Un basculement sans retour
Depuis son irruption dans la vie quotidienne des Français, l’IA générative a aujourd’hui franchi un seuil critique : celui de la généralisation massive dans tous les secteurs de l’économie. Ce n’est pas une révolution soudaine, mais bien l’aboutissement d’un lent processus commencé dans les années 2020, qui explose en une automatisation brutale et généralisée. Résultat : un effondrement massif et historique du marché de l’emploi. Des millions de postes disparaissent en quelques années, au nom de la productivité, de la performance et de la rentabilité actionnariale. Les multinationales s’en félicitent ouvertement, évoquant une « optimisation historique » des ressources humaines, tandis que des plans sociaux massifs se succèdent, sans aucune contrepartie. Face à cette déflagration sociale, l’État ne suit plus. L’intelligence artificielle, autrefois perçue comme une promesse d’émancipation, devient le bras armé d’un capitalisme algorithmique concentrant toujours plus de richesse et de pouvoir entre les mains d’une minorité. Ce ne sont plus seulement les tâches pénibles ou répétitives qui sont automatisées, mais les fonctions de conception, de conseil, et de jugement. L’IA se substitue à l’humain non pas pour le libérer, mais pour l’évincer. Les chiffres sont accablants : le nombre de chômeurs s’établit désormais à 8,6 millions, avec une majorité de cadres intermédiaires, d’agents administratifs, d’enseignants et de techniciens. Les syndicats parlent d’une « liquidation totale du pays ». Comment en est-on arrivé là ? Tout simplement en déléguant, sans le moindre garde-fou, nos décisions à l’IA. Désormais, tous les arbitrages liés à l’organisation du travail dans les entreprises sont pilotés par des IA prédictives : plus rapides, moins coûteuses, et bien plus performantes que les humains qu’elles remplacent.
Un quotidien bouleversé
Le secteur des services est le premier touché : banques, assurances, cabinets juridiques, administrations, voient leurs salariés remplacés par des IA spécialisées, capables d’effectuer en quelques secondes ce qui demandait des heures de travail humain. Viennent ensuite la logistique et la grande distribution, où les entrepôts, les rayons et les livraisons sont entièrement automatisés. Même les hôpitaux n’y échappent pas : les patients parlent désormais plus souvent à des IA spécialisées dans les diagnostics médicaux qu’à de vrais médecins. Dans les tribunaux, les audiences sont menées par des juges algorithmiques. Dans les écoles, des cours entiers sont délégués à des IA professorales qui dispensent des leçons adaptées en temps réel au profil cognitif des élèves. Dans les grandes villes, la vie quotidienne change à vue d’œil. Dans les grandes surfaces, plus une seule caisse ni vigile humain : des caméras intelligentes scrutent chaque geste, pendant que des algorithmes reconnaissent les produits, les visages et les moindres soupçons de vol. Des véhicules autonomes remplacent les taxis et les livreurs. Même les séries et les films de Netflix sont écrits et produits par des intelligences artificielles, rendant obsolètes des dizaines de milliers de scénaristes, dialoguistes, comédiens. En quelques années, c’est une véritable métamorphose du monde du travail qui s’est opérée, sans transition, sans filet, et sans justice. Les protestations se multiplient, mais elles sont invisibilisées par les algorithmes. Des collectifs tentent d’organiser des sabotages contre les datas centers qui ont poussé un peu partout sur le territoire comme des champignons. Des émeutes éclatent autour des anciens sièges de grands groupes technologiques, vidés de leurs employés. L’État répond par la surveillance : drones, traçage numérique, et neutralisation préventive des activistes jugés « anti-progrès ». Tout se joue désormais entre une partie de la population, consciente de ce qui est en train de se jouer et les tenants du tout-algorithme. La gauche demande l’instauration d’un revenu universel minimal, mais la droite et l’extrême droite sont contre. Avec ces derniers, le débat sur la place des « improductifs » a remplacé celui sur les soi-disant « assistés ». Les plus jeunes, diplômés mais inemployables, migrent alors vers les campagnes ou rejoignent les collectifs d’autonomie radicale. Certains s’installent dans des zones délaissées et tentent de bâtir une vie hors réseau, sans IA, sans QR-code, sans cloud.
Une fracture irréversible
Sur les plateaux des chaînes d’information en continu, les experts parlent d’une « transition brutale » et alertent : l’économie française entre dans une phase de « grande substitution ». La consommation s’effondre, les cotisations sociales disparaissent avec les emplois, et les inégalités explosent. L’économie réelle tourne au ralenti. Le tissu productif s’effrite. L’endettement public explose alors même que les recettes fiscales s’évanouissent. L’assurance maladie, l’éducation publique, les aides au logement, la retraite : tous les piliers de l’État-providence vacillent, pris dans une spirale de sous-financement et de privatisation accélérée. Une élite ultraconnectée, propriétaire des IA, des serveurs et des infrastructures énergétiques, concentre désormais l’essentiel des richesses et du pouvoir. Cette caste vit désormais en vase clos, protégée par des systèmes de sécurité automatisés. Elle se soigne dans des cliniques réservées, éduque ses enfants dans des écoles IA privées, contrôle les flux d’information via des plateformes inaccessibles au grand public. Le reste de la population, lui, survit sous surveillance pour éviter tout débordement. La présidente de la République, quant à elle, ne s’exprime plus qu’à travers un double virtuel qui promet, à chacune de ses apparitions, que « la France saura transformer cette crise en opportunité ». Mais personne ne semble l’écouter vraiment. L’attention est ailleurs, sur les groupes clandestins, les réseaux d’entraide, et les zones blanches où l’on tente, tant bien que mal, de vivre encore entre humains.