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En 1983, l’architecte danois Johann Otto Von Sprekelsen, remporte le concours lancé par François Mitterrand pour construire l’ouvrage qui fermera le quartier de la Défense. Inconnu du grand public autant que de la profession, l’Architecte n’avait alors construit que sa maison et quatre églises dans son pays natal.
Nous sommes au début des grands travaux de Mitterrand dans la capitale, les projets de l’Opéra Bastille, de la pyramide du Louvres ou encore de Bercy sont déjà lancés. Il reste un lieu, objet de multiples concours et propositions depuis de nombreuses années déjà ; « la Tête Défense », dans la perspective de l’axe historique de Paris. Le Président décide d’y développer un carrefour international de la communication, un « lieu pour l’humanité ».
Plus de quatre cents équipes participent à la consultation, parmi lesquels les plus grands noms de l’architecture international. Le caractère anonyme du concours permet au projet du « Cube » de séduire le jury, quand bien même Sprekelsen ne possédait pas d’agences. Une nomination qui serait jugée aujourd’hui impossible au regard des demandes d’expériences, de références ou de solidité financière faites aux équipes de concepteurs dans les projets.
Celui qui avait l’habitude de dessiner ses projets jusque dans le moindre détail se confronte à l’ampleur de la tâche et aux méthodes de sa mise en œuvre. Il y découvre des architectes français qu’il décrit lui-même comme « inhibés » et des interlocuteurs au service d’un état fonctionnaire. La technocratie française y est incarnée par un personnage représentant à la fois Robert Lion (président de la caisse des dépôts) et Jean-Louis Subileau (directeur de la maîtrise d’ouvrage de la Grande Arche). Dépeint comme un commis de l’État dont le seul objectif est d’éviter la gabegie du projet, il représente les normes techniques et administratives françaises qui contraignent le développement de ce monument. L’œuvre d’art devient objet technique et Johann Otto Von Spreckelsen, tant étranger à ce fonctionnement, se résoudra à s’adjoindre l’aide d’un architecte français, Paul Andreu, à qui l’on doit notamment l’aéroport Roissy Charles De Gaulle.
En 1986, Mitterrand perd les élections législatives, Chirac devient Premier ministre et Juppé ministre du Budget. Le projet du centre de la communication est abandonné et l’existence même de la grande arche ainsi que son caractère public sont remis en question. Le bâtiment n’est plus une œuvre d’art ; il doit trouver une rentabilité pour exister. C’est ici qu’est introduit le personnage de Monsieur Leloup, promoteur immobilier privé, prêt à racheter l’arche et son programme au risque d’altérer la perspective historique de la capitale. L’architecte, toujours au service de son art, ne peut s’y résoudre, mais des solutions doivent être trouvées, corrompant le projet d’ensemble. Le politique contraint au changement et s’absout des enjeux de qualité architecturales et d’harmonie du projet, avant de disparaitre.
L’inconnu de la grande arche relate ainsi une histoire peu connue, pourtant majeure dans la construction du paysage francilien, et témoigne du dialogue souvent conflictuel dans lequel naissent les grands projets urbains et architecturaux. A travers ce trio de personnage, que l’on pourrait sans hésiter qualifier de caricatural, le film expose un certain modèle de la production urbaine qui demeure aujourd’hui : un objet architectural, parfois déconnecté des réalités, des normes techniques ou administratives dont on ne lit plus l’essence, et une décision politique, volatile et soumise aux calendriers électoraux.
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