Luttes d'hier & Luttes d'ailleurs

Sociologie du féminisme bordelais des années 70

A travers divers entretiens avec des féministes bordelaises, cet article revient sur les différents facteurs qui ont permis à ces femmes de se politiser et de devenir militantes, dans un contexte propice aux bouleversements après mai 68.

Le 17 janvier 1975, la loi visant à dépénaliser l’IVG, portée par Simone Veil, alors ministre de la Santé de Valéry Giscard d’Estaing, est promulguée pour cinq ans à titre expérimental. Le 31 décembre 1979, la loi Veil est reconduite sans limite de temps.

L’autorisation de la contraception le 19 décembre 1967 et les revendications de Mai 68 préfigurent les luttes de la décennie 1970 quant à l’assouplissement de la législation.

Manifeste des 343, Procès de Bobigny, Manifeste des 331… Entre 1971 et 1973, la lutte pour la dépénalisation de l’avortement fait l’actualité et alimente la mobilisation féministe dite « de la deuxième vague ». Cet engagement politique, très fort à Paris après Mai 68, se répercute également en province, et notamment à Bordeaux.

Cet article est tiré d’un mémoire de recherche rédigé il y a quelques années, regroupant les témoignages de nombreuses militantes féministes bordelaises.

D’une part, cet article sera consacré aux parcours de vie des militantes féministes, hautement déterminants dans leur engagement. D’autre part, il s’agira de comprendre les différentes luttes menées durant la décennie 1970 ainsi que les structures militantes de l’époque.

Qui sont les militantes féministes bordelaises de la deuxième vague ?

Quels sont les facteurs qui ont encouragés les femmes bordelaises interrogées à devenir militantes féminismes ?

La socialisation primaire

Dans un premier temps, la place occupée par la mère au sein de la famille est un facteur d’éveil féministe fondamental chez les militantes. Dans six des neuf entretiens réalisés, les militantes mentionnent leur mère et permettent de fait de mettre en place une comparaison intergénérationnelle.

« En Mai 68, je n’ai pas tout compris de ce qu’il se passait mais j’ai bénéficié de « l’après », de tout le questionnement féministe, qui correspondait beaucoup à mes questionnements personnels et à mes volontés d’indépendance, d’autonomie, de liberté et de contestation du rôle des femmes, à l’image de ma mère, qui a longtemps été femme au foyer, dans une relation traditionnelle femme-homme. » Monique

Pour la majorité des femmes, leur mère apparaît comme un contre-exemple, un destin à éviter. En parallèle, la conscience de la mère de son propre statut lui permet d’encourager sa fille à ne pas adopter le même parcours.

La quasi-totalité des militantes interrogées a bénéficié des conquêtes et victoires de Mai 68 dans le début de leur vie d’adulte, puisque sept militantes avaient entre 17 et 26 ans en 1970 (un français sur trois a moins de vingt ans en 1968). De facto, cette nouvelle génération de femmes est la première à faire l’expérience de la contraception, et vit une libération sexuelle que leurs mères n’ont pas connue. Elles évoquent notamment le fait que leurs mères n’ont pas pu réguler leurs grossesses.

« La contraception, ça nous a quand même sauvé, par rapport à nos mères, qui étaient tout le temps dans l’angoisse. J’ai débuté ma sexualité avec la contraception, franchement, c’était la nuit et le jour entre ce qu’a vécu ma mère et ce que j’ai vécu moi. » Monique

« Mais surtout, moi j’étais issue d’une mère qui a eu 8 enfants, qui n’a pas contrôlé sa contraception, qui se faisait tabasser et je voyais les mecs comment ils étaient. » Marie

Les militantes interrogées viennent pour la majorité d’entre elles d’un milieu populaire. Au sein de leur famille, le partage des tâches est inexistant. Dans le couple, la répartition de l’éducation est majoritairement genrée : la mère s’occupe des filles et le père des garçons.

« J’ai été élevée vachement traditionnellement, les nanas, elles faisaient la cuisine, la vaisselle, le ménage et puis les mecs ils allaient au jardin. » Marie

Consciente de son statut et de sa condition, la mère encourage sa fille à ne pas suivre le même parcours qu’elle.

« Fille d’une mère prolo de chez prolo, entrée à l’usine à 13 ans, du quart- monde pratiquement, ma mère voulait que je fasse des études et elle m’avait mise dans la meilleure école de tout Bordeaux, qui était le Mirail à l’époque. » Martine

« Je pense que ce qui m’a poussée à être féministe, c’est que je suis fille unique, et que quand j’étais petite, quand je courrais vers mon père, il me disait « Vas voir ta mère car ce sont les femmes qui s’occupent des filles, moi si t’étais un garçon, je m’occuperais de toi ». Ça aide à devenir féministe. Mon père était comme ça, du coup comme j’étais une fille je ne l’intéressais pas. » Martine

La mère peut être un contre-modèle, mais peut également servir d’exemple, par son engagement militant et son indépendance.

« Ma mère m’a toujours expliqué que, en arrivant en France à 18 ans, elle savait faire la confiture, la pâtisserie, le tricot et elle ne voulait pas m’apprendre ça. Elle disait que ça ne servait à rien et qu’il fallait mieux savoir faire cuire un œuf. » Yolande

« Elle était très indépendante, elle vivait dans des paradoxes assez incroyables. Elle était dentiste dans une petite ville, seule avec moi, je portais le même nom qu’elle mais on ne savait pas trop d’où je sortais, et elle parlait français avec l’accent polonais. Malgré ça elle a tenu. Fallait le faire car en 49-50 c’était pas du tout facile à assumer. » Yolande

La figure de la mère apparaît donc à la fois comme un repoussoir, mais également comme un guide. Les militantes féministes se retrouvent orientées dans leurs convictions par leur mère.

D’autre part, le goût pour le militantisme est transmis par les parents. En effet, plus les parents sont actifs au sein d’un parti politique ou d’un syndicat, plus leurs enfants sont susceptibles de l’être également, et ressentent a minima un véritable engagement politique et/ou syndical.

« Comme dirait Obélix, je suis tombée dedans quand j’étais petite. Ma mère était communiste, elle militait aux Femmes françaises, qui était la partie femmes du Parti communiste. » Yolande

Les enfants ayant des parents militants ont plus de chances de militer eux aussi, une fois entrés dans la vie active : la participation des parents à un mouvement syndical tend à améliorer la perception de l’individu sur le syndicalisme. Selon l’étude de Blanden et Machin (2003)(1), c’est plus l’attitude des parents vis-à-vis de leur syndicat et leur proximité au syndicalisme qui est transmise à leurs enfants que leur adhésion systématique. C’est donc une socialisation au syndicalisme qui se met en place au sein de la sphère familiale et qui encourage ainsi les enfants à rejoindre eux-mêmes un syndicat lors du début de leur activité professionnelle.

« Je me suis syndiquée à la CGT, je suis d’une famille syndicaliste de militants CGT, c’était évident pour moi » Françoise

En 2001, Gomez, Gunderson et Meltz démontrent que le fait d’avoir un membre de la famille au sein d’un syndicat augmente de 37% la probabilité que les jeunes expriment à leur tour une préférence d’appartenance à un syndicat(2).

Ainsi, la famille apparaît comme une instance primordiale de socialisation au sein de laquelle circulent de nombreux facteurs déterminants dans l’engagement politique et militant des enfants.

La socialisation au cours des études

Le milieu étudiant constitue une instance de socialisation particulièrement importante dans la vie des militantes. Pour la majorité d’entre elles, les études supérieures sont l’occasion de quitter leur famille et de découvrir un nouveau milieu.

La majorité des enquêtées a bénéficié de la massification scolaire propre à la période (post mai 68). Celles-ci étant généralement issues de familles populaires voire prolétaires, elles sont la première génération à accéder à l’enseignement supérieur.
Dans le cas de la mère de Martine, c’est la « transposition d’appétences culturelles déçues »(3) qui la guide. L’ascension sociale qui accompagne le long parcours scolaire de Martine est une manière pour sa mère de prendre sa revanche.

« Ma mère voulait que je fasse des études pour se valoriser à travers moi mais, ce faisant, je la trahissais. La transmission du savoir, c’est la transmission du poison. » Martine

La majorité des femmes interrogées ont réalisé des études menant à des emplois sociaux : cinq d’entre elles ont exercé la profession d’assistante sociale ou d’éducatrice au cours de leur carrière professionnelle et deux autres ont travaillé au contact d’enfants.

En 2008, Sébastien Michon apporte un éclairage sur la plus grande politisation des étudiants en sciences humaines et sociales notamment. Ceux-ci sont confrontés à une étude approfondie du fonctionnement des institutions, de différents phénomènes politiques. Les débats auxquels participent ces étudiants seraient directement en lien avec l’actualité constituant ainsi « de véritables vecteurs de politisation et d’acculturation avec des « choses politiques »(4). L’entourage des étudiants (tant les professeurs que les camarades) représente « des intermédiaires culturels qui peuvent non seulement favoriser l’activation de dispositions favorables à la politisation, mais aussi participer à l’inculcation de schèmes de classification des catégories de jugement »(5).

Enfin, les thèmes enseignés, notamment en sociologie et en psychologie se révèlent souvent en adéquation avec les convictions militantes des étudiants.

L’université est l’institution la plus concernée par le phénomène de massification scolaire. Le début des études supérieures est souvent synonyme de départ du domicile familial. Ainsi, les résidences universitaires où logent les jeunes deviennent des lieux de rencontres et de socialisation, où circulent les opinions politiques. Les endroits où les étudiants se regroupent et vivent constituent des lieux d’engagement à part entière. C’est notamment le cas du restaurant universitaire (RU), que cite Hélène. C’est un espace où l’actualité circule entre les étudiants, et il se révèle fondamental dans « La structuration de l’engagement dans les gauches alternatives »(6).

Les endroits où se rassemblent les étudiants constituent un foyer de transmission des idées politiques.

« J’ai fait des études d’orthophonie et puis j’ai fréquenté tous les lieux où les étudiants allaient, le resto U, les lieux de débats, de vente de journaux, c’est là qu’on ouvre les yeux sur le monde. » Hélène

Les études supérieures et les mécanismes de socialisation associés ont ainsi encouragé ces femmes à devenir militantes.

Le cheminement vers le militantisme et la conjugaison du féminisme avec le politique

Quatre des enquêtées ont participé aux Groupes Femmes. Les Groupes Femmes correspondent à la section Femmes de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR). Ils ont été une étape cruciale vers le militantisme féministe.

« Chaque groupe d’extrême gauche avait construit son groupe féministe. Au début, ils pensaient que les féministes c’étaient des petites bourgeoises mais quand ils ont vu l’ampleur que ça prenait ils ont commencé à créer leurs propres groupes féministes. » Monique

Ainsi, au début pour les groupes politiques, il s’agit avant tout de suivre une tendance et de répondre à la demande féministe de l’époque.

« Les Groupes Femmes, c’était un groupe politique, il y a toujours une idée politique derrière. » Claire

« Ce sont des revendications qui s’adressent directement au pouvoir politique et aux hommes, mais dans ce contexte de patriarcat. » Claire

Les Groupes Femmes sont donc construits à partir d’une impulsion des mouvements d’extrême gauche, en l’occurence la LCR. L’engagement politique au sein de la LCR ouvre ainsi les portes des Groupes Femmes et engendre une prise de conscience. Pour de nombreuses militantes, l’engagement politique vient avant l’engagement féministe.

« Ce que je peux rajouter sur ma période militante, c’est qu’au début, je n’étais pas vraiment féministe. Les groupes de conscience portaient vraiment bien leur nom. » Claire

« Comme Marie, j’ai milité à la Ligue Communiste et c’est à partir de l’investissement dans la ligue que j’ai commencé à aborder les questions du féminisme. » Hélène

La convergence des luttes apparaît comme une problématique au cœur de l’engagement des militantes.

« Je pense que le féminisme est fondamentalement lié à la lutte des classes et moi qui me suis toujours retrouvée dans des organisations d’extrême gauche, je m’y reconnais spécialement. » Monique

Pour Monique, ce fut le contraire. Son entrée aux Groupes Femmes est antérieure d’un an à son entrée à la LCR.

« J’ai eu un cheminement politique, je suis rentrée à la LCR en 75. Donc à la fois prise de conscience féministe et politique, c’est-à-dire contestation de la société dans ses modes de fonctionnement. Les deux sont un peu symétriques mais mes engagements se sont faits dans cet ordre-là. » Monique

Leurs entrées dans le militantisme ne s’opèrent pas de la même façon, pour autant, l’engagement politique est systématiquement lié à l’engagement féministe.

Au sein des enquêtées, la non-mixité des Groupes Femmes fait débat. C’est un sujet clivant entre les militantes.
La majorité des militantes s’accordent sur l’idée qu’il est nécessaire d’avoir un temps de parole et de discussion sans « dominants ».

« Alors les Groupes Femmes, ce sont des groupes de conscience, dits groupes de conscience non mixtes. Pourquoi ? Parce que l’oppression des femmes sur le plan sexuel entre autres demande la liberté de parole et donc la non présence des hommes. La parole qui est dite quand il y a des hommes n’est pas celle qui est dite quand il n’y a que des femmes, parce qu’il y a des freins, il y a aussi de la séduction, il y a plein de choses donc non mixité voulue, choisie, pour faire des groupes de conscience » Claire

« C’étaient des Groupes Femmes non mixtes, qui étaient des groupes de conscience comme on les appelait, de conscience, de vécu, on partageait nos expériences et c’est comme ça qu’on a produit une analyse féministe. On n’était pas féministes a priori. C’est à partir de ces rencontres-là, de la prise de conscience de nos oppressions, qu’on a pris conscience de notre vécu et qu’on a élaboré nos revendications. » Monique

Cependant, la non-mixité apparaît comme un choix repoussoir. D’une part, il apparaît comme trop radical et de l’autre, les militantes l’assimilent à une exclusion totale des hommes de la lutte. En effet, plusieurs militantes considèrent que les hommes sont nécessaires au progrès et plaident pour des réunions en mixité. Cette non-mixité est également ce qui peut bloquer certaines féministes de rejoindre les groupes femmes.

« En aucun cas je ne voulais aller dans des Groupes Femmes car je trouvais qu’exclure systématiquement les hommes de la discussion et du débat, c’était aussi nier l’existence des hommes et comment on s’arrangeait avec nos aventures amoureuses. » Yolande

« J’étais féministe dans le mouvement revendicatif mais pas plus. À Bordeaux, il y avait des mouvements plus « anti-hommes », réfractaires à l’action masculine. » Françoise

La nécessité de se retrouver entre femmes permet également aux militantes d’échapper pendant un temps à la hiérarchie de la Ligue. Celle-ci ne déroge pas à la structure patriarcale  : peu de femmes occupent des positions importantes où stratégiques.  

« C’est quand même les nanas qui ont fait bouger le truc et les mecs qui se sont dit qu’il fallait suivre leur mouvement. Ça ne les empêchait pas d’avoir, comme ils disaient, des « contradictions ». Mais les rapports hommes- femmes à l’intérieur de la ligue étaient les mêmes qu’ailleurs, séduction, tout y était… » Marie

« Et puis les mecs, à la ligue, finalement, ils étaient contents d’avoir des nanas pseudo- libérées. Ils pouvaient s’envoyer en l’air tranquilles, sans se poser trop de questions. » Marie

Les Groupes Femmes constituent une étape capitale dans l’engagement féministe des enquêtées. Ces groupes de conscience engagent la réflexion à partir de l’analyse des expériences des militantes.

« Le privé est politique » : les incidences biographiques du militantisme

L’entrée dans le militantisme féministe a impliqué pour certaines enquêtées de modifier leur mode de vie..

L’incidence première du militantisme sur la vie privée des femmes se retrouve à l’échelle du couple. En effet, certaines des militantes expliquent s’être mise en concubinage après avoir quitté la vie militante.

De plus, dans le cas de Yolande, la volonté, les opinions militantes, jouent un rôle important dans le choix du conjoint. Son souhait d’indépendance inculqué par sa mère et son engagement militant l’empêchent de rencontrer un compagnon.

« J’ai eu des relations amoureuses mais c’était compliqué car 1 je ne savais pas choisir mon amoureux et 2 parce que j’étais aussi un peu trop indépendante. Et puis j’étais aussi coincée entre mes désirs de combats féministes et le couple. C’était dur de les mettre en adéquation jusqu’à un certain point. » Yolande

Par ailleurs, l’engagement politique des militantes s’avère parfois trop lourd à porter pour leur partenaire : c’est le cas du mari de Françoise. Ils divorcent au milieu des années 1970, et celle-ci se retrouve seule avec ses deux enfants à charge.

« Il a fallu conjuguer l’activité et la vie de mère, l’organisation familiale et les réflexions. On me disait « Comment ton mari il supporte que tu fasses ça ? ». Il a tellement supporté qu’on a divorcé, aussi pour d’autres raisons » Françoise

De la même manière, la maternité constitue une étape fondamentale dans la vie de ces femmes. Malgré les questionnements des féministes sur la maternité, elle reste une étape quasi-incontournable à cette période : toutes ces femmes ont eu au moins un enfant.
La maternité tardive, pour Marie par exemple, s’explique non pas par une volonté militante, mais par le choix du conjoint : elle a eu des enfants après s’être mise en concubinage tardivement, et à la fin de sa période militante.

« Oui, j’ai eu un enfant. Et déjà je militais moins car j’étais en couple, en prévention spécialisée. » Yolande

Claire se souvient que sa vision de la maternité a été modifiée lors des discussions au sein des groupes femmes. Cela a contribué à faire émerger la « maternité choisie ».

« Au sein des Groupes Femmes, il y a eu un développement de la maternité choisie. On est toutes tombées enceintes au même moment. Ce sont les groupes femmes qui m’ont donné la vision que je pouvais avoir des enfants. » Claire

Monique, elle, choisit d’avoir un enfant à une date précise, après de nombreuses années sous contraception. Cette maîtrise de la maternité est caractéristique de la période et diverge par rapport à la situation de sa mère. Ces deux femmes ne pouvaient maîtriser leur procréation de la même manière.  

« En fait, quand j’ai décidé d’avoir un enfant, parce que je l’ai décidé. On avait programmé le jour, 100% de fécondité. » Monique

La maternité constitue une étape importante mais ne change pas pour autant leur mode de vie. Plusieurs d’entre elles affirment ainsi n’avoir pas changé leur mode de vie après la naissance de leur enfant. Cela va dans le sens de la théorie de Françoise Dolto, selon laquelle le bonheur de l’enfant n’existe qu’à travers le bonheur de la mère.

« Je suis une doltoienne convaincue. L’enfant est content quand la mère est contente. L’enfant va bien quand la mère n’a pas de culpabilité. » Claire

« J’avais comme principe que je vivrais exactement l’après comme l’avant, et qu’elle ne m’empêcherait de rien faire. Et donc ma fille, Laura, à 3 semaines, venait en couffin, elle nous suivait en réunion. » Monique

« J’ai continué à militer, à travailler. Je ne suis pas du genre à m’arrêter pour élever des enfants. » Martine

« Pour nous, les questions du temps de travail, ça avait une valeur, réduire le temps de travail ça voulait dire quelque chose. Le fait de voir les collègues, dès qu’elles arrivaient au deuxième enfant, prendre un temps partiel, ça ne m’allait pas. Quand j’ai eu mon premier enfant, j’ai gardé mon temps complet. Au deuxième enfant, j’ai dû prendre un 90% car il avait des problèmes de santé, mon mari était parti. Raccourcir sa journée d’école c’était important donc j’ai pris un 90% par rapport à ça. Alors que j’avais trouvé pas juste de voir les collègues qui se retrouvaient à 75% pour assurer ce qu’il y avait à faire à la maison. […] il n’y a pas de raison de mettre entre parenthèses, entre autres pour la retraite, ce temps de travail et ce salaire-là. » Françoise

Structure des mouvements féministes bordelais dans les années 70
L’avortement et l’égalité, luttes majeures de la décennie

Avant 1975, la majorité des actions féministes se concentrent sur l’avortement. L’action du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, ou MLAC, est fondamentale durant les années qui précédent la légalisation de l’avortement.

Deux institutions principales se démarquent à Bordeaux : le MLAC et le Planning familial.

« Alors à cette époque-là y avait le MLAC, qui était l’organisation où des avortements clandestins étaient faits. C’était hautement révolutionnaire. » Claire

Le 4 avril 1973 naît le Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception (MLAC). C’est une fédération d’associations, qui intègre aussi bien le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) que des partis politiques tels que la LCR mais aussi le mouvement Choisir porté par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir. Le MLAC ajoute à la révolte médicale une dimension politique.

Le MLAC a bénéficié de la médiatisation du Manifeste des 331 médecins publié dans Le Nouvel Observateur deux mois plus tôt. Ce manifeste rassemble les médecins qui ont déjà pratiqué un avortement sur une patiente. Le lendemain de la publication du Manifeste, le nombre de signataires s’élève à un millier. Le tollé provoqué par cette action, bénéficie à la cause de l’avortement. Les médecins proclament ainsi : « Nous pratiquons des avortements, inculpez-nous si vous l’osez ! ». Quant au Conseil de l’ordre des médecins, il qualifie le Manifeste des 331 de « véritable association de malfaiteurs ».

La diffusion de la méthode Karman, permet aux médecins de procéder à des avortements sans anesthésie. Peu à peu, le mouvement s’organise et des permanences ouvrent leurs portes aux femmes en difficulté le samedi après-midi. Cependant, les groupes sont vite débordés, plusieurs centaines de femmes se pressent chaque semaine dans les permanences, dont elles ont eu connaissance grâce au bouche-à-oreille.

« On regroupait les femmes tous les samedis après-midi, elles venaient avec leurs doléances et leurs demandes d’avortement. On avait des règles, des délais, et au-delà d’un certain nombre de semaines, elles partaient en Angleterre. Notre délai, c’était 8 semaines je crois. Moi je n’ai jamais assisté, mais ça se faisait, avec des étudiants en médecine qui étaient déjà en 4ème ou 5ème année. Ils faisaient ça par aspiration, avec la méthode Karman. Donc nous on a accompagné ces femmes, ça a duré au moins une bonne année. Tout ça c’était au moment des discussions de la loi Veil. » Hélène

À Bordeaux, la permanence du MLAC s’installe dans une chapelle de franciscains favorables à l’avortement.

« On faisait des regroupements de femmes le samedi après-midi à la Chapelle de la barrière de Pessac. C’était une chapelle de franciscains et ils nous prêtaient les locaux pour faire des réunions politiques. […] Il n’y a pas eu trop de problèmes ou de complications, ni même de poursuites. » Hélène

Selon les témoignages de Martine et Hélène, les militantes pour l’avortement n’ont jamais été inquiétées par la justice, quand bien même elles ne se dissimulaient pas particulièrement et bénéficiaient d’un bouche-à-oreille très important. On estime entre 300 et 400 le nombre de permanences du MLAC en France avant la légalisation de l’avortement. Cependant, aucune ne fût  inquiétée ou condamnée.

Le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) est une association créée en 1960 qui a pour but l’éducation sexuelle et le contrôle des naissances à travers la lutte pour la contraception et l’avortement. Le MFPF ne s’est pas constitué à partir d’une analyse politique des questions d’avortement, de contraception et d’information sexuelle. Bien qu’avant-gardiste à sa création, le MFPF se retrouve peu à peu limité par son immobilisme et se « résigne à la légalité ».

Durant le Xème congrès du MFPF les 2 et 3 juin 1973, les médecins réformistes quittent la tête du mouvement et les partisans de la « dimension sociale de la sexualité », prônant sa « déspécialisation » l’emportent. C’est décidé : désormais, le Planning Familial pratiquera des avortements. Le soutien du Planning Familial confère ainsi un nouvel aspect aux avortements pratiqués par le MLAC, qui sont dorénavant publics et politiques. L’avortement devient un outil propice au rapport de force et à la coercition vers une nouvelle législation.

Le combat pour l’avortement est donc fédérateur, tant pour les femmes qui participent à la lutte que pour les associations féministes.

En parallèle du combat pour l’avortement, la lutte pour l’égalité est une composante fondamentale des mouvements féministes de la « deuxième vague ». De plus, certains mouvements féministes contestent la répartition genrée des tâches au sein du couple.

Gisèle et Françoise, en tant que membres actives de leur syndicat sont en première ligne lorsqu’il s’agit de revendiquer l’égalité salariale.
Ainsi, Gisèle, dans le domaine de la métallurgie est celle qui amène le syndicat dans son entreprise. Elle évoque notamment une grève de sept semaines à propos d’un écart de salaire d’un centime entre les hommes et les femmes.

« Pour une différence dun centime, on a fait une grève perlée pendant sept semaines. » Gisèle

Au sein de la SAFT(7), il s’agit pour Gisèle de lisser les droits des femmes et des hommes afin d’obtenir l’égalité. Le combat s’effectue même à propos des heures de réunion, qui ne sont pas adaptées aux mères de famille.

Françoise, quant à elle membre de l’hôpital, s’est concentrée sur les questions posées par le caractère quasi-exclusivement masculin de sa hiérarchie.

« On avait un cadre qui était une femme mais au- dessus c’était un homme et on se retrouvait tout de suite avec une hiérarchie très masculine. » Françoise

Françoise constate que les évolutions professionnelles sont le plus souvent l’apanage des collègues hommes, quand bien même les femmes ont plus d’ancienneté et de qualifications.  

« Il y avait le temps de travail, les salaires. Pour les évolutions de carrière, au fil du temps, on a vu plus souvent les collègues hommes obtenir des évolutions de carrière, qui s’impliquaient, qui avaient des formations. Ça non plus ce n’était pas très juste et il a fallu batailler au niveau des recrutements. J’ai beaucoup eu à cœur le fait de tenir les comptes des collègues contractuelles. On s’est aperçues qu’il y en avait qui étaient restées des années, 6 ans, 7 ans, sans être titularisées et on a décidé de faire le tour de tous les services laboratoires pour avoir la réalité, sur quoi elles avaient été recrutées, s’il y avait vraiment un poste vacant. Il a fallu batailler très souvent car les garçons étaient en tête des concours alors que c’était un concours sur titre. Ça, c’était à dénoncer et je l’ai dénoncé. » Françoise

Le syndicalisme

« L’activité syndicale, c’était un travail de tous les jours. On avait réussi à avoir un syndicat qui était presque exclusivement de femmes. » Françoise

Les militants vont rejoindre progressivement les structures syndicales : les militantes font preuve d’un engagement sans relâche envers une hiérarchie qui favorise les hommes.

La principale difficulté rencontrée par les militantes lors de leur arrivée au sein de la CGT a été de se faire entendre. Dans un syndicat composé en quasi-totalité d’hommes, prendre la parole se révèle ardu.

« Le féminisme pour moi, c’était de m’impliquer là où j’étais avec ce que j’étais, et qu’on ne laisse pas toujours les hommes parler pour nous. » Françoise

« C’était dans les années 60 et en 65 je suis devenue permanente de la CGT, première femme permanente sur le département. C’était vraiment un concours de machos. C’était horrible vraiment, « Va torcher tes gosses », « Qu’est-ce que tu fous là ? », « Va faire ta cuisine », « T’as pas à être là ». » Gisèle

« Comme on disait à l’époque, une femme elle doit montrer encore plus que l’homme, faut montrer ce que l’on est ET en faire plus. » Gisèle

Gisèle, notamment, utilise des qualificatifs relativement virils afin de désigner son action au sein de la CGT. Elle tape du poing sur la table, se lève et quitte les réunions. Ces coups d’éclat lui sont nécessaires pour faire entendre sa voix.

« Comme quoi il faut revendiquer tout le temps. Les femmes à cette époque c’était vraiment difficile. » Gisèle

« Ils se plaignaient qu’il n’y avait pas de femmes mais c’était trop compliqué pour nous de se libérer et de pouvoir participer. Ça a été un combat perpétuel. » Gisèle

Ce sont des moyens d’action typiquement masculins qui permettent à Gisèle d’acquérir le respect des hommes du syndicat puisque ceux-ci sont insensibles à ses requêtes.

Ce que mettent en exergue les témoignages de Françoise et Gisèle, c’est que la condition de femme au sein des syndicats est invisibilisée. Une action de groupe est nécessaire pour se faire entendre. C’est ce qu’explique Françoise lorsqu’elle raconte son arrivée au sein du syndicat avec ses camarades de l’hôpital.

« Le fait qu’on arrive à plusieurs femmes jeunes dans le syndicat ça a changé un petit peu la vision des choses. Les rapports de hiérarchie… » Françoise

Le syndicat, durant les années 1970, est un lieu typiquement masculin. La place n’est pas faite aux femmes et rien n’est aménagé pour leur faciliter la conjugaison de leurs multiples journées en tant que travailleuse, mère de famille et syndicaliste. Les horaires sont adaptés aux hommes, tardifs, les réunions se déroulent après les longues journées de travail et se finissent tard dans la nuit. Pour les mères de famille, il est donc impossible d’y rester. De plus, comme le raconte Gisèle, c’est aux femmes de s’exprimer en dernier, après les hommes.

De la même manière, Françoise s’est battue tout au long de sa carrière contre les inégalités de promotion. En effet, en parallèle de son emploi, elle interroge ses collègues féminines, afin de connaître leur statut. Elle découvre ainsi que des hommes récupèrent la majorité des promotions quand les femmes, plus anciennes, ne sont parfois même pas titularisées.

La mise en place progressive d’institutions adaptées aux femmes au sein de la CGT s’effectue en parallèle de la diffusion du journal Antoinette, destiné aux femmes syndicales.

Un autre versant de la lutte correspond au mouvement des « établis », des militants d’extrême gauche qui décident de « s’établir » en usine selon l’expression consacrée après 1968. En général, ces militants ne sont pas issus de familles ouvrières, n’ont pas de lien avec cette classe sociale et ont effectué des études supérieures. Robert Linhart raconte notamment son expérience en tant qu’ouvrier à l’usine Citroën de la Porte de Choisy dans le roman L’Établi. Ils s’installent ainsi au sein des usines afin de susciter la lutte des classes et d’insinuer la révolution dans les esprits. Cet établissement relève parfois d’une idéalisation du prolétariat, comme l’expliquent Laure Fleury, Julie Pagis et Karen Yon(8).

« Les copines, quand elles rentraient dans l’usine, ce n’était pas pour être féministe hein. Ce n’était pas pour un combat féministe, c’était pour un combat politique. » Marie

« Toutes les copines qu’on avait, à la SAFT, à Souillac, elles avaient fait des études supérieures, mais elles avaient décidé d’aller travailler à l’usine pour foutre le bordel et faire la révolution. Bon ça a été dur. » Marie

« M : À l’époque les femmes prolétaires, qui travaillaient à l’usine, elles ne comprenaient pas toujours ce qu’on faisait, notre lutte pouvait leur paraître bourgeoise.
H : C’étaient les propos que m’avait tenus la nana quand j’étais rentrée au boulot, pour qui les femmes n’ont pas le temps de s’occuper de leur corps, ça passe au second plan. » Hélène et Marie 

Pour les femmes prolétaires, le féminisme prôné par les Groupes Femmes est un féminisme bourgeois. Il ne leur paraît rencontrer en aucun cas les combats internes aux usines.

Comme l’énonce Gisèle, le féminisme revient à des « femmes qui veulent montrer leurs seins ». De plus, selon son opinion du féminisme, il apparaît comme un bouclier derrière lequel se cachent les militantes. Elle se qualifie elle-même de combattante.

« Le féminisme a eu une influence sur votre vie ?
G : Non. Il a fallu que je lutte, je n’ai jamais été me cacher derrière ma situation de femme. J’étais une combattante. » Gisèle

« Ceux qui nous ont fait du mal après c’était le MLF. Alors là, elles nous ont fait du mal. Elles confondaient l’égalité avec l’identité de l’homme. On demandait l’égalité par rapport au travail, par rapport à toutes les promotions, salaire égal à travail égal, tout ça, mais on ne voulait pas prendre la place des hommes. On ne voulait pas s’identifier en étant des hommes tandis qu’elles oui. En manif, plus de soutien-gorge, plus de libertés, seins nus. […] C’est vraiment avilir les femmes. Elles nous contraient sans arrêt. Vous voyez, on n’avançait pas. On voulait avancer sur les revendications. On disait « On ne va pas se promener les seins nus, qu’est-ce que ça a à voir ? ». Ça s’est rectifié un petit peu après mais à cette période elles confondaient un petit peu tout. Bon il y avait pas mal d’intellectuelles, d’artistes, rien à voir avec le mouvement syndical, rien à voir avec la classe ouvrière. […] La femme doit être l’égale de l’homme mais elle ne doit pas ressembler à un homme, pourquoi je ressemblerais à un homme ? » Gisèle

L’avis de Françoise, quant à lui, est un peu moins tranché. Elle fait notamment partie des femmes qui considèrent les groupes femmes comme trop radicaux, à cause de la non-mixité. Elle les qualifie d’anti-hommes. Selon elle, son militantisme, c’était d’aider ses camarades à son échelle, porter leur voix au sein du syndicat, afin qu’elles se fassent entendre.

« Pendant une période, j’ai eu du mal à parler d’actions féministes. Ma position, c’était surtout d’avoir ma place dans le mouvement, syndical notamment. Tenir ma place, dire qu’il ne fallait pas attendre d’avoir tout réglé avec les enfants au contraire, faire partager aux enfants. » Françoise

« Je pense qu’il faut exprimer les choses, il faut que notre spécificité de femme soit exprimée, que la situation que l’on porte soit exprimée dans les combats divers. » Françoise

Scissions et dissensions vis-à-vis du courant féministe majoritaire de l’époque

J’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec deux militantes de Psych et Po durant des entretiens téléphoniques informels.

Psych et Po est un mouvement d’origine parisienne lancé par Antoinette Fouque. De son nom complet, Psychanalyse et Politique, il s’agit d’un militantisme qui prend sa source dans la psychanalyse et qui a des revendications politiques. Antoinette Fouque fonde son mouvement sur une non-mixité radicale avec la condition d’intégration implicite d’être homosexuelle.

Psych et Po est considéré comme un mouvement élitiste par la base féministe que constituent les groupes femmes. La pensée de Psych et Po se fonde sur de nombreux textes théoriques, notamment freudiens et lacaniens.

« C’étaient des réunions qui étaient très très intellos, pour autant que je m’en souvienne. C’était très intéressant, mais c’était très théorique. » Martine

Pour Psych et Po, il ne s’agit pas seulement de demander la stricte égalité entre hommes et femmes. Il est fondamental de se battre pour l’égalité des chances, des salaires et pour que les femmes puissent disposer de leur corps. Au sein de ces groupes, la réflexion se construit à partir d’outils théoriques, qui cherchent notamment à comprendre ce qu’est la femme, une fois sortie du spectre de la vision masculine. L’attrait des militantes pour Psych et Po réside dans le fait que la réflexion est centrée autour de questions intimes, qui les touchent personnellement, auxquelles elles tentent de répondre par le biais de moyens tant psychanalytiques que politiques.

Les deux membres de Psych et Po interrogées formulent une opinion très similaire à propos des Groupes Femmes : les féministes de ces groupes revendiquent le droit d’être des hommes comme les autres. Selon Psych et Po, les Groupes Femmes n’interrogent pas les schémas patriarcaux et reproduisent à l’intérieur des groupes politiques les mêmes rapports de domination que dans le reste de la société. Le reproche majeur des militantes de Psych et Po à l’égard des groupes femmes est qu’ils ne remettent pas en question la place de l’homme et de la femme au sein de la réflexion et de la lutte.

Un objectif majeur de Psych et Po correspondait à la valorisation de la femme et des richesses de la femme. Cette valorisation s’est notamment effectuée à travers la fondation des Éditions des femmes par Antoinette Fouque. Cette maison d’édition a pour objectif de publier des ouvrages écrits par des femmes qui ont auparavant été refusés par d’autres maisons d’édition. Cette volonté de mettre en exergue les productions féminines s’est exprimée à travers la publication du Dictionnaire universel des femmes créatrices.

Une autre richesse de la femme selon Psych et Po réside dans la capacité de la femme à produire le vivant. La relation mère-fille est également interrogée, avec l’idée que l’histoire de la mère est revisitée via l’inconscient de la fille.

« Je ne me définis pas forcément comme féministe, je suis femme et je tiens à ne rien laisser passer. » Françoise

« J’étais la seule femme et c’est pour ça que 68 a fait beaucoup de bien. 68, c’est là que ça a commencé à éclater par rapport aux femmes mais la prise de conscience s’est faite un peu plus tard, jusqu’à l’année 75, l’année internationale de la femme. » Gisèle

Conclusion

Après les années 1970, la deuxième vague du féminisme s’essouffle. D’une part, la légalisation de l’avortement cause un désengagement de la part des militants, pour qui ce combat est enfin acquis. D’autre part, la fin des Groupes Femmes, au début des années 1980 a sonné le glas de la décennie féministe qu’ont représenté les années 1970.

Pour certaines des militantes, l’engagement féministe et politique constitue l’enjeu d’une vie entière. Elles ne s’en sont jamais détachées et ont connu un enchaînement de structure, notamment durant le passage à vide du féminisme dans les années 1990. Le féminisme correspond de fait à un mode de vie, une vision particulière de la société et un comportement en général. Avec l’âge, les militantes tendent à mener un combat moins féministe, plus politique, mais aussi à passer le flambeau aux nouvelles générations.

Références

(1) J. BLANDEN et S. J. MACHIN, 2003, « Cross-Generation Correlations of Union Status for Young People in Britain », British Journal of Industrial Relations, Vol. 41, 391-415

(2) R. Gomez, M. Gunderson and N. Meltz (2001), ‘From “Playstations” to “Workstations”: Youth Preferences for Unionization in Canada’, Discussion Paper No.512, Centre for Economic Performance, London School of Economics.

(3) S. BÉROUD, O. FILLIEULE, C. MASCLET, I. SOMMIER, dirs., Changer le monde, Changer sa vie. Enquête sur les militantes et les militantes des années 1968 en France, Actes Sud, 2018

(4) Sébastien MICHON « Les effets des contextes d’études sur la politisation », Revue française de pédagogie, vol. 163, no. 2, 2008, pp. 63-75.

(5) Ibid.

(6) S. BÉROUD, O. FILLIEULE, C. MASCLET, I. SOMMIER, dirs., Changer le monde, Changer sa vie. Enquête sur les militantes et les militants des années 1968 en France, Actes Sud, 2018

(7) Entreprise de métallurgie bordelaise

(8) Laure FLEURY, Julie PAGIS, Karen YON, « « Au service de la classe ouvrière »: quand les militants s’établissent en usine », in S. BÉROUD, O. FILLIEULE, C. MASCLET, I. SOMMIER, dirs. Changer le monde, changer sa vie. Enquête sur les militantes et militants des années 1968 en France, Actes Sud, 2018, pp. 453-484

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