dans le double objectif de sortir de la crise économique et de constituer une alternative politique face aux fascismes naissants. Tout comme en Suède, les sociaux-démocrates danois, d’orientation réformiste, établissent des droits sociaux pour les ouvriers et fournissent des aides à l’agriculture, dans une optique relevant moins de la lutte des classes que d’un compromis social entre différents groupe sociaux(4).

L’âge d’or de la social-démocratie scandinave se structure néanmoins après la seconde guerre mondiale, particulièrement en Suède, pays où ce courant connaît la plus importante apogée. Cet âge d’or suédois s’incarne principalement dans les 23 années de règne de Tage Erlander de 1946 à 1969, succédant à Hansson mort en fonctions d’un arrêt cardiaque, puis dans les deux mandats non consécutifs d’Olof Palme entre 1969 et 1986. Ces derniers sont séparés par une parenthèse conservatrice de six ans, de 1976 à 1982, qui met fin à quarante-quatre années ininterrompues de gouvernement social-démocrate, avant l’ouverture d’une nouvelle période de onze ans de domination du parti à la rose jusqu’en 1991. Tage Erlander, Premier ministre resté en poste le plus longtemps de la période contemporaine en Suède, développe pendant ses mandats la thématique de la « société forte », qui signifie un secteur public croissant, mais sans nationalisation de l’économie. Il met en place une retraite pour tous à soixante-sept ans, pour les salariés ou non-salariés (1948), une assurance-maladie obligatoire (1955), ainsi qu’un fonds de retraite professionnelle (A.T.P.) qui assure à tout salarié à partir de soixante-cinq ans une pension égale à 60 % de ses quinze meilleures années de salaires(5).

Palme approfondit quant à lui la politique sociale de la Suède en s’attaquant aux inégalités entre hauts et bas salaires. Celles-ci se réduisent sous ses mandats, chutant de 25% entre 1967 et 1981, faisant dans les années 1980 de la Suède le pays au monde avec le moins d’écart salarial. C’est à cet effet avec Palme que l’idée de « Maison du peuple » qui avait été développée par Hansson devient réellement synonyme d’égalité, alors qu’elle tendait auparavant à se limiter à la seule quête d’une société inclusive. Palme mène également une politique féministe en associant à l’idée de « Maison du peuple » la parité femmes-hommes aux responsabilités politiques et professionnelles. Dans un débat à Uppsala en 1966, il développe les raisons expliquant le manque de femmes aux postes importants dans la société suédoise, pointant le fait que les normes sociales désignant les comportements des hommes et des femmes doivent être repensées, afin que les hommes prennent davantage part à l’éducation de leurs enfants au sein du foyer familial et que les femmes puissent, en contrepartie, davantage travailler si elles le souhaitent, sans que l’une ou l’autre des deux activités soit l’apanage d’un sexe précis(6) . Cette idée de Palme se traduit concrètement par son instauration en 1974 d’un congé parental unifié, permettant aux deux parents de prendre un congé pour s’occuper de leurs enfants en bas-âge sans que cette disposition soit strictement réservée à la mère, l’ancien congé maternité pouvant dès lors parfaitement se muer en un congé paternité, ou en un congé alterné(7). Sous Palme, le nombre de ministres féminins est de surcroît considérablement accru. Palme approfondit également la cogestion entre syndicats et patronat au sein des entreprises, ainsi que les protections des travailleurs face aux licenciements.

Le Danemark n’est de son côté pas en reste pendant ces années, puisqu’en dépit de plus fréquentes alternances avec les forces politiques libérales et conservatrices et d’une plus importante succession de Premiers ministres sociaux-démocrates, restant moins longtemps en poste que leurs homologues suédois, il est dirigé par les sociaux-démocrates sans interruption de 1953 à 1968, puis de façon plus brève entre 1971 et 1973, et de nouveau de 1975 à 1982. Les sociaux-démocrates danois mettent en place un modèle d’État-providence, régulièrement étendu par la suite, fondé sur la puissance des syndicats. Les gouvernements de Hans Hedtoft et HC Hansen mènent notamment une politique d’extension des couvertures maladies et des retraites ainsi que d’aides aux mères célibataires. Dans une optique de consensus, ils soutiennent dans le même temps le secteur agricole. Une loi sur les relations entre les syndicats et les associations patronales est notamment adoptée en avril 1956, prévoyant une augmentation des prestations maladies, dans la continuité de conventions collectives. Ce modèle fondé sur la cogestion dans les entreprises, sur la recherche d’un consensus entre chaque acteur et sur la dépense publique permet, en l’espace d’un demi-siècle, de redistribuer revenus et richesses, d’éradiquer la pauvreté endémique, de garantir un logement décent dans les zones urbaines et de rendre largement gratuits l’éducation et la santé. Il conduit enfin, en 1970, à la création d’un système d’aide financière pour les étudiants (le Statens Uddannelsesstøtte)(8).


Premières crises et désillusions

 



Les premières contestations du modèle social-démocrate scandinave émergent dans les années 1970, dans le double contexte de la crise économique mondiale issue du choc pétrolier de 1973 et de la poussée des idées néolibérales à partir de cette période.

Au Danemark, la crise politique que traverse le pays de 1971 à 1975 constitue une première secousse. Après avoir connu un succès électoral aux élections anticipées de 1971, convoquées au regard de l’épuisement de la coalition centriste-libérale au pouvoir depuis 1968, les sociaux-démocrates danois connaissent aux élections anticipées de 1973 une défaite historique, chutant de 37% des voix en 1971 à moins de 26%. Ce séisme politique, aboutissant à la perte de la moitié des sièges du parti au parlement, est un premier signe des fissures de l’hégémonie social-démocrate. Si ceux-ci retrouvent la tête du gouvernement en 1975 à la faveur de troisièmes élections anticipées en quatre ans, avec lesquelles ils remontent à 30%, le choc politique de 1973 aura constitué une première remise en cause du consensus social-démocrate au Danemark.

La rupture incontestable de cette période survient néanmoins en Suède en 1976 avec la défaite d’Olof Palme aux élections générales : bien que le recul du parti à la rose soit très faible et que celui-ci demeure le premier parti politique suédois, la droite revient au pouvoir pour six ans en formant une coalition menée par le Parti du Centre. Palme retrouve le pouvoir en 1982, mais son assassinat en 1986 constitue une nouvelle rupture symbolique au regard de la figure de dirigeant de gauche qu’il incarnait en politique intérieure tout comme par ses engagements sur la scène mondiale(9). Si les sociaux-démocrates suédois continuent alors de gouverner jusqu’en 1991 avec Ingvar Carlsson, successeur d’Olof Palme, la politique désormais menée est économiquement plus restrictive(10) . En effet, bien que Karlsson s’efforce de poursuivre l’œuvre sociale de Palme, en augmentant notamment les allocations familiales et en renforçant le congé parental, il amorce dans le même temps des restrictions budgétaires et, en 1990, propose un gel général des salaires, prix, taux d’intérêt et dividendes, ainsi qu’une limitation du droit de grève. Cela provoque une grave crise politique et la démission du gouvernement en 1991.

La coalition de centre-droit, menée par Carl Bildt, revenue au pouvoir à la faveur d’élections cette même année, mène un programme de libéralisation économique et de remise en cause partielle du modèle social-démocrate, sans pour autant assainir la situation économique : la baisse des impôts promise par le gouvernement, sans réelle réévaluation des dépenses sociales du modèle social-démocrate auquel les Suédois sont attachés – cet état de fait ayant très largement calmé les ardeurs néolibérales du gouvernement conservateur –, aboutit à une explosion du déficit public en 1993, qui atteint presque 12% du PIB, tandis que la dette s’élève à 75% du PIB en 1994. Cela conduit au retour au pouvoir des sociaux-démocrates et d’Ingvar Carlsson à l’issue des élections de 1994(11).

Ingvar Karlsson, qui se retire de la vie politique deux ans plus tard en 1996, transmettant ce faisant le poste de Premier ministre à son ministre Göran Persson, mène une politique nettement plus austéritaire que sous précédent mandat, se poursuivant sous son successeur et se caractérisant par une hausse de la fiscalité et par une baisse constante des dépenses publiques dans le PIB jusqu’aux années 2000. Cette politique se traduit également par une réduction du nombre de fonctionnaires. Au cours de cette période, la baisse des dépenses sociales représente 4 points de PIB et celle des autres dépenses publiques (éducation, armée, autres services publics aux personnes) représente 12 points. La méthode de réduction des dépenses de protection sociale consiste à revoir les modes de calcul et d’attribution des prestations (contrôle plus strict du chômage subventionné et des congés maladie, attribution plus sévère des pensions d’invalidité…) ainsi que la date d’ouverture des droits (recul de l’âge de la retraite, suppression de la retraite à temps partiel). Ce programme d’austérité comporte néanmoins dans le même temps quelques hausses de salaires. Les sociaux-démocrates redressent en tout cas les comptes en ramenant la dette publique de 75% du PIB en 1994 à 42% au moment de leur défaite de 2006. Leur bilan sur le chômage est toutefois plus contrasté, celui-ci stagnant sans passer sous la barre des 6%, malgré une baisse sous le premier mandat de Persson(12) .

Victorieuse en 2006 face à Persson, la coalition de droite, menée par les Modérés de Fredrik Reinfeldt, a tiré les leçons de l’échec du gouvernement de Carl Bildt au début des années 1990. En considérant l’attachement des Suédois au modèle social-démocrate et en prenant acte de l’amélioration de la situation budgétaire par le gouvernement sortant, elle n’a en effet pas fait campagne sur des idées libérales mais en se présentant au contraire comme un « nouveau parti travailliste », promettant de restaurer le plein-emploi sans s’attaquer de front aux services sociaux ou aux assurances sociales. Le politiste Bo Rothstein a ainsi qualifié de « victoire sociale-démocrate » l’élection de 2006 remportée par la droite : la campagne aurait selon lui prouvé que ce n’était pas le modèle social mais la capacité du parti social-démocrate à le gérer qui était en cause(13) . La politique menée par la droite a en tout cas surtout consisté en incitations fiscales au travail. Le retour promis au plein-emploi n’a pas eu lieu, le chômage ayant de surcroît connu une nouvelle hausse avec la crise de 2008, tandis que les inégalités de revenu ont augmenté en parallèle.

Dans ces mêmes années, les sociaux-démocrates danois cèdent eux aussi de façon progressive à certaines idées néolibérales. La fermeture graduelle des activités portuaires et la crise industrielle que le pays traverse dans les années 1970 et 1980 conduit les gouvernements sociaux-démocrates à opter pour des restrictions budgétaires, sans pour autant s’aligner sur un modèle ouvertement néolibéral. Le concept d’État-providence s’infléchit néanmoins dans le sens de cette idéologie à l’orée des années 1990 : on passe en effet progressivement d’une idée d’État-providence protecteur à une idée d’État concurrentiel, où le poids traditionnel de l’État et des politiques publiques sur la société danoise est désormais utilisé comme instrument coercitif de réforme du marché du travail, et même de l’ensemble des structures sociales, ce qui aboutit à une gestion managériale de la sphère publique(14). Se développe dès lors une flexisécurité dans le domaine des protections et du droit du travail, portée particulièrement par le gouvernement social-démocrate de Poul Nyrup Rasmussen (1993-2001). Si celui-ci opte pour une politique inspirée du keynésianisme pour relancer l’emploi, il réoriente dans le même temps les droits à l’indemnisation chômage en cas de licenciement. Le chômage n’est dès lors plus un droit passif : une obligation pour les travailleurs danois de chercher activement un travail et de participer à des programmes pour bénéficier d’aides sociales est en effet établie en contrepartie. Les durées d’indemnisation sont, dans cette continuité, progressivement réduites. Les licenciements sont facilités pendant cette période, l’État cherchant moins à protéger les emplois qu’à assurer des indemnisations. Si celles-ci sont généreuses et permettent d’accéder à des formations de requalification, elles exigent des contreparties de recherche d’emploi.

Pendant ces années est également rejeté le Traité de Maastricht en 1992, les classes populaires danoises craignant une Europe technocratique qui priverait le pays de sa souveraineté en plus d’amenuiser le modèle social. Son adoption finale sous la forme du Compromis d’Édimbourg fixe un certain nombre de dérogations au pays dans la gestion de ses affaires intérieures. C’est également dans ces années, dans la seconde partie de la décennie, qu’émergent les premières critiques social-démocrates, internes à leur parti, face à sa ligne promouvant unilatéralement un accueil des migrants dans une optique multiculturelle. Sont en effet critiquées la concentration spatiale des immigrés, leurs carences d’intégration, les difficultés scolaires de leurs enfants, les coûts municipaux des politiques migratoires. La seconde partie des années 1990 est en effet marquée par la fondation en 1995 du Parti populaire danois (Dansk Folkeparti, DF), formation d’extrême-droite qui capte progressivement un électorat danois ouvrier.

Un moment de bascule intervient en 2001, lors de la défaite du parti social-démocrate face à la coalition de droite, pour la première fois soutenue par le DF. Le durcissement des politiques migratoires par la droite dans la décennie qui s’ouvre conduit à l’émergence d’un réel clivage entre la direction du parti social-démocrate et une partie de sa base quant à l’accueil des immigrés. De retour au pouvoir à partir de 2011, le parti social-démocrate, mené par Helle Thorning-Schmidt, ne tranche pas vraiment la ligne, entre statu quo face aux durcissements adoptés par la droite et politique en demi-teinte lors de la crise des réfugiés de 2015 : le gouvernement choisit en effet de prendre sa part dans l’accueil des réfugiés au même titre que l’Allemagne voisine, mais en délivrant des permis de séjour temporaires d’un an aux réfugiés syriens, ne prévoyant donc pas d’installation durable au Danemark.


Coup de barre à gauche et rejet de l’immigration : du laboratoire danois à l’hypothèse suédoise ?

Depuis les années 2000, l’hégémonie social-démocrate en Suède et au Danemark appartient au passé.

Le cas suédois en est révélateur au plan idéologique comme au plan politique : les résultats électoraux du parti oscillent désormais autour de 30 %, très en deçà des 45 % auxquels il était habitué au XXe siècle. L’essoufflement est également visible dans la baisse des effectifs du parti social-démocrate suédois, qui se sont vus divisés par 3 de l’orée des années 1990 aux années 2010. Cet ancien parti de masse se rapproche de plus en plus du modèle d’un parti d’élus. S’il organise et représente encore les catégories populaires, c’est surtout grâce au lien historique et organique qu’il continue d’entretenir avec sa centrale syndicale, la Landsorganisationen i Sverige, principal syndicat de Suède. Le parti incarne de moins en moins cette vaste alliance de classes qui avait fait son succès par le passé. Il s’est déplacé vers le centre et se voit concurrencé non seulement par le Parti de gauche (ancien parti communiste) et la droite, mais aussi de plus en plus par l’extrême droite, désormais bien implantée dans le paysage politique(15).

Le thème de l’épuisement idéologique de la social-démocratie, ayant émergé dans les années 1990, appartient lui-même au passé tant les ouvrages lui ayant été consacrés se sont faits nombreux à son sujet. « La social-démocratie est en train de perdre son identité, observait déjà en 2009 Katrine Kielos, alors éditorialiste au quotidien social-démocrate Aftonbladet, sans en trouver ou en développer une nouvelle. L’idée que le parti manque de vision a été répétée tant de fois que sa quête d’utopie fait penser à quelqu’un qui chasse sa propre queue : le raisonnement est circulaire, et pour chaque cercle, le parti devient de plus en plus convaincu qu’il n’y rien à dire. »(16)

Les années 2000 et 2010 sont dès lors difficiles pour les sociaux-démocrates suédois. S’ils arrivent à reconquérir le pouvoir en 2012 avec Stefan Lövfen, la coalition hétéroclite menée par ce dernier gouverne difficilement, tributaire du soutien des libéraux faute de majorité claire dans un parlement marqué par une percée électorale du parti d’extrême-droite des Démocrates de Suède. La politique menée par Lövfen est dès lors centriste et libérale. Le Premier ministre se maintient au pouvoir après les élections générales de 2018, au cours desquelles le parti obtient son plus faible score depuis plus de 100 ans, mais finit renversé par une motion de censure en 2021, une première au parlement suédois depuis plus d’un siècle. Magdalena Andersson lui succède pour un an et réussit à faire regagner deux points au parti aux élections générales de 2022, mais échoue à former un gouvernement face à la droite. Celle-ci revient en effet au pouvoir grâce à un accord de coalition inédit entre son chef Ulf Kristersson et les Démocrates de Suède, rompant ouvertement le cordon sanitaire qui entourait jusqu’alors ce parti d’extrême-droite.

Repassé dans l’opposition en 2022 et toujours mené par Magdalena Andersson, le parti social-démocrate entreprend une importante révision de son logiciel idéologique. Tirant les leçons de ses errements libéraux sous les gouvernements Carlsson, Persson et Lövfen, il travaille à un programme socialement bien plus à gauche que son programme de 2013. En matière de principes économiques, le nouveau programme se veut en effet bien plus agressif contre le capitalisme, ciblant sa déréglementation comme explicitement néfaste aux personnes et au climat, là où le programme de 2013 insistait davantage sur les aspects positifs de l’économie de marché. Les grandes thématiques et champs lexicaux des années 1930 à 1970 sont de surcroît réinvestis, avec des lignes directrices qui comprennent « une vie meilleure dans un pays plus riche », « le droit à une société qui fonctionne », « vivre en sécurité » et « faire partie d’une société commune forte ».

Ce programme se révèle néanmoins sensiblement plus restrictif sur l’accueil des migrants que le programme de 2013, qui avait été élaboré avant la crise migratoire de 2015 et qui se voulait très favorable à l’accueil des réfugiés. Lors d’un discours remarqué à l’occasion d’une manifestation en soutien aux réfugiés en 2015, Stefan Löfven avait notamment déclaré : « Mon Europe ne construit pas des murs ». Une phrase détournée ensuite par les Démocrates de Suède comme slogan de campagne aux élections européennes et retournée contre le parti à la rose.

S’inspirant de son homologue danois, le parti conçoit dans son nouveau programme les questions de l’immigration et de l’intégration comme bien plus centrales et insiste sur les nécessités d’intégration des minorités et de mixité sociale et ethnique dans les quartiers, de façon à éviter des « sociétés parallèles ». Sont pointées les carences d’apprentissage du Suédois dans ces quartiers faute de populations parlant correctement la langue, ainsi que des privatisations économiques ayant conduit à une immigration de main-d’œuvre insuffisamment réglementée, ayant alimenté un marché du travail clandestin.

Responsable pour le programme du parti des questions d’intégration et d’immigration et tenante d’une ligne ouvertement dure sur ces questions, la députée Lawen Redar s’est fréquemment rendue au Danemark, qu’elle prend régulièrement comme exemple. Avec son groupe, elle propose ainsi l’abolition de la loi permettant aux demandeurs d’asile de choisir leur logement. Ils devraient désormais vivre dans des centres gouvernementaux qui devraient être largement développés. Elle propose aussi une série d’obligations en matière d’apprentissage de la langue, qui pourraient donner lieu à un retrait d’aide sociale en cas de non-participation. Les propositions les plus controversées portées par son groupe de réflexion sont directement inspirées du Danemark et de ses quartiers catégorisés comme « ghettos » et concernent les « zones défavorisées » (utsatta område) suédoises, accusées de favoriser la mise en place d’une « société parallèle ». La présidente du parti Magdalena Andersson ne cache de même pas son admiration pour la politique migratoire de la Première ministre danoise Mette Frederiksen(17).

Cette réorientation idéologique et stratégique du parti social-démocrate suédois s’est vue entérinée par son congrès de Göteborg, s’étant tenu du 28 mai au 1er juin 2025, lors duquel Magdalena Andersson a assumé vouloir une politique plus stricte sur l’immigration tout en déclarant rejeter le racisme et la méfiance envers les autres, contraires selon elle à l’identité solidaire de la Suède. Certaines propositions portées par l’aile gauche du parti ont par ailleurs été enterrées, à l’image de l’instauration d’une semaine légale de 35 heures, au sujet de laquelle le congrès a exprimé un soutien à la question d’un temps de travail hebdomadaire plus court sans pour autant s’engager à une loi contraignante – laissant cette question à la négociation collective entre syndicats et employeurs plutôt qu’à une loi d’État. L’aile gauche plaidait également pour un changement du cadre budgétaire suédois, permettant un déficit contrôlé destiné à financer de vastes investissements, notamment pour la transition écologique. Cette proposition s’est vue atténuée en faveur d’une posture plus prudente sur la discipline budgétaire, même si certains fonds spécifiques pour financer la transition écologique ont été évoqués par la direction. Un renforcement des protections médicales a du reste été adopté, tandis que le parti s’est également engagé à examiner une augmentation de l’impôt sur les revenus du capital(18).

Le modèle migratoire danois vers lequel les sociaux-démocrates suédois souhaitent s’orienter présente toutefois plusieurs limites. Celles-ci ont été mises en lumière par la défaite sociale-démocrate danoise aux municipales d’octobre 2025, s’étant traduite par la perte de la capitale Copenhague mais également par celles de territoires populaires et ouvriers comme la ville portuaire de Frederikshavn ou la commune d’Albertslund. Cette dernière, en banlieue de Copenhague, avait pourtant été l’un des bastions locaux de revendications social-démocrates en faveur d’un durcissement de la ligne migratoire de leur parti dès les années 1980(19). Le recul de l’extrême-droite danoise est également relatif, puisque celle-ci continuait, en dépit de l’effondrement du DF de 21% en 2015 à 2,5% en 2022, de totaliser 16% d’intentions de vote dans les sondages en prenant en compte tous ses partis politiques en 2024(20) . Ses thèses se voient dès lors moins rejetées que validées dans l’opinion, eu égard à l’adoption par les sociaux-démocrates d’une partie des mesures qu’elle prône. Le professeur Thomas Gammeltoft-Hansen, spécialiste du droit de l’immigration à l’université de Copenhague, pointe par ailleurs le fait que la faiblesse du modèle danois est qu’il repose sur une stratégie du chacun pour soi, consistant à dissuader les demandeurs d’asile de venir en affichant des conditions toujours moins bonnes que ses voisins. Sa dissuasion serait dès lors moins efficace face à d’autres États qui décideraient d’adopter à leur tour des mesures similaires voire plus drastiques(21).

Il reste que les sociaux-démocrates suédois sont confortés dans leur adoption de la ligne migratoire danoise eu égard aux sondages les plaçant en tête de plus de 10 points face aux partis de la coalition de droite pour les élections générales de l’automne 2026, le parti à la rose se hissant à 34% d’intentions de vote fin janvier 2026(22). Une ligne migratoire qui, bien que porteuse comme elle le fut pour le parti social-démocrate danois à partir de 2019, ne nuit pour l’instant pas davantage aux Démocrates de Suède qu’elle n’a pu affaiblir l’extrême-droite danoise. Les Démocrates de Suède se maintiennent en effet dans les sondages à 20%, devant le parti de droite des Modérés dont est issu le Premier ministre Ulf Kristersson(23). Tout comme pour les sociaux-démocrates danois, une profonde crise d’identité traverse donc la gauche suédoise, entre renoncement à l’internationalisme au profit d’un réinvestissement de l’idée de « Maison du peuple » de manière dévoyée par rapport à ses ambitions originelles – la question sociale étant désormais abordée au prisme de la préférence nationale – et légitimation des thèses de l’extrême droite dans l’opinion publique.

Cette ligne migratoire nordique fait en tout cas des émules ailleurs en Europe, les partis européens de gauche regardant celle-ci avec un mélange d’effroi et d’attrait. L’ancien ministre Hubert Védrine s’est ainsi prononcé en France pour une prise en main par la gauche des questions sécuritaires face à l’immigration(24) et pour l’adoption d’un logiciel migratoire scandinave au sein des partis sociaux-démocrates européens(25). Cette dérive stratégique des sociaux-démocrates scandinaves, questionnant à plus d’un titre leur quête d’identité dans une période de reconstruction idéologique, est en tout cas l’une des illustrations mondiales du malaise de la gauche face à une extrême-droite qu’elle peine à combattre dans les urnes auprès des électorats populaires.

(1) Jean-François BATTAIL, Régis BOYER, Vincent FOURNIER, Les sociétés scandinaves de la Réforme à nos jours, Paris, Presses universitaires de France, 1992, 612 p.
(2) François-Charles MOUGEL, « Suède : d’où viennent ces drôles de socialistes ? », L’Histoire, 2002, n°271, URL : https://www.lhistoire.fr/su%C3%A8de%C2%A0-do%C3%B9-viennent-ces-dr%C3%B4les-de-socialistes, consulté le 08/02/26
(3) Jean-François BATTAIL, Régis BOYER, Vincent FOURNIER, op. cit.

(4) Dorian BIANCO, « L’envers du « modèle « danois, porté aux nues par les médias », Le Vent Se Lève, 29/01/19, URL : https://lvsl.fr/lenvers-du-modele-danois-porte-aux-nues-par-les-medias/, consulté le 04/02/26
(5) G. F., « M. Tage Erlander le Père de l’État-Providence », Le Monde, 03/10/69, URL : https://www.lemonde.fr/archives/article/1969/10/03/m-tage-erlander-le-pere-de-l-etat-providence_2416965_1819218.html, consulté le 08/02/26
(6) David PERSSON, « Olof Palme – Une politique égalitaire pour le monde et la Suède », Nordiques, 2014, URL : https://journals.openedition.org/nordiques/6645, consulté le 08/02/26

(7) Nathalie MOREL, « Politique sociale et égalité des sexes en Suède », Revue des politiques sociales et familiales, 2001, n°64, URL : https://www.persee.fr/doc/caf_1149-1590_2001_num_64_1_952?utm_source=chatgpt.com, consulté le 08/02/26
(8) Dorian BIANCO, op. cit.

(9) Dirigeant ouvertement non-aligné, bien que certaines recherches récentes aient mis en lumière un accord secret avec les États-Unis qui aurait malgré tout privilégié une préférence atlantique en cas d’éclatement d’un conflit armé entre les blocs occidental et soviétique, Palme s’est en effet illustré sur la scène internationale par son refus d’adhérer à l’OTAN, par son dialogue mené à égalité avec les deux blocs, par son opposition à la guerre du Vietnam, par des relations cordiales entretenues avec Cuba ou encore par son soutien actif aux luttes anticoloniales en Afrique. Il demeure en outre le seul dirigeant occidental de cette époque à avoir apporté un soutien politique et financier à l’ANC sud-africain, et a soutenu de la même façon les luttes indépendantistes d’Angola, du Mozambique et de Namibie.
(10) Gilles VERGON, Le « modèle » suédois, Les gauches françaises et l’impossible social-démocratie, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2015, 184 p.
(11) Vincent TOUZÉ, « Les performances économiques de la Suède : quelques éléments d’évaluation », Revue de l’OFCE, 01/01/07, URL : https://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/revue/2-100.pdf, consulté le 15/01/26

(12) Ibid.
(13) Bo ROTHSTEIN, « Valet en triumf för socialdemokraterna », Dagens Nyheter, 20/09/06, URL : https://www.dn.se/debatt/valet-en-triumf-for-socialdemokraterna/, consulté le 04/02/26
(14) Dorian BIANCO, op. cit.

(15) Wojtek KALINOWSKI, Le modèle suédois : et si la social-démocratie n’était pas morte ?, Paris, Charles Léopold Mayer, 2017, 150 p.
(16) Katrine KIELOS, « Grey is beautiful », Den grå vågen. Tankar om en ny socialdemokrati, Hjalmarson & Högberg, Stockholm, 2009, p. 7.

(17) Marius PERRIN, « Social-démocratie suédoise : un congrès pour tout changer ? », Fondation Jean Jaurès, 27/05/25, URL : https://www.jean-jaures.org/publication/social-democratie-suedoise-un-congres-pour-tout-changer/, consulté le 04/02/25

(18) Richard ORANGE, « Old Hat, New Hat: What changed at Sweden’s Social Democrats’ congress? », The Local Sweden, 04/06/25 : https://www.thelocal.se/20250604/old-hat-new-hat-what-direction-did-swedens-social-democrats-set, consuté le 04/02/26
(19) Anne-Françoise HIVERT, « Défense de l’État-providence et rejet de l’immigration : la recette ultra-droitière de la gauche danoise », Le Monde, 25/06/21, URL : https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2021/06/25/defense-de-l-etat-providence-et-rejet-de-l-immigration-la-recette-ultra-droitiere-de-la-gauche-danoise_6085713_4500055.html, consulté le 04/02/26
(20) « Immigration : le Danemark, un modèle à suivre ? – L’Édito de Patrick Cohen », C à vous, 30/05/2023, France Télévisions, URL : https://www.youtube.com/watch?v=Eo2T36sSe7w, consulté le 04/02/26
(21) Anne-Françoise HIVERT, « Au Danemark, la gauche se veut championne des restrictions à l’immigration », Le Monde, 01/06/23, URL : https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/06/01/au-danemark-la-gauche-se-veut-championne-des-restrictions-a-l-immigration_6175700_3232.html, consulté le 04/02/26
(22) Sondage Ipsos de janvier 2026 relayé par le site statsskuld.se, URL : https://statsskuld.se/en/opinion, consulté le 04/02/26

(23) Ibid.
(24) « Hubert Védrine : « La Russie ne sera jamais une social-démocratie scandinave. » », Bonjour chez vous !, Public Sénat, 10/05/22, URL : https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=Kk9vfHQivj4, consulté le 04/02/26
(25) « Hubert Védrine : « Trump 1 apparaissait comme un accident, cette fois c’est très différent » », Bonjour cher vous !, Public Sénat, 07/11/24, URL : https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=R6sAw0jPWks, consulté le 04/02/26

 

Un grand merci à Susanne Åslin, responsable des archives photographiques du musée de Sundsvall, pour sa précieuse aide au sujet de la grande grève de 1879 et pour ses éclairages concernant la photographie d’archives ici publiée en illustration de l’article.

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